RENCONTRE FICTIVE MAI 1914 AVEC JEAN PIERRE ET JOANNY

RENCONTRE FICTIVE MAI 1914 AVEC JEAN PIERRE ET JOANNY

RENCONTRE FICTIVE MAI 1914 AVEC JEAN PIERRE ET JOANNY SOSAS 10 ET 14

En France l’année 2014 vit sous l’ère du gouvernement Hollande, ce président qui se définit lui-même comme « président normal », un homme d’une grande intelligence, à l’allure pataude et maladroite. Son apparence dépourvue de toute élégance et sa vie privée alimentent les médias à sensation, friands des frasques des personnalités célèbres à plus forte raison si celles-ci concernent le chef de l’état. Le comportement de François Hollande est souvent incompatible avec sa fonction présidentielle.

En ce mois de mai, plusieurs projets de loi ont été votés par l’assemblée nationale, notamment l’augmentation de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée), le plan d’économie de 50 milliards d’euros en prenant des mesures drastiques et impopulaires auprès des citoyens français (gel des prestations sociales, gel du point d’indice des fonctionnaires, gel des retraites, entre autres) et l’égalité hommes et femmes, tant dans le secteur politique, professionnel et familial.

En ce jour du 23 mai 2014, Viviane n’est pas complètement sereine car depuis la veille au soir, elle est hospitalisée au service urologique d’une clinique, pour subir une néphrectomie partielle afin d’ôter une tumeur maligne, greffée sur son rein et malheureusement non accessible par simple coelioscopie. Il est l’heure de partir au bloc, pour la mise en place des différentes phases concernant l’anesthésie préopératoire. Son cœur bat la chamade car elle sait qu’elle pourrait ne pas se réveiller, suite à ce genre d’intervention. Elle est en de bonne mains, elle est confiante, tant dans l’équipe chirurgicale que dans celui qui lui assure sa protection divine à chaque instant. Pourtant certaines personnes ayant fait vœu de soigner, et d’aider leurs prochains, feraient bien de changer de profession, tant leur manque d’empathie est nuisible pour les malades angoissés par l’inconnu qui les attend. C’est le cas pour l’infirmière anesthésiste désagréablement méchante. Viviane, courageuse jusqu’à ce moment-là sent les larmes envahir ses yeux. Elle est nue, au milieu de ses étrangers et se sent humiliée par les propos agressifs de cette femme. Heureusement, le médecin anesthésiste, ayant observé la scène, intervient immédiatement, prenant le relais tout en expliquant le déroulé de ses gestes avec des mots apaisants et rassurants. Tout est fini et il est temps pour elle, de fermer les yeux et de confier sa vie au chirurgien chargé de l’opérer.

Mais que se passe t’il soudainement ?

Elle se sent toute bizarre.

Quelle sensation étrange !

Pourquoi se retrouve-t-elle au plafond, en train d’observer ce qui se passe en dessous,

Mais c’est elle sur le billard.

Mon Dieu, comme elle est pâle !

Que lui arrive-t-il ?

En tout cas, elle se sent bien, en mode apesanteur.

Plus de douleurs !

Plus de fatigue !

Elle est enfin sereine et paisible, ce qui ne lui était pas arrivé depuis si longtemps.

Son esprit est léger et vagabond. Son corps, flotte dans l’air, fluide et détaché de toute contingence matérielle.

Elle observe discrètement sa tenue.

Ouf !

Elle est recouverte d’une blouse médicale, qui protège sa pudeur.

La voilà tranquillisée !

Elle n’aurait pas voulu se promener nue, même à l’état de fantôme.

Elle va pouvoir se balader dans cet univers parallèle.

Tout d’un coup, un souffle d’air l’emporte, auquel elle ne peut absolument pas résister.

Est-elle aspirée dans une trombe ou tornade qui l’entraîne dans le vide ?

Est-ce la fin de son voyage terrestre ?

Va-t-elle rejoindre le monde inconnu de ses ancêtres, ce monde obscur dont personne n’est revenu ?

Pourtant elle n’a pas l’impression d’être dans ce tunnel qui débouche sur une lumière bienfaisante, comme l’ont souvent décrit ceux qui ont vécu ces expériences paranormales.

L’inquiétude l’envahit.

Même si elle est préparée à l’idée de la mort, et qu’elle a pris toutes les précautions requises avant son intervention chirurgicale, elle se dit qu’elle est dans sa 55ème année, et qu’elle aimerait bien vivre encore quelques décennies.

