RENCONTRE FICTIVE ÉTÉ 1976 AVEC JEAN-PIERRE ET PERRINE

RENCONTRE FICTIVE ÉTÉ 1976 AVEC JEAN-PIERRE ET PERRINE

RENCONTRE FICTIVE SPATIO-TEMPORELLE AVEC JEAN-PIERRE ET PERRINE SOSAS 10 ET 11

Fiction écrite sous forme de nouvelle généalogique, en utilisant la 3ème personne volontairement. Je voulais même changer les prénoms au départ mais comme le thème est la généalogie, je voulais que cela reste authentique d’où le choix d’utiliser les vrais prénoms des personnages de mon écrit. Lesdits personnages ont bien existé, à des époques différentes, le lieu et le rappel de la vie campagnarde en 1976 sont véridiques, ce qui a permis de bâtir un scénario fictif pour imaginer une rencontre avec mes arrière-grands-parents Jean Pierre et Perrine.

ÉTÉ 1976

Viviane a 16 ans et demi, pas encore 17 ans, même si elle préfère dire qu’elle a 17 ans, ce qui fait plus mature. Ses parents sont de modestes agriculteurs qui ne comptent pas leurs heures de labeur pour vivre de leur travail et subvenir aux besoins de leur famille. Ils ont quatre enfants à nourrir et élever, autant dire qu’entre les activités agricoles, laitières et l’éducation des mômes, ils ne chôment pas. De plus son père fait des doubles journées puisqu’il travaille aussi à l’usine pour avoir un revenu mensuel, lui permettant de faire face aux dépenses de la vie.

Il fait chaud, très chaud en cet été de l’année 1976. La chaleur est intense et la sécheresse sévit même dans la campagne profonde. Le confort moderne s’installe petit à petit dans les demeures rurales. Toutes les maisons ont l’électricité mais le rattachement au service des eaux n’est pas encore omniprésent sur la commune. L’eau du robinet provient souvent de puits, qui se tarissent en période de sécheresse. Et ne parlons pas du téléphone, dont les lignes commencent juste à être installées, sur les nouveaux poteaux implantés dans les champs.

En cet été caniculaire, l’eau manque et les paysans vont remplir régulièrement des citernes d’eau, vers une source connue de tous, ce qui leur permet de pourvoir à la consommation d’eau quotidienne, nécessaire à la famille et à la ferme.

Secheresse 1976 france

Qui aurait cru que l’été serait aussi chaud, alors que « Pâques » s’était blanchi sous la neige ? était-ce la neige du coucou ? tout le paysage n’était plus qu’un manteau immaculé et il faisait froid. Personne n’aurait cru qu’on était en avril. Un mois d’avril un peu différent des années précédentes puisque c’est ce mois là qui inaugura l’instauration de l’heure d’été, un système contraire à la nature puisque désormais en été, l’heure dite d’été était en avance de deux heures sur le soleil, détraquant le système biologique tant des humains que des animaux.

Pour l’instant Viviane se moque éperdument de l’heure. C’est une gamine de son temps, qui aime sortir le dimanche après midi avec ses copines et partager des moments d’insouciance avec elles. Mais la semaine est moins festive, car en tant que fille de paysans, la période estivale des vacances scolaires, représente pour elle, l’obligation d’aider ses parents, et notamment en plus des tâches ménagères, de conduire tous les jours, les vaches dans un pré et de les surveiller tout l’après-midi, avant de les ramener le soir pour la traite.

