A LA RENCONTRE DE MES ANCÊTRES A TRAVERS LE TEMPS (CHAPITRE 1)

A LA RENCONTRE DE MES ANCÊTRES A TRAVERS LE TEMPS (CHAPITRE 1)

A LA RENCONTRE DE MES ANCÊTRES A TRAVERS LE TEMPS (CHAPITRE 1)

CHAPITRE 1

CLAUDIA ET MARIE EN 1927

Il a fallu plusieurs jours à Viviane, pour « digérer » sa rencontre avec Merlin. Elle a recopié et rangé soigneusement la formule magique dans un endroit sûr, n’étant malgré tout pas vraiment certaine que tout cela soit vrai.

Cela fait plusieurs semaines, qu’elle n’a pas consulté son arbre généalogique pour faire le point sur  les ancêtres et les époques où elle aimerait voyager pour tester ladite formule. Il y a tellement de périodes intéressantes sur le plan historique, qu’elle ne sait vraiment pas par où commencer. Le plus logique serait de remonter de la période la plus récente, aux périodes plus anciennes. Choisir par exemple la guerre d’Algérie, qui a traumatisé son père, à l’instar de tant de jeunes gens d’à peine 20 ans, ou la seconde guerre mondiale qui a causé indirectement la mort de son grand-père maternel, lorsqu’il est revenu du stalag, où il a été retenu prisonnier pendant 5 ans. Se projeter dans l’inconnu du passé demande une certaine réflexion.

Charité bien ordonnée commençant par soi-même, elle imagine un petit saut à la période des années folles, la période du charleston, cette danse qui doit son nom à la ville américaine du même nom, une danse qu’elle a tellement pratiqué dans une autre vie, celle des soirées dansantes où son premier époux et elle-même animaient la partie musicale des mariages, anniversaires et autres manifestations festives et conviviales, fin des années 1980 et début des années 1990. Le tempo martelant de « Yes Sir, that’s my baby » rythme en cadence ses pieds, malgré elle, auquel succède un « black bottom » jailli directement de ses lointains souvenirs.

Cette époque d’après-guerre est connue sous le nom d’années folles, lesquelles désignent la période d'intense activité sociale, culturelle et artistique commençant en 1920 et se terminant aux États-Unis en 1929 avec le début de la Grande Dépression, qui atteint la France en 1931. Une certaine catégorie de population, oublie les années tragiques de la funeste guerre de 1914-1918, en faisant la fête dans une totale insouciance. Après la fin de ce conflit, une génération nouvelle rêve d'un monde nouveau et proclame « Plus jamais ça ! ». On s'empresse de lui proposer de nouvelles griseries sur fond de musique. Venu des États-Unis avec les Alliés, le jazz fait son apparition mais également la danse, la radio et les sports, les industries avec les électroménagers, sur fond de très forte croissance économique. L'utopie positiviste du 19ème siècle et son credo progressiste font place à un individualisme déchaîné et extravagant. André Gide et Marcel Proust donnent le ton littéraire de cette tendance qui s'exacerbe et croît avec le mouvement dada dont Tristan Tzara publie le manifeste. Le surréalisme d'André Breton n'est pas loin. L'Art nouveau foisonnant, cède la place aux épures précieuses de l'Art déco. Malheureusement le krach boursier de Wall Street, qui se répercuta sur l'Europe tout entière, y mettra fin. Après l'expansion, les Français doivent désormais faire face à la crise économique.

Annees folles tableau de francois batet

Viviane essaie d’imaginer ses grands-mères Claudia et Marie, en train de danser le « charleston » ou le « black bottom » en 1927, lorsqu’elles avaient 20 ans, mais cela lui parait totalement impensable même si Claudia était idéologiquement avant-gardiste, féministe, (elle disait « suffragette » quand elle en parlait), prônant l’égalité en droits et en devoirs entre les hommes et les femmes. C’est Claudia qui a appris à Viviane, la notion du matriarcat, lequel en soi est plus juste que le patriarcat car on ne peut jamais douter de la filiation maternelle, alors que dans la législation de la plupart des cultures, tout est basé de fait sur la filiation paternelle, laquelle pourtant n’est pas toujours certaine et la généalogie en apporte la preuve à beaucoup de généalogistes, découvrant la véracité de leur histoire familiale, en remontant les différentes générations qui se sont succédées jusqu’à eux.

