LA MALÉDICTION DE SATANIA

LA MALÉDICTION DE SATANIA

LA MALÉDICTION DE SATANIA

De Raoul à « Cannibalourd »

Dans des temps anciens, au royaume d’Ombrasie, régnait un monarque envoûté depuis sa naissance par une malédiction.

Cette malédiction avait été déposée sur son berceau par « Satania » une méchante fée, jalouse de la reine Eudoxie, mère du nouveau-né, le prince Raoul.

Lorsqu’il aurait l’âge de régner, il serait condamné à vivre partagé entre le monde du Bien et celui du Mal.

Chaque nuit, il se transformerait en une bête monstrueuse, un ogre parcourant toute la contrée, en quête de voyageurs égarés ou imprudents, afin de les dévorer.

Entendant cela, la jeune fée « Charité » n’ayant pas encore déposé l’offrande de son don, décida de contrer le mauvais sort, poison mortifère, jeté sur l’enfant par la sorcière « Satania ».

Chaque jour, il redeviendrait un roi doté de sagesse et de bienveillance qui tiendrait les rênes du royaume avec une parfaite équité et un sens aigu de la justice.

Le cauchemar nocturne du futur roi prendrait fin dès qu’une de ses proies, innocente victime, oserait bénir le monstre cannibale en lui accordant son pardon.

Le sortilège serait ainsi levé et le règne du souverain pourrait se dérouler paisiblement.

Le temps recouvrit le royaume d’Ombrasie d’un voile d’oubli qui dura vingt-cinq ans (25 ans).

Le roi Hébert et la reine Eudoxie moururent tous deux et le Prince Raoul monta sur le trône vacant.

Il était devenu un fort beau jeune homme, une belle taille, une allure élancée, une magnifique chevelure brune et des yeux d’un vert si profond qu’ils vous transperçaient jusqu’au plus profond de votre âme. De plus ses précepteurs lui ayant enseigné les lettres et la philosophie, les mathématiques et les sciences, et son maître d’armes, le maniement de l’épée et l’art du combat, il était devenu un homme accompli faisant la joie de ses parents et de son entourage tant par la beauté de son corps que par celle de son cœur.

Comme son éducation le laissait entendre, il se comporta en monarque éclairé, rassemblant les diverses castes sociales, en réunions constructives pour diriger son royaume, en tenant compte des conseils avisés des uns et des autres. Cette gestion royale permettant la participation de membres élus par le peuple, était novatrice en Ombrasie.

Malheureusement, la prédiction funeste de « Satania » transforma chaque nuit, le pauvre roi Raoul en « Cannibalourd » un monstre hideux, un prédateur que personne n’avait intérêt de croiser sur sa route de peur d’être broyé par les puissants crocs acérés.

La malédiction royale était connue aux quatre confins du pays. Le peuple ombrasien plaignait plus qu’il ne blâmait celui qui n’était de fait, pas un tyran mais le malheureuse victime d’un sort maudit.

Tout le monde prit l’habitude de ne jamais sortir la nuit entre le coucher et le lever du soleil. Seuls les animaux non concernés par la malédiction, erraient en toute liberté dans les rues désertifiées, sans craindre d’être pourchassés par les fourches ou les piques des paysans ou de la garde royale qui ne quittait désormais plus les remparts du château.

De ce fait, « Cannibalourd » rentrait bredouille chaque matin et le roi soulagé constatait que le sang de ses sujets ne coulait pas sur ses mains et sur son sceptre.

Une nuit d’hiver, Raoul ou plutôt « Cannibalourd » parcourait le domaine royal comme il le faisait chaque nuit depuis son avènement au trône, en espérant ne pas rencontrer âme qui vive, de peur d’être obligé de subir l’odieux sortilège et de devenir un meurtrier.

Soudain de la forêt sombre, surgit un carrosse tiré par quatre magnifiques cheveux noirs.

Que faisait donc un tel équipage, dehors dans la froideur hivernale nocturne ?

A l’avant un cocher fouettait les chevaux afin de les diriger savamment vers le chemin aperçu dans le lointain.

A l’arrière trois passagers, un homme et deux femmes dont l’une des deux était une magnifique jeune fille blonde aux yeux bleus, au visage délicat, à la tournure élégante, le regard effrayé. Les deux personnes qui l’accompagnaient étaient respectivement sa nourrice et son mari, lui-même valet à son service depuis sa naissance.

