ELISA VINGT ANS PLUS TÔT (pages 21 à 25)

ELISA VINGT ANS PLUS TÔT (pages 21 à 25)

Elisa

Vingt ans plus tôt

Nathan et Landry font leur première rentrée au collège.

Ils ont onze ans et pour eux, c’est la grande aventure de la 6ème qui les attend.

Ils sont tellement petits, perdus dans la grande cour où les plus grands, ceux qui sont en 4ème et 3ème, envahissent l’espace de leur chahut bruyant.

Dire qu’ils étaient les plus grands, lorsqu’ils étaient au CM2, à l’école primaire.

Il vont devoir s’adapter à ce nouveau contexte et prendre leurs marques, pour ne pas se faire dévorer par ceux qui veulent jouer aux caïds dès leur premier jour au collège.

Ce sont des enfants sociables, ouverts aux autres, sans défense, et le changement est brutal pour eux entre la sécurité confortable de l’école primaire et la découverte de l’univers du secondaire.

Ils ont eu une scolarité sans problème depuis la maternelle.

Landry s’épanouit, ayant compris très tôt qu’il faut savoir conjuguer entre les impératifs des devoirs scolaires et celui des jeux avec les copains. Il ne se pose pas trop de questions existentielles car sa nature enjouée, lui permet de nouer des relations avec les autres, sans aucun problème. De plus, il est ordonné et organisé, et quiconque entre dans sa chambre ne peut que le constater.

Par contre Nathan est à l’opposé de son frère. Il a vite compris que sa capacité mémorielle lui permettait de retenir les leçons à apprendre sans faire d’effort et il se laisse aller à la facilité. Il est « bordélique », même si le terme est un peu cru, et ni chienne, ni chatte ne retrouveraient ses petits dans sa « grotte ». Elisa s’est usée les nerfs à lui faire ranger sa chambre. Il le fait à contre-cœur mais deux jours plus tard, c’est de nouveau le même bazar. Il a lui aussi des amis mais contrairement à son frère, il est toujours attiré par la « mauvaise graine », les gamins non fréquentables, ceux dont ne veut aucun parent. Elisa essaie de dissuader Nathan de les côtoyer mais c’est peine perdue.

Malheureusement celui-ci souffre depuis l’âge de six ans du complexe de l’abandon et malgré le suivi psychologique, il ne peut pas surmonter ce sentiment obsessionnel chez lui.

Elisa se souvient de ce jour, lorsque ses fils étaient en CP, et qu’ils étaient tous les trois, installés autour de la table pour faire les devoirs, quand Nathan se mit à dire :

- «  Maman, si je n’étais pas né, celui qui est mon père, ne serait pas parti. Il ne t’aurait pas quitté et tu ne serais pas seule à nous élever ».

- « Oh mon chéri, ne répète jamais ça ! Ton frère et toi, vous êtes les plus beaux cadeaux que la vie m’a donnée et tu n’es en rien responsable du départ de ton père, qui n’en est un que de nom. On dit un père biologique ou un géniteur mais tu apprendras ces mots quand tu seras plus grand. Il te suffit de savoir qu’il serait parti pareillement, que vous soyez là ou pas. C’est quelqu’un qui n’était pas prêt à assumer une femme et des enfants. Beaucoup d’hommes sont ainsi mais, aucun enfant n’est jamais responsable des actes de son père. Moi je suis là pour vous, je suis à la fois votre maman et votre papa et je vous aime pour deux. Ne l’oubliez jamais, nous sommes une famille, « tous pour un et un pour tous ».

Arrivé au collège, ce problème d’identité s’est amplifié et pour se faire aimer, Nathan a opté pour un comportement extrême.

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Faire le pitre, le guignol, amuser la galerie, accorder sa confiance à ceux qui ne la méritaient pas, des gamins qui lui demandaient de commettre des actes aux conséquences lourdes, actes qu’eux-mêmes ne pouvaient se permettre de faire. En fin de compte, le seul qui en pâtissait était Nathan dont les notes chutaient, passant de conseil de discipline, en conseil de discipline, changeant d’école mais sans changement dans son comportement scolaire suicidaire, et sa frénésie accentuée de vouloir se faire aimer de tout le monde, pour compenser l’abandon paternel.

Landry, quant à lui, s’intégrait parfaitement et sa scolarité se poursuivait tranquillement, aussi bien sur le plan relationnel, que scolaire ou sportif.

De leurs onze ans, jusqu’à leurs dix-huit ans, leur parcours de vie ont suivi des chemins différents.

Landry obtint les diplômes récompensant son travail et Nathan, après moultes démarches, réussit les tests pour entrer chez « les Compagnons du Devoir et du Tour de France » avec une formation en apprentissage dans la maçonnerie mais malheureusement, comme chaque fois que quelque chose de positif lui arrivait, il s’acharnait à tout détruire, décevant ainsi tous ceux qui l’aimaient ou voulaient lui donner un coup de pouce pour s’en sortir.

 

Couverture un dernier verre pour la route recto

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Date de dernière mise à jour : 2024-03-27

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