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VIEILLISSEMENT ET EHPAD
VIEILLISSEMENT ET EHPAD
Dans la vie, toutes les créatures vivantes passent par différentes étapes, qu'elles soient animales ou humaines.
Vieillir en fait partie !
En tant qu'humain, l'accepter au quotidien en ne cherchant pas à se rajeunir à tout prix, avec des artifices quelconques (teinture, botox, chirurgie esthétique, etc. ) est une chose.
Par contre accepter l'inéluctable idée de la mort au bout du chemin, en est une autre, notamment en voyant défiler les années.
La mort des parents est en soi une première étape, dans ce processus de l'acceptation de l'inévitable destin commun à tous les êtres vivants.
Alors, puisque personne ne peut échapper à cette destinée, sauf ceux qui n'ont pas eu cette chance, en mourant jeunes, des suites de la maladie, d'un accident ou victimes d'actes criminels, il faut aller de l'avant, du mieux qu'on peut.
Pour moi, je ne souhaite qu'une chose, mourir chez moi, en ayant conservé toute ma dignité physique et mentale, et si possible, entourée de ma petite famille chérie.
Avant mes 65 ans, je ne me suis jamais vraiment posé la question du vieillissement, car en soi, j'ai paradoxalement toujours bien vécu de voir les années défiler.
Je me sentais jeune dans ma tête, même si mon corps le ressentait différemment.
Le décès de ma mère l'an dernier a sans doute été l'élément déclencheur de ce changement intérieur.
Malheureusement, il est faux aussi de croire que la vieillesse dégradante ne commence que vers 80 ans ou plus.
Il suffit d'aller en Ehpad, pour se rendre compte que cela touche des gens de la génération des sexagénaires, voire même certains quinquagénaires et ce constat est bouleversant.
En tant que bénévole depuis plusieurs mois dans un Ehpad du secteur, je suis confrontée chaque semaine à cette dure réalité.
Un Ehpad est une concentration de la misère humaine, du désespoir pour certains, qui attendent la mort avec fatalisme.
D'autres, par contre, résistent et se maintiennent "en vie", en entretenant une certaine joie de vivre, et pour certaines "vieilles dames", une coquetterie de "jeunes filles", ce qui est tout à leur honneur.
Pour certains de ces résidents, la visite hebdomadaire des bénévoles, est la seule visite qu'ils reçoivent dans leur solitude de fin de vie, et leurs yeux qui brillent, leurs sourires sincères, en retour, conforte le bien-fondé de ce choix de bénévolat.
Partir le soir, en voyant cette rangée des "plus valides" assis sur leurs chaises, en rang, derrière la porte, a quelques chose de tellement attristant.
Lors de ma toute première visite, il y a quelques mois en arrière, je me suis fait la réflexion qu'ils attendaient la mort, dans une sorte d'indifférence déshumanisée.
Je dois avouer que chaque fois, je rentre chez moi dans un état d'esprit mitigé.
En effet, me souvenir de leurs visages heureux de notre visite et de l'intérêt que nous leur portons, me permet d'être en accord avec ma conscience, de femme et de chrétienne.
Par contre, l'empathie sincère et réelle pompe toute ma capacité énergétique, et chaque fois, je m'effondre dans mon fauteuil, totalement vidée, incapable de faire quoi que ce soit.
Pourtant je continue car malgré tout, notre présence hebdomadaire est un rayon de soleil dans leur vie devenue bien triste.
Beaucoup ne comprennent pas pourquoi ils sont là, car ils ont une maison où ils auraient été heureux de finir leurs jours, d'autres en veulent à leurs familles pour les mêmes raisons, et il leur faut faire le deuil de leur vie passée. Certains renoncent et n'ont plus envie de rien, attendant que "la faucheuse" vienne les chercher.
Ceux qui sont venus par choix, sont souvent plus actifs, et pratiquent diverses activités (création de bijoux, de tricot, d'objets divers etc.).
Mais pour moi, ceux qui ont perdu la tête, ou l'usage de leurs capacités motrices, sont ceux qui m'affectent le plus.
Derrière chacune de ces personnes, on devine une histoire, une vie de famille, une vie professionnelle, une normalité réduite à néant par le vieillissement et la perte de leur autonomie physique ou mentale.
Hélas, cela touche des résidents plus ou moins jeunes, et lorsque cela concerne des individus de ma génération, voire plus jeunes, je ressens une profonde tristesse.
Pour l'anecdote, deux ou trois de ces résidents sont issus de mon village natal, ou m'ont connu dans une autre vie, dans une autre commune. Pourtant leur mémoire s'étant figée dans le passé, ils ne retiennent pas mon nom, mais celui de mon père, et il en est de même avec une autre bénévole.
Mystère de la mémoire humaine !
Quoi qu'il en soit, en cette année 2026, je suis dans ma soixante-septième année et je me rapproche de mes soixante-dix ans au grand galop.
Je souhaite sincèrement que Dieu me garde physiquement et intellectuellement en capacité de me gérer seule, jusqu'au moment définitif de la rencontre ultime, m'épargnant la souffrance mentale de finir ma vie dans un Ehpad.
C'est ma hantise, et même si cela en choque certains, je préfère la mort, et je comprends ceux qui font le choix du suicide assisté ou de l'euthanasie, en toute connaissance de cause.
Cela fait plusieurs jours, voire plusieurs semaines, que je cogite à l'élaboration de ce texte et j'espère n'avoir rien oublié.
Comme d'habitude, ce n'est que mon ressenti personnel et je ne demande à personne de partager mon point de vue.
La liberté de pensée et d'expression reste un choix propre à chacun.
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Viviane BARNET-BROSSE alias Sherry-Yanne
Copyright et manuscrist en cours "Pensées et Réflexions à Brule-pourpoint" vol2
Texte publié sur Facebook le 1er février 2026 et sur mon site "les écrits de Sherry-Yanne le 10 février 2026
(photo internet libre de droit)
