EGLANTINE BARBEROUSSE CHAPITRE 10

EGLANTINE BARBEROUSSE CHAPITRE 10

Chapitre 10

La fidèle Louise est prise au dépourvu quand Robert lui demande de veiller à nourrir ces jeunes gens, ainsi que de leur préparer une chambre pour la nuit.

Elle acquiesce d’une inclinaison de tête mais ses yeux rusés, scrutent l’allure douteuse des invités de son maître.

- « On n’a pas idée de s’habiller comme des va-nu-pieds, notamment quand on est une demoiselle qui se respecte » murmure t’elle presque silencieusement.

C’est une femme d’apparence revêche mais, en réalité elle a un cœur d’or, et passés les premiers instants de bougonnerie, elle s’empresse de préparer une collation copieuse et appétissante pour les quatre adolescents. Même Casper n’échappe pas à la bonté de la brave femme. Il a droit aux restes savoureux du repas de midi, ainsi qu’à une gamelle remplie d’eau fraîche. N’ayant aucun problème existentiel comme les humains, il ne se pose aucune question et se jette sur la nourriture comme un chien affamé ou simplement gourmand, et le remuement joyeux de sa queue, remercie chaleureusement celle qui lui a apporté ce festin.

Lorsqu’ils sont tous rassasiés, elle les conduit à l’étage où elle leur prépare deux chambres à deux lits, une pour les filles et une pour les garçons, se disant que cela les rassurerait de ne pas être séparés pour la nuit.

Tout est nouveau et bizarre pour eux-aussi.

Comment peut-on vivre sans électricité, sans équipement moderne, sans sanitaires, sans télévision, sans ordinateur, sans téléphone, sans internet ?

Incroyable !

Ils doivent allumer une chandelle pour se repérer dans l’espace et pour se déplacer.

Les chambres sont assez grandes pour contenir deux lits de 120 centimètres de largeur, une grande armoire cossue, une table sur laquelle repose une cuvette et un broc pour apporter de l’eau afin de se débarbouiller mais aucun coin n’est prévu pour les exigences corporelles les plus rudimentaires, ce qui déroute vite les jeunes gens, quand ils comprennent qu’ils vont devoir se rendre dehors, dans un petit cabanon, au fond du jardin, ou utiliser un drôle de récipient, que Louise nomme pot de chambre, pour certains besoins qui exigent une certaine intimité. C’est un lieu d’aisance, qu’au 21ème siècle, les écologistes nomment « toilettes sèches », comme si cela était une découverte pour l’avenir de l’humanité, oubliant que nos ancêtres vivaient ainsi quelques siècles plus tôt.

Les quatre ne brillent vraiment pas ce soir. Seul Casper s’est couché sur un édredon mis à sa disposition par la brave Louise, dans un coin de la chambre des filles, et roupille, repu et heureux. Les ados, quant à eux, ne cessent de penser à leurs parents qui vont s’inquiéter de leur retard, puis s’angoisser au fil des heures, en ne les voyant pas revenir. Demain, ils iront sans doute signaler leur absence et des recherches auront lieu sur le secteur pour tenter de les retrouver mais elles n’aboutiront à rien, puisque personne n’aura l’idée de se projeter dans un film de science-fiction pour expliquer leur disparition soudaine et brutale.

Il leur faut prendre leur mal en patience, et essayer de dormir car demain sera un autre jour. Ils retourneront à la grotte et ils essayeront de nouveau de chercher le passage mystérieux qui les ramènera dans leur siècle. Ils doivent garder espoir et ne pas sombrer dans une crise de désespoir inutile.

Carpe Diem !

Chaque jeune rejoint son lit relativement confortable, où les draps sont propres, même si un peu rêches et les couvertures chaudes et moelleuses.

Peu de temps plus tard, le silence s’installe, les chandelles sont éteintes et les voyageurs du temps sont plongés dans un sommeil réparateur.

Quant à Robert Barberousse, intrigué il cogite longuement à cette situation déroutante. Voyant le regard curieux de sa servante, il la prie de s’asseoir près de lui au coin du feu, et lui raconte les évènements survenus brutalement pendant qu’il se reposait dans sa grotte, comme il le faisait chaque jour, depuis qu’il était rentré définitivement au pays, après avoir passé plusieurs décennies de sa vie, à naviguer et guerroyer sur les diverses mers de la planète, aux côtés de son capitaine et ami, le valeureux corsaire du roi René Trouin, sieur du Gué, dit Duguay-Trouin.