Ce sont des après-midi de solitude, jour après jour, et elle a pris l’habitude d’emmener un bouquin pour se sentir moins seule. Elle a plusieurs auteurs favoris, dans des catégories bien spécifiques. Elle a découvert la saga des Rougon-Macquart écrit par Emile Zola et la description de la descendance de Rougon et de Macquart, les deux époux successifs d’Adélaïde Fouque, l’ancêtre des deux lignées, la fascine. De l’un seront issus les descendants ayant une certaine réussite sociale (le fondateur d’un grand magasin « Au bonheur des dames », un abbé, l’abbé Mouret etc) et de l’autre seront issus tous ceux qui représentent la misère humaine (l’alcoolisme, la prostitution etc). Cet écrivain laisse un témoignage criant de vérité sur les différentes castes sociales du 19ème siècle et sur les tares héréditaires qui peuvent toucher riches ou pauvres. Viviane aime plusieurs genres littéraires et son appétence pour les romans policiers, notamment pour les romans de la "reine" du crime Agatha Christie, nait lors de ses après-midi solitaires, où ses seules compagnes sont des vaches.

Les rougon macquart 16

Passionnée de lecture, elle se laisse emporter dans l’histoire ou l’intrigue et son esprit s’envole dans un univers hors du temps et de l’espace. Bien entendu, les vaches profitent parfois de ces moments d’inattention pour croquer dans les pommes offertes à leurs yeux, sur les branches les plus basses des pommiers.

Son amie Yvonne vient parfois lui tenir compagnie et elles se confient mutuellement leurs secrets d’ados, ceux concernant leurs premières amours, à l’abri d’un arbre, où personne ne les voit, le pré étant entouré de sapins.

En cette journée ensoleillée de juillet 1976, Viviane est seule, assise à l’ombre, sous un des pommiers, et les vaches broutent tranquillement. Il est tôt dans l’après-midi et le décalage horaire la perturbe fortement. Le sommeil la gagne et ses yeux se ferment malgré elle.

Une sensation bizarre la réveille brutalement et elle émerge de son sommeil.

Que se passe-t’il ?

Elle est toujours dans le pré, mais le paysage lui parait différent. Deux personnages, un homme et une femme, sont près d’elle et la contemplent d’un air mi-attendri, mi-amusé.

Comme ils sont étranges !

« On les croirait sortis d’un autre temps », se dit-elle.

L’homme portait une grande moustache, celle qu’on dénomme des bacchantes, un costume noir et la femme était elle aussi vêtue de sombre, de grands cotillons jusqu’aux chevilles. Les deux paraissaient venir des années d’après-guerre, la première, évidemment, celle de 1914-1918.

Intriguée mais pas apeurée, car à 16 ans la témérité flirte dangereusement avec l’inconscience, elle dévisage les deux inconnus qui lui sourient avec tendresse, comme si eux, la connaissaient. Elle est pourtant sûre de ne les avoir jamais rencontrés avant.

C’est l’homme qui brise le silence en premier, en lui adressant la parole.

- Bonjour, jeune fille, tu es Viviane, n’est-ce pas ? Comment te sens tu ? Tu as bien dormi ? Tu sais que tes vaches se sont régalées pendant ta sieste, les coquines.

- Comment connaissez-vous mon prénom, alors que moi, je suis sûre de ne vous avoir jamais vu ?

A ce moment, là c’est la femme qui prit la parole pour répondre, avec une grande expression de douceur dans ses yeux.

- Nous connaissons ton prénom, car nous savons qui tu es mais toi, tu as souvent entendu parler de nous par Claudia, ta grand-mère, qui est aussi notre fille aînée.

Abasourdie, Viviane reste muette, tout en détaillant l’apparence de ces mystérieux visiteurs.

Elle se remémore les photos aperçues sur le buffet de ses grands-parents et de la piété filiale de sa grand-mère lorsqu’elle évoque ses défunts parents.

Effectivement les deux individus ressemblent à ses arrière-grands-parents Jean-Pierre et Perrine. Ils sont morts bien avant sa naissance et elle ne les identifie que par comparaison avec les vieux clichés conservés soigneusement par son aïeule.

- Waouh !

Viviane se frotte les yeux.

Mais comment cela est-il possible ?

Quelle vision singulière !

Elle est interloquée et reste paralysée par la surprise.