Une profonde tristesse envahit le cœur de « Cannibalourd », voilant ses yeux d’une ombre humide. Pourquoi ces voyageurs ne s’étaient-ils pas réfugiés dans une auberge accueillante pour y passer la nuit avant de reprendre la route le lendemain. Il savait que lui Raoul, en tant que « Cannibalourd » n’échapperait pas à sa destinée et qu’il devrait tuer tout le monde pour satisfaire à la malédiction pesant sur lui depuis si longtemps.

Le pas lourd, il s’approcha et attrapa les rênes des chevaux au vol, immobilisant ainsi le carrosse. L’effroi s’empara des quatre personnes à bord, la terreur se lisant sur leurs visages comme dans un livre ouvert.

Joannès le valet, plus téméraire que Jacquot le cocher, prit la parole :

« Messire Monstre, ne nous faîtes point de mal, nous sommes les serviteurs du roi Eudes et de la reine Mahaut, dont le royaume est voisin de celui du roi Raoul et nous nous rendons à sa cour pour lui porter les hommages de notre sire. La princesse Clémence, sa fille est chargée de cette mission auprès du nouveau souverain ».

Benoîte la vieille nourrice et la douce Clémence étaient blanches de peur et ne pouvaient pas prononcer un seul mot, tant la vue du monstre les avait clouées sur place.

A ces mots, « Cannibalourd » trembla de désarroi, ce que les autres prirent pour un grognement de colère qui les effraya encore plus.

Il grogna :

« La sagesse aurait voulu que vous ne voyagez pas de nuit car le royaume est frappé d’une malédiction et nul être humain n’est en sécurité la nuit, hors les murs des habitations. Le monstre que je suis est condamné à dévorer toute personne rencontrée sur les chemins du royaume. Mon cœur est triste mais je ne peux pas échapper à la cruelle malédiction. Prenez le temps pour vous préparer à mourir ici ce soir ».

En entendant cela, les trois serviteurs devinrent blêmes. Joannès serra Benoite dans ses bras pour lui donner un peu de courage et Jacquot jura de peur.

Clémence ne cria pas, ne pleura pas. Elle s’approcha doucement de la bête monstrueuse et caressa son museau. Elle se savait perdue mais n’avait plus peur. Elle ressentait la tristesse du monstre au plus profond d’elle-même et son bon cœur prenait le dessus.

Elle lui murmura :

« Messire Monstre, la fatalité vous a condamné à subir le poids d’une malédiction injuste et je vous sens fort malheureux. Je ne viens pas vers vous en ennemie, et je vous pardonne pour le mal que vous allez nous faire à mes serviteurs et à moi-même. Que la grâce de Dieu puisse un jour vous libérer de l’horreur de vos chaînes et faire de vous un être normal et béni du créateur ».

Dès que la jeune princesse eut prononcé ces mots, le sortilège se leva, l’apparence monstrueuse se dissipa et le jeune roi Raoul apparut dans toute la grâce de sa prestance royale. Il se mit à genoux et remercia la jeune femme pour sa grandeur d’âme et la beauté de son cœur qui rivalisait avec la beauté de son corps. Il ne pouvait ni se relever, ni détacher ses yeux de ceux de Clémence. Il lui expliqua l’horrible sortilège dont il était victime depuis sa naissance et sa joie de n’avoir jamais été confronté à une telle situation avant ce soir et surtout le bonheur d’avoir été gracié de l’infâme sort par les mots libérateurs qu’elle venait de murmurer.

Lorsque chacun fut remis de ses frayeurs, Raoul escorta le carrosse et ses passagers jusqu’à son château où il leur offrit l’hospitalité.

Dès le lendemain, le bruit se propagea que le sortilège pesant sur le roi était levé car une jeune princesse belle comme le jour l’avait libéré de l’emprise de l’horrible « Satania ».

L’histoire n’en resta pas là bien évidemment car quelques mois plus tard, les noces de Raoul et de Clémence furent célébrées suivies de plusieurs jours de festivités dans tout le royaume d’Ombrasie.

Ce ne serait pas un conte de fées s’il ne se terminait pas par la formule consacrée

« Ils vécurent heureux très longtemps et eurent de nombreux enfants ».

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TOUS DROITS RÉSERVÉS 29 août 2016

V.B-BROSSE alias SHERRY-YANNE

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Malediction1

Date de dernière mise à jour : 13 mai 2020

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Commentaires

  • brotons sandrine

    1 brotons sandrine Le 17 jan 2020

    j'ai adoré ton histoire !! tu contes superbement bien
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 18 jan 2020

    Coucou! Merci pour ce message réconfortant car j'ai abandonné ce style d"'écriture, en ayant l'impression que je n'étais pas trop douée dans ce genre épistolaire. Merci pour ton passage sur mon site et la lecture de ce petit conte. Bonne journée à toi ! Amicalement !

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