VÉNUS HOTTENTOTE

VÉNUS HOTTENTOTE

VÉNUS HOTTENTOTE

 

Au siècle trépassé des grandes cocottes,

Etait exhibée la Vénus Hottentote,

Dans les foires, en objet de curiosité,

Ou dans les salons de la bonne société.

 

Femme sensible, par des escrocs, maltraitée,

Proie facile, victime de leur cruauté.

Personne n’a su voir dans son attitude,

La souffrance subie pour sa négritude.

 

Venue d’Afrique sur les belles promesses,

De rentrer au pays, un jour, en princesse.

A son maître, elle donna sa confiance,

Pour échouer dans un lupanar en France.

 

Pour son anatomie spéciale, exposée,

Mais malade, elle mourut abandonnée.

Même la science pour établir sa thèse,

A mis sa dignité entre parenthèses.

 

De son corps, fut prélevée sa féminité.

Elle n’appartenait pas à l’humanité !

Elle ne rêvait pas de finir au musée,

Et pourtant, même çà, ces savants ont osé !

 

Il fallut plus de cent ans pour que ses restes

Soient rendus à la terre de ses ancêtres.

En Afrique du Sud, au Cap de ses racines,

Elle repose, loin des mœurs assassines.

 

TOUS DROITS RÉSERVÉS

Viviane B-Brosse alias Sherry-Yanne 20 août 2014

Enregistré sous copyright N°00054250 avant diffusion sur internet

Recueil PETITES HISTOIRES EN VERS ET CONTRE TOUT

ISBN 978-2-37499-032-3

Recueil L’HISTOIRE SE RACONTE EN VERS

ISBN : 978-2-37499-086-6

Publiés aux Editions ANTYA

PHOTO INTERNET représentant un dessin de la "Vénus Hottentote"

 

Venus hottentote

Ci-dessous voilà la véritable histoire de la Vénus Tottentote (source Wikipédia)

Saartjie Baartman, de son vrai nom Sawtche, surnommée la « Vénus hottentote », serait née aux abords de la Gamtoos River (Cap-Oriental) aux alentours de 1789 dans l'actuelle Afrique du Sud au sein du peuple Khoïkhoï (Khoïsan), le plus ancien de la région sud de l'Afrique. Elle meurt à Paris le 29 décembre 1815.

Son histoire, souvent prise pour exemple, est révélatrice de la manière dont les Européens considéraient à l'époque ceux qu'ils désignaient comme appartenant à des « races inférieures ». Elle symbolise également la nouvelle attitude revendicative des peuples autochtones quant à la restitution des biens culturels et symboliques ainsi que des restes humains qui figurent dans les musées du monde entier.

Issue d'un métissage des ethnies sud-africaines Khoïkhoï du côté de son père et Bochiman du côté de sa mère, Sawtche est asservie dès sa petite enfance avec ses trois frères et deux sœurs par des fermiers Boers. Elle est d'abord esclave dans un kraal voisinant la ferme de son baas, l'Afrikaaner Peter Caesar. Conformément à l'usage chrétien et colonial, son maître la dote d'un prénom néerlandais, Saartjie, diminutif de Sarah, son nom de naissance étant inconnu.

En 1807, les trois sœurs font l'objet d'une transaction et sont envoyées dans la ferme voisine du frère de leur maître, Hendrick (ou Hendryck) Caesar qui les asservit contre du tabac et de l'eau-de-vie, deux pièges coloniaux fréquemment utilisés. Saartjie racontera qu'entre-temps, elle a été mariée à un Khoïkhoï dont elle a deux enfants. En 1810, un chirurgien militaire de la marine britannique, Alexander Dunlop, en visite chez les Caesar, découvre la morphologie hors du commun de Saartjie : hypertrophie des hanches et des fesses (stéatopygie) et organes génitaux protubérants (macronymphie appelée « tablier des Hottentotes »). Dunlop est près de la retraite, ce qui aura pour conséquence une importante baisse de revenus, et voit se profiler une affaire juteuse : fournir un échantillon spectaculaire d'un peuple colonisé pour les zoos humains en Europe. Il convainc Hendrick de s'associer à son affaire et d'embarquer avec Saartjie pour l'Angleterre à bord du HMS Diadem (en) le 7 avril 1810. Cette dernière accepte car son « manager » Hendrick lui fait croire qu'elle y trouvera fortune et liberté en contrepartie de l'exhibition de son corps et de danses au son de la goura (en).

 « A Pair of Broad Bottoms » (une paire de fesses étrangères), caricature de William Heath, 1810.