La loi salique instaurée en France suite au décès de Louis X le Hutin pour priver sa fille Jeanne issue de son union avec Marguerite de Bourgogne, épouse adultère et emprisonnée, d’hériter du trône de France, deviendra au fil du temps et des siècles, une prétendue raison juridique pour spolier les filles de leurs droits successoraux tant chez les nobles que chez les bourgeois ou les laboureurs (paysans propriétaires de leurs terres). Cette coutume des francs saliens va devenir l’usage des rois de France pour définir l’héritier du trône, usage suivi plus tard, par d’autres pays européens. Dans son sens successoral, « loi salique » signifie « primogéniture agnatique » (succession exclusive de l'héritier mâle le plus âgé le plus proche en ligne masculine, a priori le fils aîné, à défaut, un oncle, à défaut, un cousin plus ou moins éloigné), par opposition à la « primogéniture cognatique » (succession de l'aîné des enfants, homme ou femme), ou à la « primogéniture agnatique-cognatique », ou « cognatique avec préférence masculine » (succession des fils selon l'ordre de naissance, puis des filles, selon l'ordre de naissance).

Dans les années folles, la monarchie et son cousin l‘empire ont disparu depuis environ 50 ans et la France est sous l’ère de la 3ème république.

En 1927, le président de la république française est Gaston Doumergue. Il a été élu le 13 juin 1924 et il terminera son mandat le 13 juin 1931.

Gaston doumergue

A l’époque, c’était un septennat. Le premier quinquennat en France a été effectif sous le deuxième mandat de Jacques Chirac de 2002 à 2007. Deux femmes qui feraient avancer la cause féminine dans la deuxième moitié du 20ème siècle ont vu le jour cette année-là, Simone Weil, femme politique et Gisèle Halimi, avocate. Grâce à leur combat féministe, les femmes ont obtenu enfin le droit de disposer de leur corps et de ne pas être poursuivies en justice pour l’avoir fait. Côté music-hall Joséphine Baker vedette de la revue « nègre » depuis 2 ans, signe un contrat avec les Folies Bergères où elle a le premier rôle dans une nouvelle revue. Sacha Guitry est l’auteur de la pièce de théâtre « Désiré » qu’il joue avec Yvonne Printemps, son épouse depuis 1919. En 1931, celle-ci jouera dans une autre pièce de son mari avec l’acteur Pierre Fresnay, dont elle tombera amoureuse et avec lequel elle vivra jusqu’à la mort de ce dernier en 1975, sans qu’ils se soient jamais mariés ensemble. Les deux anciens époux avaient la dent dure si on s’en réfère à cette citation :

(Sacha) Sur votre tombe, Yvonne, on écrira « Enfin froide… »

(Yvonne) Vous, Sacha, je ferai écrire sur la vôtre : « Enfin raide… »

Sacha guitry et yvonne printemps

Après avoir pesé le pour et le contre, Viviane se décide enfin à tester la formule magique de Merlin, destination 1927.

Fermant les yeux, elle murmure :

« Mon beau miroir du temps qui passe,

Avant que ma vie ne trépasse,

Guide moi à travers les âges,

Par la volonté du vieux mage. ».

Waouh ! quelle sensation étrange ! Elle se sent transportée de manière fulgurante en quelques secondes à peine.

Ça marche, se dit-elle

Où vais-je atterrir ?

Finalement elle s’est simplement télétransportée dans l’espace-temps, puisqu’elle se retrouve sur la route en dessous de sa maison, entre les deux maisons de ses grands-mères (celles où toutes deux vivaient dans son enfance). Enfin route est un grand mot car ce n’est qu’un chemin de terre. Des images lui reviennent en mémoire, car elle a connu le chemin non goudronné. Cela a dû être fait vers 1965 environ, à un an près.