- Nous te regardions dormir, rajoute Perrine, puisqu’il est dorénavant établi que c’est le prénom de l’apparition insolite.

- Il y a si longtemps que nous sommes partis que cela nous fait plaisir de revoir ces terres et ces champs que nous avons cultivés et entretenus pendant toute notre vie terrestre, rajoute Jean-Pierre son époux. De plus, faire la connaissance de notre arrière-petite-fille est une grande joie pour nous. Nos trois filles ont eu sept enfants mais nous ne les avons pas tous connu, car ma douce Perrine est partie en 1943 et je l’ai suivi, quatre ans plus tard, en 1947. Il parait que nous avons de nombreux arrière-petits-enfants.

- Nous n’allons pas rester bien longtemps car nous devons repartir dans cet univers lointain, où nous nous retrouverons un jour tous ensemble mais que ce soit le plus tard possible, pour toi ma chère enfant, précise Perrine.

- La mémé, enfin votre fille, m’a racontée son histoire familiale sur plusieurs générations et je suis curieuse de découvrir tout ce qui peut concerner mes ancêtres, qu’ils soient proches ou lointains, ose enfin dire Viviane, qui émerge de sa stupeur.

- Prends ton temps, on t’écoute, dit simplement Jean-Pierre.

- Je sais que vous vous êtes mariés en 1906, que vous habitiez le château des Marrel à Ste Catherine, avant la première guerre mondiale, ou toi arrière-pépé tu étais régisseur. J’ai vu une photo de la mémé avec la demoiselle du château.

Ste catherine rhone chateau marrel

Elle est restée enfant unique pendant plusieurs années puisque ses sœurs sont nées huit et dix ans plus tard. Entre temps, vous étiez venus vous installer à St Romain en Jarez, aux Trois Pierres, locataires des terres et de la maison appartenant à une famille du village. Puis tu es parti en tant que sergent à la guerre de 1914-1918. Pendant ce temps, Perrine, ton épouse, mon arrière-mémé, est restée seule à assumer l’intendance familiale et celle du labeur agricole. Il lui fallait aussi beaucoup de courage pour le faire. Tu es revenu au moins deux fois en permission, puisque Marie est née en 1915 et Jeanne en 1917. Je me doute que tu as vécu l’horreur dans les tranchées, le froid, la faim, la peur, les copains qui meurent au combat, d’épuisement ou de folie, les rats et tout ce que je ne peux même pas encore imaginer. La mémé, ta fille, m’a montré ta croix de guerre dont elle était si fière, car cette décoration honorifique attestait que tu avais été un valeureux soldat, combattant pour délivrer ta patrie de l’ennemi germano-prussien, que tout le monde appelait l’ennemi boche. Il parait que tu étais à la bataille de Verdun en 1916, ce qui te valut ta décoration militaire et un repas avec ton colonel. Tu en étais tellement fier que tu as demandé à Perrine de conserver précieusement cette invitation. Je sais aussi que toi et Perrine étiez de fervents catholiques et que votre union était chérie par vous deux. J’ai eu la chance de lire une ou deux correspondances entre vous et à travers vos mots pudiques, j’ai pu imaginer, le couple intègre et droit que vous étiez. De plus ma grand-mère, votre aînée, avait reçu une excellente instruction. C'était une personne cultivée et pleine d’humour, ce qui signifie que son éducation était le fait de parents aimants et bienveillants. Plus tard, vous vous êtes installés dans la maison détenue par ta famille patronymique, depuis le lointain jour du mariage de vos ancêtres (et par conséquent les miens aussi), Jean Baptiste et Marguerite. C’était fin du 18ème siècle, mais cette maison était déjà dans la famille de Marguerite bien avant encore. Cette demeure familiale est celle, où vous êtes tous les deux décédés, et où vivent désormais mes grands-parents, ta fille Claudia et son époux.