Débarquée à Londres en septembre 1810, Saartjie y devient un phénomène de foire. Dans une salle louée de Piccadilly Street, elle est exposée dans une cage, sur une estrade surélevée de quelques mètres, d'où elle sort pour faire admirer son anatomie, endurant l'humiliation sous le regard, les quolibets et le toucher de spectateurs encanaillés. C'est à cette occasion qu'est inventé son surnom moqueur mais aguicheur de « Vénus hottentote » tandis que les londoniens ridiculisent celle qu'ils appellent « fat bum » (gros cul). L'African Association intente un procès le 24 novembre 1810 contre Caesar accusé de l'exploiter, de l'exposer de manière indécente et de violer l'acte d'abolition de la traite des esclaves de 1807. Mais Saartje témoigne ne pas agir sous la contrainte, Caesar la fait passer pour une artiste et Dunlop produit un contrat (probable subterfuge légal)5, selon lequel elle percevrait une partie des recettes des spectacles (douze guinées par an). La Cour conclut à un non-lieu. Son baptême le 9 décembre 1811 dans la cathédrale de Manchester, avec l'autorisation spéciale de l'évêque de Chester, officialise son nom européen de Saartjie Baartman (le nom de Baartman qui signifie « barbu » en Afrikaneer étant peut-être choisi par référence à la barbe qu'arborait Hendrick Caesar). Elle est par la suite exposée dans le nord de l’Angleterre et l’Irlande.

Mais le public britannique commence à se lasser de ce show indécent et ce personnage de zoo humain doit s'exiler. Saartjie est alors exposée en Hollande, puis en France à partir de septembre 1814, où l'esclavage est encore légal. Elle est exploitée par Henry Taylor, un autre organisateur de tournées, puis le montreur d'animaux exotiques Réaux qui fait payer 3 francs pour la voir et plus pour la toucher dans les cabarets. Elle devient par la suite un objet sexuel (« belles soirées » privées de l'aristocratie puis prostitution) et tombe dans l'alcoolisme.

 « La Belle Hottentote », illustration de la mode des zoos humains.

Sawtche (dite Sarah Saartjie Baartman), étudiée comme Femme de race Bôchismann, Histoire Naturelle des Mammifères, tome II, Cuvier, Werner, de Lasteyrie

En mars 1815, le professeur de zoologie et administrateur du Muséum national d'histoire naturelle de France, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, demande à pouvoir examiner « les caractères distinctifs de cette race curieuse ». Après le public des foires, c'est devant les yeux de scientifiques (notamment le zoologue et anatomiste comparatif Georges Cuvier) et de peintres qu'elle est exposée nue, transformée en objet d'étude. Le 1er avril 1815, le rapport du chevalier Geoffroy Saint-Hilaire compare son visage à « un commencement de museau encore plus considérable que celui de l'orang-outang », et « la prodigieuse taille de ses fesses » avec celle des femelles des singes maimon et mandrill à l'occasion de leur menstruation. Mesurée sous toutes les coutures pendant trois jours, elle a cependant refusé de dévoiler son « tablier génital » (« tablier hottentot » figurant la macronymphie), ce qui agace Cuvier.

 

Vivant dans des conditions sordides dans un taudis, Saartjie Baartman meurt dans la nuit du vendredi 29 décembre 1815, probablement d'une pneumonie comme le diagnostique Georges Cuvier lors de son autopsie, maladie inflammatoire compliquée de la variole voire de la syphilis.

Cuvier, qui a récupéré son cadavre, en fait faire un moulage complet de plâtre. Estimant que Saartjie est la preuve de l'infériorité de certaines races, il entreprend de la disséquer au nom du progrès des connaissances humaines. À l'issue de la dissection, son cerveau, son anus et ses organes génitaux sont conservés dans des bocaux remplis de formol. Cuvier procède enfin à l'extraction du squelette et le reconstitue entièrement, os par os. En 1817, il expose le résultat de son travail dans sa publication Observations sur le cadavre d'une femme connue à Paris sous le nom de Vénus Hottentote, qu'il présente devant l'Académie nationale de médecine.

On estime de nos jours que ce rapport témoigne des théories racistes et des préjugés de l'époque : « Aujourd'hui que l'on distingue les races par le squelette de la tête, et que l'on possède tant de corps d'anciens Égyptiens momifiés, il est aisé de s'assurer que quel qu'ait pu être leur teint, ils appartenaient à la même race d'hommes que nous ; qu'ils avaient le crâne et le cerveau aussi volumineux ; qu'en un mot ils ne faisaient pas exception à cette loi cruelle qui semble avoir condamné à une éternelle infériorité les races à crâne déprimé et comprimé » Cuvier décrit du reste Mme Baartman comme une dame sauvagesse de qualité, parlant trois langues et bonne musicienne.

Moule et squelette sont exposés dans la galerie d'anthropologie physique du musée de l'Homme à Paris fondé en 1937. Ce n'est qu'en 1974 qu'ils sont retirés et relégués finalement dans les réserves du musée (le moulage étant encore resté exposé durant deux ans dans la salle de Préhistoire).

