LA LÉGENDE DE LA DAME DES BOIS

LA LÉGENDE DE LA DAME DES BOIS

LA LEGENDE DE LA DAME DES BOIS l

Baptiste court à travers champs. Il est en retard, la demie de trois heures du soir a sonné au clocher du village et Pierrette l’attend près du ruisseau de l’autre côté de la forêt des hirondelles.

Il décide de couper à travers les bois pour aller plus vite même si au fond de lui une peur l’étreint. Ne dit-on pas qu’un fantôme hanterait ce lieu depuis la nuit des temps. Il prend son courage à deux mains et s’enfonce sous la voûte ombragée.

Le silence l’oppresse et son cœur bat plus vite. Il sursaute au moindre bruit et il se maudit intérieurement. Lui qui n’a peur de rien, se retrouve effrayé par une histoire transmise par les anciens du village, le soir, au coin de l’âtre.

« Quel idiot tu fais, mon pauvre vieux ! » grommelle-t-il, agacé par sa réaction apeurée.

Il se ressaisit et continue son chemin, en écartant les branches au-dessus de sa tête ébouriffée.

Pierrette doit s’impatienter, tout en trempant ses pieds dans l’eau. Elle adore ôter ces chaussures et patauger en jetant des flaques d’eau autour d’elle.

Une jeune fille comme il faut ne s’amuse pas à ces enfantillages mais Pierrette a toujours manifesté un certain penchant pour le non conformisme et c’est ce qui a séduit Baptiste. Il sourit en pensant à elle, sa bien-aimée.

Leurs amours sont encore naissantes mais il pressent au fond de son cœur, qu’elle est la femme de sa vie, celle qu’il emmènera un jour devant l’autel, celle qui sera la mère de ses enfants. Il le sent ! il le sait !

Perdu dans ses pensées, il n’a pas vu surgir cette chose blanche, entourée d’un halo de lumière. Il s’immobilise, aux aguets. Serait-ce ? Serait-elle ? Il n’ose même plus penser, tétanisé par la rencontre sépulcrale.

Baptiste ne bouge plus, observant le spectre qui n’a pas l’air si dangereux. C’est une ombre féminine, au regard triste.

La légende de la « Dame des bois » lui revient en mémoire.

Autrefois, au fond de cette forêt existait un château, où vivaient le jeune seigneur de la contrée et sa belle épousée, la fille d’un prince disait-on. Alix était belle comme le jour et douce comme la nuit, et Melchior son jeune époux en était fort épris et ne la quittait jamais. Malheureusement La renommée de sa beauté s’étendit bien au-delà du territoire seigneurial et le baron noir, seigneur du village voisin en eut vent. Il n’eut de fin de la rencontrer et de la faire sienne.

A partir de ce jour, par force et par ruse, il tenta d’arriver à ses fins.

Alix ne voyait la vie qu’à travers les yeux de son tendre aimé et restait indifférente aux tentatives multiples d’Odon le baron félon.

Un jour que Melchior dut s’absenter pour accompagner le roi hors des frontières du royaume, Odon fomenta un guet-apens pour enlever la pauvre Alix.

Celle-ci aimait se promener dans les bois alentours, et s’asseoir auprès de l’étang où venaient s’abreuver les animaux vivant dans la forêt. Habitués à sa présence, aucun d’entre eux ne fuyait et elle aimait caresser aussi bien la biche que le lièvre ou le renard. Alix n’était pas méfiante car son cœur ne comportant aucun mauvais dessein, elle ne pouvait imaginer que celui d’autrui puisse être corrompu et noirci par la laideur de l’envie et de la jalousie.

Malgré l’absence de son cher Melchior, elle ne résista pas au plaisir de sa promenade quotidienne et tomba dans le piège tendu par l’infâme Odon.

Des valets soudoyés capturèrent la belle esseulée et l’emmenèrent en captivité dans une prison du château maudit. Alix fidèle à son amour, refusa toutes les avances mais sa fragilité physique succomba sous la force bestiale de son tortionnaire qui la soumit à tous ses plaisirs dépravés avant de la jeter hors du château.

La douce Alix ne pouvant supporter le poids de la honte subie, plongea au fond de l’étang et se noya.

Elle fût veillée pendant des jours par ses amies les bêtes communément qualifiées de sauvages, la sauvagerie n’étant pas l’apanage des animaux, malheureusement.

A son retour, son époux lui fit des funérailles princières, Il la pleura pendant des jours puis il la vengea en tuant le monstre qui avait osé souiller sa dulcinée et en incendiant ce château maudit. Il fît démolir les ruines restantes, pierre par pierre, pour qu’aucune de celles-ci ne puisse témoigner du calvaire vécu par Alix.