En 1927, c’est donc un chemin de terre, où passent les carioles ou les charrettes attelées à des chevaux ou à des bœufs. Elle regarde autour d’elle et les aperçoit toutes les deux. Elles sont en train d’échanger quelques mots courtois même si entre elles, le courant n’est jamais bien passé.

Son « atterrissage » brutal dans leur univers les a surpris et elles se retournent toutes les deux vers elle, d’un air interrogatif. Leur moue dubitative et leurs regards sont sans équivoque sur leurs pensées que Viviane ne peut s’empêcher d’imaginer avec malice.

« Quelle est donc cette étrangère ?

Elle n’est sans doute pas de St Romain, celle-là.

Et ses vêtements ? où les as t’elle trouvés ?

Et puis ses cheveux, qu’est-ce qu’ils sont courts, aussi courts que ceux des hommes, alors que ce n’est plus une perdrix de l’année ! ».

Comme cela est drôle d’être dans la soixantaine et de rencontrer ses propres grands-mères, âgées de seulement vingt ans. Des gamines, avec des pensées de jeunes filles, sans doute, que ce soit en 1927 ou en 2022, même si à l’époque, les jeunes gens étaient plus mûrs que la génération actuelle, laquelle est devenue une génération « d’enfants rois » à qui tout est dû, individualistes et pour beaucoup n’ayant plus aucun respect pour les seniors, contrairement à leurs aînés envers ceux qui les avaient précédés.

Viviane leur sourit avec tendresse.

- Bonjour mémé Claudia, bonjour marraine Marie, je suis Viviane, votre petite fille, venue du futur.

Claudia réagit promptement :

- Quelle est cette plaisanterie ? Qui êtes-vous madame ? Passez votre chemin car nous ne vous connaissons pas.

- Non ce n’est pas une plaisanterie, et en fait, toutes les deux vous me connaissez très bien mais cela se fera dans 32 ans lorsque le fils de Claudia et la fille de Marie auront leur premier enfant, en l’occurrence moi, votre première petite-fille à toutes les deux.

- Quelle est donc cette diablerie ? rajoute Claudia, incrédule.

Toutes les deux ont l’air effaré par cette aventure étrange.

Marie reste muette car elle semble dépassée par la situation. Claudia a toujours eu un certain tempérament et ne se laisse pas démonter par cette inconnue bizarre.

Viviane les laisse digérer l’information puis reprend :

- Actuellement je vis au 21ème siècle, en 2022 exactement, soit dans 95 ans, presque un siècle et beaucoup de choses se sont passées pendant cette période. Et comme vous le voyez j’ai l’âge d’être grand-mère depuis un certain temps, et je trouve amusant de rencontrer mes propres grands-mères, toutes jeunettes, alors que moi-même, je suis défraichie par le poids des ans.

Comme toujours, c’est Claudia qui reprend la parole, sa curiosité étant plus forte que sa méfiance.

- Dans 95 ans ? j’espère que le monde aura évolué et que les femmes auront autant de droits que les hommes et qu’elles pourront enfin voter, car c’est très dur de savoir qu’on a les mêmes capacités que ceux-ci mais que la société patriarcale nous considère comme des êtres inférieurs.

Viviane se dit que c’est bien sa grand-mère, celle qui a formaté son esprit de gamine, pour l’ouvrir aux notions égalitaires entre la gent féminine et la gent masculine. Celle-ci lui avait dit tellement souvent qu’elle se sentait proche du mouvement des suffragettes, dans sa jeunesse.

- Oui, les femmes auront le droit de vote en 1945. Elles voteront pour la première fois le 29 avril 1945, et à partir du 13 juillet 1965, elles pourront ouvrir un compte en banque et travailler sans l’autorisation de leurs maris. Le régime matrimonial légal sera celui de la communauté réduite aux acquêts et le régime dotal sera supprimé. Les femmes pourront gérer leurs biens propres et signer des actes notariés sans être « assistées et autorisées » par leurs époux. La loi du 4 juin 1970 fera disparaitre la notion de chef de famille attribué au mari, concernant l’autorité parentale et en suite de la loi du 23 décembre 1985, les époux deviennent véritablement égaux juridiquement et le terme de « chef de famille » va disparaitre des livrets de famille dès l’année suivante.