- Ah mon enfant, tu connais l’essentiel concernant notre existence et les livres d’histoire t’apprendront ce qu’il est nécessaire de connaître sur la barbarie et l’horreur de la guerre. Travaille bien à l’école à ton tour, car l’instruction et le savoir apportent la connaissance, aussi nécessaire à l’homme, que le pain dont il a besoin quotidiennement pour survivre. Sois une bonne chrétienne, respectant Dieu, tes parents et ta patrie. Embrasse notre fille pour nous, ainsi que notre petit-fils qui n’était encore qu’un enfant de 11 ans lorsque Perrine s’en est allée, et de 15 ans lorsque j’ai rejoint mon épouse bien-aimée pour notre repos éternel. Il est temps pour nous de te quitter. Nous te bénissons et nous te souhaitons une vie heureuse lorsque tu seras à ton tour, une femme adulte.

- Adieu mon enfant, rajoute Perrine, te rencontrer ce jour, fut un bonheur pour nous.

Un nuage les enveloppa et tous deux disparurent comme par enchantement.

A ce moment, une pomme tomba sur la tête de Viviane qui sursauta et se réveilla pour de bon.

Tout cela n’était donc qu’un rêve mais pourtant tout paraissait si réel.

Elle était perplexe mais il était temps de regrouper ses vaches et de les ramener à l’étable pour l’heure de la traite, pourtant en chemin, elle ne cessa de penser à cette rencontre, ne sachant toujours pas au final, si c’était un rêve ou une réalité vécue dans l’espace-temps.

Bien évidemment, elle ne raconta son aventure, ni à ses parents, ni à ses grands-parents et la vie continua tranquillement en cet été 1976, puis septembre arriva et elle reprit le chemin du lycée.

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Tous droits réservés 20 juillet 2022

Viviane Brosse alias Sherry-Yanne

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Publié sur mon site Sherry-Yanne le même jour

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Photos trouvées sur internet dans un but illustratif de mon texte

 

1976 bis

Date de dernière mise à jour : 17 sept 2022

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Commentaires

  • Marie Mafalda

    1 Marie Mafalda Le 20 juil 2022

    Bonjour,
    J'aime beaucoup ce texte. Il est bien écrit. J'aime bien l'idée de l'inversion de la visite. Souvent, c'est un protagoniste actuel qui va visiter un ancêtre. Là, ce sont les ancêtres qui rendent une petit visite ! Même s'il y a une part de "nouvelle fictive", on sent que cela s'appuie sur du réel, sur des recherches. Bien entendu, on ne peut rien vérifier, mais quelques liens en fin d'articles devraient le permettre. Ceci est une réflexion d'une accro aux sources, mais tout le monde n'est pas comme moi. C'est un essai, bellement transformé ! Il faut continuer...
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 21 juil 2022

    Bonjour, lire votre commentaire m'a apporté une sorte d'apaisement ce matin. En effet, je lis souvent vos analyses, conseils et commentaires dans le groupe de la Généalogie à l'Ecriture et je les trouve très judicieux. En ce qui me concerne, je doute souvent et les remarques positives même s'il s'il y a des critiques constructives, me permettent d'avancer, pour ne pas dire évoluer dans ma manière d'écrire. Le texte que j'ai écrit hier est un condensé de mes souvenirs d'enfance, l'année de la sécheresse en 1976, conjugués avec ceux concernant mes arrière-grands-parents, à travers la transmission verbale de ma grand-mère, leur fille et des documents que j'ai pu lire, (que ma grand-mère conservait précieusement), lesquels m'ont permis de comprendre plus ou moins la personnalité de mes arrière-grands-parents. Le reste n'est bien sûr que scénario sorti de mon imagination mais pour moi, c'était plus simple de mêler le réel et le fictif, pour construire le canevas de mon essai écrit hier matin. Merci pour votre retour ! Bonne journée à vous, Cordialement

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