Heureusement l’aspiration incontrôlable cesse brutalement, et elle se retrouve dans un paysage familier, même si celui-ci lui semble différent, presque rétro.

Mais oui, c’est bien le village de St Romain, pourtant, ce n’est pas tout à fait le St Romain qu’elle connait.

Voilà la maison de ses parents, celles de ses grands-parents, mais la sienne a disparu. C’est juste un pré où paissent, paisiblement, des moutons.

Allons bon !

Aurait-elle traversé le temps ?

Dans des livres consacrés aux phénomènes paranormaux, elle a lu que lors d’évènements, émotionnellement et psychiquement importants (telle une opération médicale par exemple), des personnes se retrouvaient en situation de mort imminente, et leur esprit quittait leur corps terrestre, prenant la forme d’une entité fantomatique.

Serait-ce le cas ?

Elle sait où elle a atterri mais elle ignore l’année, même si le décor lui parait semblable aux vieilles cartes postales des années 1900.

Se sentant observée, elle se retourne et se retrouve face à face avec deux hommes qui la dévisagent d’un air intrigué, presque accusateur, en lorgnant sur sa tenue, sans doute indécente à leurs yeux.

Elle ouvre la bouche pour se justifier, lorsqu’elle se rend compte que ces deux-là, ne lui sont pas inconnus.

Leurs visages lui sont familiers.

Mais oui !

Bien sûr !

Ce sont ses deux arrière-grands-pères Jean Pierre et Joanny, lesquels s’entendaient très bien, d’après les souvenirs de son père, qui avait eu le temps de les côtoyer dans son enfance.

Mais comme ils paraissent jeunes. Ils ne doivent pas avoir plus de 35 ans, ce qui laisse à penser qu’elle se retrouve à une période antérieure au début de la guerre de 1914-1918.

Avant qu’ils ne lui adressent la parole pour la réprimander, elle attaque de front.

- Bonjour à vous deux, avant toute chose, et même si cela peut vous paraître inconcevable, je suis votre arrière-petite-fille Viviane, et je viens du futur plus précisément de l’année 2014, et je ne sais même pas comment je suis arrivée à votre époque. De ce que je vois, vous avez environ 35 ans et moi je vais bientôt avoir 55 ans, mais je suis bien votre arrière-petite-fille, la petite fille de Claudia ma grand-père paternelle et de Marie, ma grand-mère maternelle. Quel jour est-il ?

A leur réaction, elle voit bien qu’ils sont perplexes, voire ahuris, se demandant sans doute s’ils ne sont pas ivres ou pire, atteints de folie.

- 23 mai 1914, répondent-ils en chœur, d’un air abasourdi, par les propos qu’ils viennent d’entendre.

23 mai  1914 ?

- Donc je viens de faire un saut de cent ans en arrière, répond-t-elle. A mon époque, il est exactement le même jour, en l’occurrence le 23 mai 2014 et je suis en train de subir une opération conséquente, censée m’épargner la mort dans un délai plus ou moins bref. Je ne sais pas comment expliquer la situation mais mon esprit est sorti de mon corps, pour repartir dans un lointain passé. Il est sans doute dur pour vous d’imaginer, que dans cent ans, je vivrai dans une maison construire dans le pré ou j’ai vu des moutons, lors de mon arrivée dans votre siècle.

Jean Pierre et Joanny se tournent l’un vers l’autre d’un air interrogatif.

- Dis Joanny, vois-tu ce que je vois ?

- Oui, c’est incroyable. Donc si toi et moi, nous voyons la même chose, cela veut dire que nous ne sommes ni saouls ni victimes d’hallucinations.

- Non vous ne rêvez pas, et moi non plus précise Viviane, de vous, j’ai vu quelques photos chez mes deux grands-mères, vos filles. Leurs enfants vont s’épouser et de cette union, naîtront quatre enfants, dont moi.

- Raconte nous, ce siècle d’où tu viens, demande Jean Pierre.