Droit vote 1945 femmes

Le visage réjoui de Claudia fait plaisir à voir car la cause féminine lui a toujours tenu à cœur, en termes d’égalité entre hommes et femmes. D’ailleurs elle accolera toujours son nom à celui de son époux, car elle estimait qu’elle n’avait pas à perdre son identité au profit d’un époux qui ne lui était pas supérieur et Viviane, ayant été à bonne école, a emboîté ses pas, ce qui faisait marronner son père, qui lui, par contre, était sorti directement du 19ème siècle, concernant le droit des femmes et des filles en termes patrimoniaux et successoraux. Marie, quant à elle, semble indifférente à ce genre de sujet. Viviane se souvient d’une grand-mère qu’elle aimait autant que l’autre, mais qui ne parlait jamais de ses parents, de son enfance, du passé en général, hormis quelques mots sur son Albert, lorsqu’elle-même s’est mariée en 1982. Cette pauvre femme avait souffert, seule avec trois enfants pendant six ans de 1939 à 1945, puis veuve de guerre sans ressources, avec toujours la charge de ces enfants. Elle a dû apprendre à ne jamais se plaindre et à faire face à l’adversité, comme elle le pouvait, dans le contexte économique et social de l’après-guerre.

En les observant, Viviane se demande s’il n’y a pas un fossé considérable entre leur univers quotidien et celui des documentaires de l’époque montrant des jeunes gens fêtards vivant au rythme trépidant des musiques importées d’Outre-Atlantique. Malgré tout un détail prouve qu’elles sont sensibles à la mode des années 20 puisque toutes les deux ont choisi d’avoir les cheveux courts en optant pour la coupe dite « garçonne ».

Coiffure coupe garconne bis

C’est Antoine Cierplikowski, surnommé « Monsieur Antoine », coiffeur à Paris qui inventa une coupe « garçonne », inspirée du roman polémique de Victor Margueritte, « La Garçonne » (1922) narrant les aventures hétérosexuelle et bisexuelle d’une femme trompée, Monique. La coupe courte pour femmes vient de naître. La révolution culturelle de la garçonne est en marche, et une femme va définitivement l’ancrer dans la société. Si la garçonne reste l’apanage des filles audacieuses, tout va changer avec l’ascension de Coco Chanel. Née en 1883, elle crée sa marque en 1913 et devient la plus douée modiste de sa génération. Toutes les Parisiennes rêvent de ressembler à Coco, sa silhouette filiforme, ses tenues masculine coiffées d’une coupe courte, en rupture avec la féminité de l’époque. En 1925, on estime qu’une femme sur trois porte alors les cheveux courts.

Antoine cierplikowski coiffure a la garconne

Marie prend la parole pour la première fois et demande :

- Vous venez du 21ème siècle, c’est quand même extraordinaire. En tout cas, cela veut dire que Claudia et moi, nous allons nous marier et avoir des enfants, et même des petits-enfants que nous allons connaître. Je trouve cela formidable. Quel sera notre avenir à toutes les deux ?

Lorsqu’elle a envisagé ses excursions spatio-temporelles, Viviane a choisi de ne pas informer ses ancêtres sur leur avenir personnel afin de ne pas modifier tant leur destin, que le cours du temps. Elle ne s’autorise à révéler que certains faits sociétaux comme l’émancipation des femmes, un sujet qui préoccupait beaucoup Claudia dans sa jeunesse mais sans nuire à la destinée en route pour les uns et les autres.

- Malheureusement, je ne peux pas vous le dire pour ne pas changer le cours du temps. Vous allez connaître des moments heureux ainsi que des épreuves plus ou moins douloureuses mais c’est le lot de la plupart d’entre nous, hélas. Pour l’instant vous avez vingt ans et la vie devant vous. Les reportages filmés dans les années folles, c’est-à-dire dans les années 20, montrent des images de jeunes personnes sans doute d’un autre milieu que le milieu rural, en train de danser sur un tempo très entrainant, un tempo venu de la lointaine Amérique, le charleston. Joséphine Baker une meneuse de revue a rendu célèbre ce rythme endiablé. Est-ce que vous connaissez ?