Perdu dans ses pensées, il n’a pas vu que Louise s’est éloignée pour regagner sa chambre, épuisée après une journée aussi mouvementée.

Quant à lui, assis dans son fauteuil, sa pipe à la bouche, il regarde les volutes de fumées s’élever dans l’air.

Son regard s’obscurcit et malgré lui, comme cela lui arrive souvent depuis le retour dans son foyer, il repart dans le passé. Il se souvient de certains détails concernant son ami corsaire. et amiral français. Né dans une famille d'armateurs malouins, il avait commencé sa carrière en 1689 et il avait reçu dès 1691, le commandement d'un navire. Son courage, le respect qu'il avait gagné auprès de ses hommes, ainsi que ses victoires contre les Anglais et les Hollandais au cours des deux dernières guerres de Louis le quatorzième, lui ont assuré une ascension très rapide dans la hiérarchie maritime. Il avait participé à un peu plus de quatre-vingts combats et abordages entre1689 à 1711, soit en moyenne près de sept affrontements par an. La carrière de Duguay-Trouin s’est déroulé sur les deux dernières guerres de Louis XIV, le défunt roi (décédé en 1715), en l’occurrence la guerre de la Ligue d'Augsbourg entre 1689 et 1697 et la guerre de Succession d’Espagne de 1702 à 1713. Ce furent des conflits longs, acharnés, où le royaume de France s’est retrouvé pratiquement seul sur terre comme sur mer contre tous ses voisins ligués contre lui. Lors desdits conflits, la France avait dû soutenir un immense effort naval face aux deux puissances navales de l’époque, que représentaient les Provinces-Unies des Pays-Bas et le royaume de Grande-Bretagne.

Et lui, Robert Barberousse simple fils de laboureur cantalien, quittant le domaine de ses parents, pour partir sur les routes du royaume, avait traversé le pays pour arriver à Saint Malo, où il avait pu embarquer, encore novice, malgré ses vingt et un ans, sur un des bateaux de Duguay-Trouin, jeune capitaine de navire corsaire, âgé de seulement 18 ans.

C’était en 1691.

Il était devenu « Roter Bär » ou « Ours Rouge », un sobriquet que les autres corsaires et pirates lui avaient octroyé à cause de sa chevelure et de sa barbe, toutes deux rousses flamboyantes, et surtout à cause de son gabarit et de sa force herculéenne, ce qui lui valait une réputation d’une presque invincibilité tant auprès de ses compagnons de combats, qu’auprès de ses ennemis, qui étaient de fait ceux de son pays et du roi qu’il avait choisi de servir avec loyauté.

Depuis il avait passé presque trente ans de sa vie en la compagnie du capitaine Duguay-Trouin, devenant lui-même capitaine de sa frégate « L’Anastasie » en souvenir de son village natal. Cela faisait seulement quelques semaines que pris de nostalgie pour son cantal et pour la maison qui l’avait vu naître, il avait éprouvé le besoin impérieux de mettre un terme à sa carrière de marin et de rentrer enfin chez lui, pour toujours. Il avait posé définitivement ses malles dans cette bâtisse qu’il avait hérité à la mort de ses parents, dix ans plus tôt. Lors de ses brefs retours ces dix dernières années, il avait acheté des parcelles et agrandi le domaine, déléguant la gestion de celui-ci à ses fidèles serviteurs, en qui il avait toute confiance.

Avant de rentrer chez lui, il avait cédé son bateau « L’Anastasie » à son fidèle lieutenant Léonard, qui l’avait secondé pendant plusieurs années. Ce dernier fut enchanté de reprendre aussi bien le navire que l’activité de Barberousse.

Quant à lui, « Roter Bär » redevenu Messire Robert Barberousse pour la vie civile, il était fier d’avoir eu l’immense privilège et honneur de combattre aux côtés d’un tel homme, d’un héros dont l’histoire retiendrait le nom, de vivre avec lui l’intensité des aventures maritimes. La gloire de son mentor, de son capitaine avait rejailli sur lui.

Il a encore des frissons, en se souvenant de ces instants fabuleux, ce genre d’instants qui restent gravés dans la mémoire d’un homme, pour le restant de ses jours.

Demain sera un autre jour !

Il est l’heure pour lui d’aller dormir comme le font ses étranges invités.

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Viviane BARNET-BROSSE

EGLANTINE BARBEROUSSE ET LA LÉGENDE DU CORSAIRE ROTER BÄR (OURS ROUGE)

ISBN 979-8-33215-687-8

Roman publié en juillet 2024 Amazon KDP Publishing

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Date de dernière mise à jour : 2026-03-29

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