- Il y aurait beaucoup de choses à dire mais pour résumer, les cent années qui se sont écoulées ont fait évoluer le monde en général. Au début du 19ème siècle, il était encore figé dans une manière de vivre, assez identique depuis la révolution, hormis l’apparition de l’ère industrielle. Le 20ème siècle va révolutionner l’ensemble de la société, tant dans les normes professionnelles que sociétales ou familiales. L’ère du progrès et de la technologie ont renvoyé aux oubliettes, le mode de fonctionnement d’antan, ne cherchant même pas à préserver ce qui était la force de notre modèle social. Pour citer des exemples pratiques, les gens ne voyagent plus avec des chevaux attachés à des carrioles ou des calèches, mais ils ont des automobiles et pour aller d’un continent à un autres, ils utilisent l’avion, ce qui doit vous paraître impensable, l’aviation étant encore à ses débuts, dans les années 1900. Le 20ème siècle est aussi celui de toutes les inventions qui ont facilité le quotidien des français. Pratiquement chaque foyer est équipé d’un lave-linge, d’un lave-vaisselle, d’une cuisinière, d’un réfrigérateur, d’un congélateur, d’un aspirateur, d’une télévision, d’un ordinateur, d’un téléphone et bien sûr d’internet. Ce sont des noms barbares pour vous mais tous ces gadgets ont vraiment été bénéfiques, pour le bien-être des ménages, et notamment celui des femmes qui travaillent autant que les hommes et doivent concilier leurs tâches d’épouses, de mères et de salariées. Quant à la télévision, c’est un objet qui apporte le cinéma et l’actualité quotidienne, directement dans la maison des gens et Internet établit une communication entre les êtres, que ceux-ci soient en France ou à l’autre bout du monde. Dans le milieu paysan, les machines agricoles ont remplacé la main d’œuvre humaine permettant une production plus performante. Par contre, comme toujours lors d’une avancée du progrès ,il y a une régression sur autre chose, et en l’occurrence, l’esprit d’entraide et de partage a totalement disparu. On vit dans l’ère du « chacun pour soi ». Dans votre univers, chacun contribue à aider son voisin lors des récoltes, des fenaisons, des moissons et le soir vous aimez vous réunir pour des « veillées », ou certains racontent des histoires, les hommes jouent aux cartes et les femmes cousent ou tricotent. Cela n’existe plus. Chacun est derrière son petit écran. Pour imager, je dirais que les gens ne vivent plus les uns avec les autres, mais les uns à côté des autres. Par contre les femmes ont enfin acquis des droits, celui de voter, de travailler, d’avoir un compte bancaire, de signer des actes notariés sans l’autorisation de leurs époux. La reconnaissance de leurs droits ne s’est pas faite en quelques jours . Le combat a été long et difficile pour obtenir gain de cause et être considérées comme des êtres humains à part entière, libres de leurs choix et de leurs décisions, et surtout égales aux hommes. C’est seulement en cette année 2014, que le gouvernement a enfin voté une loi garantissant l’égalité entre hommes et femmes, car il y avait encore beaucoup trop de femmes sous-payées par rapport aux hommes, pour un travail identique.

Jean Pierre et Joanny sont de plus en plus perplexes mais suite à la longue diatribe de Viviane, un intérêt curieux se lit sur leurs visages.

Tous deux rebondissent sur l’avancée technologique de l’outillage agricole et sur l’utilisation des voitures pour se déplacer.

En effet en 1914, la France est le deuxième producteur mondial de véhicules à moteur. Il reste 155 constructeurs automobiles, à la veille de la grande guerre, lesquels se partagent cette activité, dont notamment, Peugeot, Renaut, Berliet, De Dion-Bouton, Panhard-Levassor.

Renault avant 1914

Malheureusement l’exportation mondiale se développe lentement par contre-coup de l’expansion américaine. La mise en place du travail à la chaîne dans les usines Ford, permet de produire des voitures pour tous, à un prix défiant toute concurrence. Pour donner un ordre d’idée, en 1914, la procédure d’assemblage de la Ford T permettait de monter un exemplaire en 93 minutes seulement. Cette année-là, Ford a produit plus de voitures que tous les autres constructeurs mondiaux réunis.

Ford t 1914

Joanny réagit enfin.

- C’est une bonne chose, si le progrès améliore le travail agricole, car c’est un labeur dur et ingrat, hiver comme été. Nous ne comptons pas notre peine mais il est vrai que des machines motorisées pourraient remplacer les bras, les bœufs ou le cheval, utilisés dans nos campagnes ce qui faciliterait bien la tâche, tout en permettant de vivre correctement de notre travail..

Jean Pierre, quant à lui, est dubitatif. Il fronce les sourcils puis interrompt Joanny.

- Tout ça c’est bien beau mais on n’en est pas encore là et de toute façon, cela ne se fera sans doute pas de notre vivant. Personnellement, je suis plus soucieux du résultat des dernières élections législatives du 10 mai, qui a donné la majorité parlementaire aux socialistes, des « Sans Dieu », qui ont déjà voté la loi du 9 décembre 1905, instaurant la séparation de l’église et de l’état, à l’initiative d’Aristide Briand, un autre député républicain socialiste. Rien de bon ne va sortir d’un gouvernement de gauche et j’ai bien peur que cela ne finisse mal bientôt.