Charleston danse 1927 bis

- Qui ? demande Marie

- Oh, elle veut parler de la négresse qui danse avec une ceinture de bananes autour du ventre. Tu n’en as pas entendu parler ?

Josephine baker ceinture bananes

Ouh là là, Viviane se dit que si quelqu’un du 21ème siècle l’entendait parler, elle serait vite dénoncée pour insulte raciale, alors qu’il ne faut pas oublier qu’en 1927, les noirs étaient dénommés les nègres sans que cela n’offusque personne, car il n’y avait aucune connotation raciste dans ce terme. Autrefois les esclavagistes employaient le qualificatif de « negro » pour désigner les personnes de couleur, ce qui voulait tout simplement dire noir en espagnol et l’expression est restée, se transformant en français en « nègre ». Chez les américains, l’emploi du mot negro est tombé en désuétude mais il est accepté comme un terme vieilli et reste toujours associé à certaines institutions historiques de la communauté noire américaine (qu’on qualifie actuellement d’afro-américains) comme par exemple le style de musique connu et apprécié sous l’appellation de  « negro spiritual » et d’autres encore que je ne veux pas citer.

La « culture woke » et la « cancel culture » ont fait de sacrés ravages au 21ème siècle, c’est une évidence. Dieu merci, Claudia et Marie ne connaîtront jamais cette déconstruction de l’histoire.

- Ah tu veux parler de celle qui chante « J’ai deux amours, mon pays et Paris », cette chanson qu’on entend à la TSF ?

- Oui c’est ça.

Effectivement en 1927, Joséphine Baker, après un nouveau succès aux Folies Bergères, se lança dans la chanson où elle s’illustra en interprétant une chanson de Vincent Scotto J’ai deux amours. En 1937, après des tentatives de tournée aux USA et dans le cinéma, elle obtint la nationalité française. Pendant la seconde guerre mondiale, Joséphine Baker prit des risques au service du contre-espionnage de la France libre et elle sut conquérir le cœur des français par son attitude loyale envers son pays d’adoption et son engagement pour celui-ci pendant le 2ème conflit mondial.

Josephine baker folies bergeres

Avoir 20 ans en 1927, surtout quand on est née fille ne doit pas toujours être simple, dans une société essentiellement patriarcale, d’autant plus que Claudia et Marie sont mineures, la majorité en ce temps-là étant fixée à 21 ans. C’est en 1974, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, élu en suite du décès prématuré de Georges Pompidou, que le décret avançant l’âge de la majorité à 18 ans au lieu de 21 ans, fut voté. Cette année-là tous les jeunes gens nés en 1953, 1954, 1955 et 1956 se retrouvèrent majeurs en même temps.

- Comment vivent des jeunes filles de 20 ans, nées à la campagne, à votre époque ? leur demande Viviane.

- Quand on est une fille, on n’a pas le choix, il faut apprendre à être une future épouse et mère parfaite, répond Marie, alors on doit savoir coudre, cuisiner, laver le linge, nettoyer la maison et en plus, on doit aider aux champs, lors des fenaisons, des moissons, de la cueillette des fruits et garder aussi les vaches, les chèvres ou les moutons. On n’a pas le temps de s’ennuyer et donc on n’a peu de temps pour les loisirs. De plus sortir pour danser avec les garçons, n’est pas convenable pour une jeune fille bien élevée et seules les filles de « mauvaise vie » font ce genre de choses. Un jour j’espère me marier et je veux que mon futur époux soit satisfait de l’éducation que j’aurai reçue.

- Marie a raison et en plus, les parents en général n’en ont rien à faire que leurs filles soient instruites et cultivées car seul compte le fait qu’elles soient de futures épouses et mères accomplies. Moi j’ai de la chance car mes parents étant eux-mêmes instruits m’ont permis de passer mon certificat d’études où je me suis classée deuxième du canton, mais en plus, ils ont autorisé Monsieur le Curé à poursuivre l’enseignement, et j’ai passé un examen complémentaire où je suis arrivée septième sur quatre cent candidats. J’étais fort contente de ce résultat. J’aurais bien aimé continuer les études pour devenir « maîtresse d’école » mais je n’ai malheureusement pas pu le faire.