En 1994, son moulage et son squelette sont sortis des réserves à l'occasion de la présentation d'une exposition sur « la sculpture ethnographique au xixe siècle, de la Vénus hottentote à la Tehura de Gauguin », d'abord au Musée d'Orsay, puis en Arles.

Tombe de Saartjie Baartman à Hankey (en), Afrique du Sud.

Des demandes de restitution par la France de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman en Afrique du Sud existent sporadiquement dès les années 1940. En 1994, quelque temps après la fin de l'apartheid, les Khoïkhoï font appel à Nelson Mandela pour demander la restitution des restes de Saartjie afin de pouvoir lui offrir une sépulture et lui rendre sa dignité. La mobilisation de citoyens sud-africains est telle que de nombreux artistes s'emparent de Saartjie comme d'un mythe. Ainsi l'écrivain sud-africaine Diana Ferrus (en), publie en 1998 A poem for Sarah Bartman, texte dont la popularité joue un rôle important dans cette mobilisation.

Ces demandes se heurtent à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l'État et de la science. Après le vote d'une loi spéciale de restitution du 6 mars 2002, la France rend la dépouille à l'Afrique du Sud.

Le 3 mai 2002, la dépouille de Saartjie Baartman est solennellement accueillie au Cap. Le 9 août 2002 (date symbolique correspondant à la Journée nationale de la femme en Afrique du Sud), après une cérémonie œcuménique, la dépouille, après avoir été purifiée, est placée sur un lit d'herbes sèches auquel on met le feu selon les rites de son peuple. Elle est inhumée sur la colline de Vergaderingskop près de Hankey (en), son village natal, en présence du président Thabo Mbeki, de plusieurs ministres et des chefs de la communauté Khoikhoï.

Date de dernière mise à jour : 28 mars 2020

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Commentaires

  • evelyne

    1 evelyne Le 11 juil 2017

    Que de recherches pour arriver à restituer l'histoire de cette femme !
    Et très Beau texte !
    Les Européens n'ont pas à être fiers !
    Combien de situations semblables.....
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 12 juil 2017

    Bonjour! Il est vrai que toute forme d'esclavage m'est odieuse et malheureusement, il y a tant de choses à faire dans le monde car rien n'est gagné! La discrimimination du fait de la race, de la couleur, du sexe, du genre m'est odieuse et je lutte avec mes mots contre cet état de fait. Bonne soirée!
  • SCHREINEMACHER BADARMon Dieu

    2 SCHREINEMACHER BADARMon Dieu Le 11 juil 2017

    Mon Dieu quelle horreur !!!!! Que Saartjie repose en paix chez elle loin de ce monde. Georges Cuvier (le baron cerveau) est mort du choléra. Il aurait pu choisir la peste.
    .
    Cuvier représentait la pensée scientifique dominante en France, en accord avec les préjugés racistes de l'époque, et son influence était grande.
    Dans ce contexte, il a fait des recherches sur les Noirs africains qu'il tenait pour « la plus dégradée des races humaines, dont les formes s'approchent le plus de la brute, et dont l'intelligence ne s'est élevée nulle part au point d'arriver à un gouvernement régulier ». Peu après la mort de Saartjie Baartman, il entreprit de la disséquer au nom du progrès des connaissances humaines. Il réalisa un moulage complet du corps et préleva le squelette ainsi que le cerveau et les organes génitaux qui furent placés dans des bocaux de formol et exposés au Musée de l'Homme. En 1817, il exposa le résultat de son travail devant l'Académie de médecine. La publication de ses Observations sur le cadavre d'une femme connue à Paris et à Londres sous le nom de Vénus hottentote témoigne des théories racistes des scientifiques de l'époque. Il fait notamment allusion à la classification des races humaines par le « squelette de la tête », et à une « loi cruelle qui semble avoir condamné à une éternelle infériorité les races à crâne déprimé et comprimé ». Saartjie Baartman est plus décrite par des traits simiesques que par son appartenance à la race noire : « Notre Boschimane a le museau plus saillant encore que le nègre, la face plus élargie que le calmouque, et les os du nez plus plats que l'un et que l'autre. À ce dernier égard, surtout, je n'ai jamais vu de tête humaine plus semblable aux singes que la sienne ».
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 12 juil 2017

    Bonjour! Votre commentaire en suite de mon poème est très instructif et je vous remercie de l'avoir écrit. Vu de la fin du 20ème siècle, nous sommes effarés par de tels comportements. Malheureusement le 21ème siècle avec son lot d'atrocités commises (notamment au nom de la religion) me ramène à ce fichu 19ème siècle avec un grand désespoir car la discrimination du fait de la race, de la couleur, de la religion, du sexe et du genre, a encore de beaux jours à vivre. Quelle tristesse! Bonne soirée à vous !

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