Quant plus rien ne subsista de l’infamie accolée à son nom, il ferma les portes de son palais, renvoya ses domestiques et partit en Terre Sainte pour reconquérir le tombeau du Christ et racheter ainsi le péché de la honte. Il y mourut quelque temps plus tard, toujours ravagé par son chagrin.

Depuis, on dit qu’Alix ne trouvant pas la paix, hante les lieux entre l’étang et l’ancien château, aujourd’hui disparu dont il ne reste aucun vestige, cherchant désespérément son tendre aimé pour lui demander pardon de n’avoir pas su préserver l’intégrité de sa promesse nuptiale.

Baptiste relève le front et lui sourit.

Il a compris qu’elle était inoffensive, qu’elle était condamnée à hanter les lieux de son supplice pour l’éternité et qu’elle ne trouverait la paix qu’en recevant l’absolution d’un pardon.

Il se rapproche d’elle doucement pour ne pas l’effrayer et posant ses deux mains au-dessus de sa tête, il lui murmure instinctivement :

« Alix, ma mie, je suis Melchior, ton époux, ton seigneur, je n’ai rien à te pardonner car tu n’as pas trahi nos vœux de fidélité. J’ai puni le mécréant qui t’avait couvert du poids de la honte et je t’attends dans la paix de la mort afin que nous soyons de nouveau réunis pour toujours. Viens à moi ! Que la paix soit à jamais sur toi ! »

A ces mots, le spectre disparut.

D’ailleurs on répète dans le village que depuis lors, plus personne ne l’a jamais revu.

Baptiste, serein, continua sa route, en marchant d’un bon pas d’amoureux.

Pierrette l’attendait comme prévu, baignant ses pieds dans le ruisseau et Baptiste sentit son cœur battre la chamade en l’apercevant. Aucune autre femme ne lui avait jamais fait un tel effet. Il sentait bien qu’il n’y en aurait aucune autre dans sa vie et que leurs épousailles prochaines scelleraient à jamais leur amour né un matin de printemps.

Quelques mois plus tard, les cloches ont sonné dans le village.

Elles chantaient au ciel et à la terre les amours de Baptiste et Pierrette convolant en justes noces en ce dimanche de fin de l’été.

Si c’était un conte de fée, il se terminerait par « ils furent heureux et eurent de nombreux enfants » mais ce n’est pas un conte de fée.

Pourtant leur histoire toute simple fut réellement heureuse. Ils travaillèrent dur, eurent de nombreux enfants et petits-enfants et moururent un soir d’hiver, à quelques jours d’intervalle, se disant comblés par la vie, par leur amour toujours présent et prêts à rejoindre leur créateur.

N’est-ce pas la meilleure des fins ?

 

TOUS DROITS RÉSERVÉS 28 août 2016

Viviane B-Brosse alias Sherry-Yanne

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Fee des bois4

 

Date de dernière mise à jour : 13 mai 2020

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Commentaires

  • Isacoeur

    1 Isacoeur Le 28 août 2016

    Un bien joli texte... un brin magique :)
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 29 août 2016

    Merci Isabelle de ton appréciation. J'ai toujours aimé les contes et la mythologie des lieux, des pays depuis ma tendre enfance et pour cette première tentative d'écriture dans un style différent, je me suis laissée emporter par la féerie d'un instant hors du temps. Merci de tes mots! ♥
  • Sylvie

    2 Sylvie Le 18 déc 2016

    Je viens de me faire plaisir avec un conte de fée qui n'en est pas un mais que j'appelle conte de fée :) . Quand mes enfants étaient petits, ils avaient droit à chaque Noël, à un beau livre de contes de fée. Je viens de me régaler. :)
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 19 déc 2016

    Merci Sylvie, Cet été, comme je n'arrivais plus à écrire des poèmes, j'ai essayé d'autres formes d'écriture (articles sur des sujets sociétaux publiés sur mon blog et petites histoires du style contes ou petites nouvelles). J'ai abandonné car j'ai eu l'impression que je n'étais pas douée pour ce genre d'écrit et du coup ton commentaire me redonne confiance et donc peut-être l'envie de me relancer dans une nouvelle tentative d'écriture soit de contes, soit de nouvelles. Merci de tes mots ! Bonne semaine à toi! A bientôt! Bises ♥
  • Sylvie

    3 Sylvie Le 10 jan 2017

    Ah, je ne reçois pas de notifications lorsque tu réponds aux commentaires. En fait, j'écris aussi des petits récits, le dernier en cours est celui d'une fée dans le pays des marais poiteviins, j'adore cette ambiance féerique des marais et des bois aussi :)
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 10 jan 2017

    J'ai lu certaines de tes petites histoires et je te trouve drôlement douée pour ce genre d'écriture! Merci de ta lecture qui me fait un grand plaisir ! Bonne soirée à toi !

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