Loi de separation des eglises et de l etat

D’ailleurs, comment ne pas oublier le scandale du 16 mars dernier, quand Henriette Caillaux, l’épouse de Joseph Caillaux, ministre des finances dans le gouvernement Doumergue, a assassiné Gaston Calmette, le directeur du Figaro, car celui-ci a révélé que tous les deux entretenaient une relation adultére, étant tous deux encore mariés et non divorcés. Comment peut-on être aux commandes d’un pays, à un poste important, quand on a une moralité aussi douteuse ? rajoute-t-il indigné.

Affaire calillaux calmette 1914

Viviane écoute gravement tout en essayant de se remémorer la situation de la France dans ce premier semestre 1914.

Raymond Poincaré est alors président de la République mais la situation du pays est fragile. En effet, entre les revendications sociales, l’instabilité politique en Europe et les problèmes budgétaires, la paix ne tient plus qu’à un fil. Les élus tout comme les entreprises ne souhaitent pas voir sombrer le pays dans un conflit majeur qui pourrait s’étendre à toute l’Europe.

Annee 1917 raymond poincarre president republique

Au 19ème siècle, la France s’est industrialisée, développant ainsi une économie prospère et du travail pour tous. Dans le Nord du pays, dans le bassin stéphanois, les mines tournent à plein rendement, nécessitant l’importation d’une main d’œuvre, venue d’autres pays européens (polonais, italiens etc). Malheureusement en 1914, la production française d’acier ne représente plus que 4% du total mondial. En effet, la Russie voit son industrie devenir florissante et l’Allemagne plus productive, exporte énormément, ayant signé des contrats attractifs avec d’autres pays. L’Allemagne et l’Angleterre ont su profiter de l’essor de l’industrie automobile et la France perd petit à petit du terrain, dans tous les domaines (industrie, marine nationale, maîtrise des communications) face aux USA, Japon, Royaume Uni.

Sur le front social entre février et avril, les ouvrières du textile, les infirmières, les mineurs, les instituteurs, les travailleurs agricoles, les officiers de la marine marchande, les postes, les employés de l’industrie électrique se mettent en grève. Leurs revendications portent sur les salaires, les retraites des ouvriers et des paysans mais aussi sur le temps de repos. Les différentes branches souhaitent la généralisation de la « semaine anglaise », en l’occurrence l’arrêt du travail le samedi à midi, ce qui est devenu notre « week-end ». En trente ans, les inégalités se sont accrues et les conditions de travail se sont dégradées

Greve ouvriers

En ce qui concerne l’agriculture, les petites propriétés familiales sont majoritaires dans les campagnes mais leur production n’est pas suffisante pour envisager une expansion commerciale. Les cultivateurs ne sont pas encore mécanisés, tout se fait à la main, avec des bœufs ou un cheval, ce qui ralentit la capacité à produire plus pour exporter.

A cette époque, le budget de l’état affiche un déficit de un milliard de francs. Une réforme fiscale s’impose que de nombreux parlementaires refusent. Le projet d’impôt sur le revenu suscite une violente campagne de presse, réclamant un recours à l’emprunt. Pourtant au printemps 1914, la France est à l’apogée de sa puissance. Relativement prospère, elle dispose d’une épargne intérieure qui pourrait servir à la reconstruction économique. Mais face à l’hégémonie militaire du kaiser, pouvant se révéler dangereuse, la France se prépare déjà à l’éventualité d’une guerre, et elle a d’ores et déjà rétabli le service militaire de 3 ans pour les incorporés.

- Avec un tel gouvernement, la France a du souci à se faire, grommelle de nouveau Jean Pierre, déjà que les « boches » n’attendent qu’un faux pas, pour nous déclarer la guerre, on n’est pas sortis de l’auberge.

Viviane se tait car elle ne veut surtout pas effrayer ses sympathiques arrière-grands-pères, en leur relatant ce qui sera pour eux, un avenir bien trop proche, les éloignant de leurs familles pendant plus de quatre ans, les tranchées, la faim, le froid, le désespoir, la peur, la mort autour d’eux, leurs conditions de vie inhumaines et la boucherie barbare qui va bientôt enflammer l’Europe, devenant en ce début du 20ème siècle, le premier conflit mondial.

Jean Pierre et Joanny sont mariés depuis 8 ans, et ils ont chacun, une petite fille de 7 ans. Jean Pierre est l’heureux époux de Perrine et le père d’une petite Claudia. Quant à Joanny, il a la chance d’être le mari comblé d’Antoinette et père d’une adorable fillette Marie.