Viviane se rappelle que lorsqu’elle était enfant, sa grand-mère Claudia parlait de cet examen comme étant « le bachot actuel ». Était-ce du baccalauréat qu’elle parlait ou du BEPC (Brevet Etudes Premier Cycle) ? Elle n’a jamais vraiment cherché à savoir ce qu’il en était. En tout cas sa grand-mère était une personne fort cultivée qui lisait beaucoup et avait énormément de connaissances.

Claudia rajoute :

- Comme j’aime beaucoup lire, je lis énormément, soit des livres religieux, car ma famille est catholique pratiquante, et mes parents ne concevraient pas que je ne fortifie pas ma foi par des lectures qu’il considère comme saines pour être une bonne chrétienne, soit des livres écrits par de grands auteurs comme Victor Hugo, Emile Zola ou d’autres.

- Il commence à se faire tard et il est temps pour moi de rentrer à la maison, reprend Marie, car mes parents vont être inquiets de mon retard. Je vous souhaite une bonne soirée madame.

- Effectivement, il se fait tard, et comme Marie, je dois rentrer pour ne pas inquiéter mes parents. De plus en tant que fille aînée, je dois aider ma mère à préparer le repas car elle doit aussi s’occuper de mes deux petites sœurs Marie et Jeanne qui n’ont que 12 et 10 ans. Elle a besoin de moi. Bonne soirée à vous madame.

Viviane ne peut s’empêcher de sourire. En effet les rôles étant inversés, elle étant dans la soixantaine, et ses deux aïeules dans la vingtaine, pas une seule fois, celles-ci n’ont pu la tutoyer ni chercher à la nommer par son prénom.

Elle les regarde avec tendresse avant de leur murmurer :

- Bonne soirée mes charmantes grands-mères, je ne vous dis pas adieu, car je vais vous revoir dans 32 ans et vous allez toutes les deux, bercer mon enfance, même si vous êtes tellement différentes l’une de l’autre. Je n’ai conservé de vous, que de merveilleux souvenirs et de cela je vous remercie. Je ne vous oublierai jamais.

Un dernier regard ému et elle récite les mots magiques qui la ramènent dans son présent de 2022.

Quelle sera sa prochaine destination, elle ne le sait pas encore mais elle est enchantée de cette escapade dans le temps et se promet de renouveler l’expérience dès que possible.

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(La suite au prochain chapitre)

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Tous droits  réservés 07 août 2022

Viviane B-Brosse alias Sherry-Yanne

copyright N°00067596

Manuscrit "A la rencontre de mes ancêtres à travers le temps"

Publié sur mon site personnel sherryyanne.com (les écrits de Sherry-Yanne)

Photos trouvées sur internet sans mention de droits apparents

photos à but llustratif de l'année 1927 dont le calendrier de la Poste 1927

 

Annee 1927 calendrier

 

 

Date de dernière mise à jour : 18 sept 2022

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Commentaires

  • Eric MOULIN-ZINUTTI

    1 Eric MOULIN-ZINUTTI Le 04 sept 2022

    Mais c'est trop bien j'adore le côté je remonte le temps après j'adore les explications historiques en plus l'histoire est top j'adore vraiment.
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 05 sept 2022

    Merci Eric pour ta lecture et ton retour, car cela me permet de savoir si je continue dans cette lancée et si il y a cohérence entre le passé 1927 et le présent 2022, à travers le regard de l''Histoire" avec un grand H. Ce n'est pas simple de construire un scénario mettant en scène des personnes ayant vécu à une autre époque et d'écrire un dialogue imaginaire. Bonne journée à toi !
  • Christiane Bruneau

    2 Christiane Bruneau Le 05 sept 2022

    Bravo c'est un vrai RDVAncestral ! continuez comme ça !J'adore .
    Viviane BARNET-BROSSE

    Viviane BARNET-BROSSE Le 05 sept 2022

    Merci pour votre commentaire, effectivement c'est une sorte de rendez-vous ancestral. Par contre, il va falloir enchaîner dans un autre scénario plausible si je veux continuer mon projet. Bonne journée à vous !

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