Comment leur raconter ce plongeon dans un univers traumatisant, pendant de longues années. Elle se refuse à leur enlever la joie de vivre et d’apprécier sereinement les 70 jours qui les séparent de l’échéance fatale, celle de l’ordre de mobilisation du 1e août  1914, ce jour où le tocsin sonnera dans toutes les communes de France.

Elle regarde tendrement ses deux bisaïeux qui sont encore ignorants des lendemains désenchanteurs.

Joanny est né en 1878 et Jean Pierre en 1879. Bien sûr, elle sait qu’ils resteront vivants, ayant été de valeureux soldats, combattant avec honneur pour leur patrie, mais qu’ils conserveront aussi les marques indélébiles de l’horreur vécue sur le front. Joanny reviendra avec deux doigts en moins et Jean Pierre, sergent, recevra la croix de guerre, ce dont sa grand-mère paternelle était très fière. Quant à Joanny, a-t-il eu droit à la même distinction militaire ? Elle ne le sait pas car sa grand-mère maternelle ne parlait jamais de ses parents, de ses beaux-parents et de ses ascendants en général.

Viviane s’imprègne une dernière fois de leur présence, car le temps lui est compté pour réintégrer son corps endormi. Elle ne les connait qu’à travers de vieux clichés. Ils sont morts depuis si longtemps. Joanny est décédé en 1946, après avoir enterré son Antoinette en 1935, et Jean Pierre l’a suivi l’année suivante, en 1947, rejoignant ainsi Perrine décédée en 1943.

Elle les regarde une dernière fois avec tendresse, avant de leur faire ses adieux.

- Il est temps pour moi de repartir dans mon siècle. Je suis heureuse d’avoir pu vous rencontrer même si la situation parait irréelle. Soyez heureux avec vos petites familles et que votre existence, vous apporte au soir de votre vie, la plénitude du devoir accompli, en tant que pères, citoyens et chrétiens.

Tous deux lui sourient avec bonhomie, pendant quelques instants silencieux.

Jean Pierre brise le silence.

- Adieu chère arrière-petite-fille, puisque nous ne nous reverrons plus, du moins dans ce monde. Que Dieu te bénisse et te protège dans l’épreuve que tu traverses, qu’il te guérisse et te permette de vivre assez longtemps pour profiter des tiens.

- Jean Pierre a raison, surenchérit Joanny, je te fais moi aussi mes adieux, en te souhaitant de vite guérir, et d’avoir une fin de vie heureuse, auprès de ta famille.

Elle entend les derniers mots comme un souffle lointain car elle ressent une sensation étrange. Son corps est lourd et elle se sent fatiguée, vaseuse. Elle ouvre les yeux et une voix lui parle avec douceur.

- Vous êtes réveillée, c’est bien. L’opération s’est déroulée sans problème. Quelqu’un va vous monter dans votre chambre.

Elle est à moitié dans les « vapes » mais elle sait qu’elle n’a pas complètement rêvé et qu’elle vient de vivre une expérience paranormale spectaculaire.

Pour l’instant, il lui faut affronter la douleur fulgurante qui va la dévaster pendant un certain temps.

Désormais, ce sera une question de jours, de semaines, de mois, d’années pour se rétablir et considérer qu’elle est une survivante du cancer.

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Tous droits réservés 6 août 2022

Viviane B-Brosse alias Sherry-Yanne

Copyright N°00067596

Publié sur mon site Sherry-Yanne le même jour.

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Photos d'illustration trouvées sur internet sans mention de droits

Annee 1914 calendrier redimensionne pour site

Date de dernière mise à jour : 17 sept 2022

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Commentaires

  • Christiane Bruneau

    1 Christiane Bruneau Le 07 août 2022

    Bonjour , quel beau texte!
    et quel travail ! bravo
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 07 août 2022

    Bonjour, merci pour votre appréciation. Effectivement ce 3ème essai de "rencontres fictives" ayant nécessité quelques recherches sur les années 1914 et 2014, avant de définir le canevas de mon scénario, m'a demandé plus de temps pour l'écrire mais après avoir lu et relu ce texte, je suis relativement contente du résultat final. Bon dimanche à vous !
  • Domleng

    2 Domleng Le 08 août 2022

    Beau texte que j ai plaisir à lire et à conserver pour le style pour les références. Bravo
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 08 août 2022

    Bonjour, merci beaucoup pour l'appréciation. Les retours positifs sont importants pour moi, pour continuer d'avancer. Bonne journée à vous !

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