Chapitre 16
Pendant cet aparté, Capucine, Timothée et Gabin, et bien évidemment Casper, toujours très heureux d’accompagner ses petits amis humains, furètent dans la grotte, afin de découvrir la moindre faille, pouvant les ramener dans leur siècle.
Chacun à son tour, visualise la scène de leur arrivée, pour se rappeler leur position exacte lorsqu’ils ont été happés et aspirés dans cette sorte de tunnel spatio-temporel.
Eglantine les rejoint et se remémore à son tour, l’emplacement où elle était ce fameux jour.
Robert les observe s’agiter dans tous les sens, comprenant que ces pauvres enfants sont malheureux loin de leur univers, leurs familles, leurs amis, leur vie tout simplement.
Il souhaite sincèrement les voir repartir, car lui-même n’aurait pas aimé être transporté dans une autre époque, où il se serait senti mal à l’aise, par la différence de coutumes, de traditions culturelles, de mode vestimentaire et linguistique, tout un ensemble de paramètres déstabilisants pour les individus, quels qu’ils soient.
Un aboiement se fait entendre, Casper tourne en rond, sa queue s’agite et il aboie de plus en plus intensément, presque joyeusement.
Robert et les jeunes gens s’approchent du chien, lequel est planté devant un pan de roche, ressemblant à celles constituant la caverne du corsaire, mais une légère aspérité, invisible pour tout œil non observateur, a attiré la truffe fouineuse du canidé explorateur.
Les quatre adolescents, sentent leur cœur s’emballer, implorant de toute leur force, la puissance divine, afin que leur vœu de repartir chez eux, se réalise enfin.
Ils se tournent vers Robert, le visage rempli d’espoir et le regard exprimant toute leur gratitude pour l’hospitalité bienveillante de ce séjour imprévisible. Ils lui adressent tous les quatre, un signe de la main, avec un grand sourire heureux.
Eglantine saisit son chien pour le tenir dans ses bras. Les quatre amis s’enlacent, puis Capucine, appuie sur l’aspérité et comme la première fois, ils sont aspirés par une immense trombe dans laquelle ils s’engouffrent, en criant tous en même temps.
- « Adieu Messire Barberousse, merci pour votre gentillesse, nous ne vous oublierons jamais ».
Malheureusement, ils ne peuvent pas entendre la réponse de Robert Barberousse. Celui-ci, que les autre marins nommaient « Roter Bär », car il les impressionnait par sa chevelure et sa barbe rousse, sa force herculéenne, est submergé par une émotion triste et sa voix murmure doucement :
- « Bon voyage jeunes gens, soyez heureux parmi les vôtres et que Dieu vous garde tout au long de votre vie. Ma chère Eglantine, je suis heureux d’avoir fait ta connaissance car désormais je sais que j’aurai une descendance pour perpétuer la lignée des Barberousse ».
En une fraction de seconde, Eglantine, Capucine, Timothée et Gabin, se retrouvent de nouveau dans la grotte, projetés au 21ème siècle.
Il ne leur faut pas beaucoup de temps, pour parcourir le passage souterrain et retourner dans la maison des parents d’Eglantine, afin de rassurer leurs parents sur leur sort, et leur disparition depuis la veille.
La petite troupe débarque dans la cuisine, comme la vague déferlante d’un troupeau de bisons traqués par les visages pâles.
Ils parlent tous en même temps et Agnès, en train de préparer le repas, est fort surprise par leur excitation. Elle les regarde d’un air étonné mais ils sont tellement pris dans leur aventure, qu’ils ne remarquent pas le calme serein de la mère d’Eglantine.
D’ailleurs cette dernière ne lui laisse pas le temps d’ouvrir la bouche et embraye dans une tirade explicative.
- « Nous sommes désolés pour le souci que vous avez du vous faire depuis hier. Il nous est arrivé une aventure hors du commun, et nous n’avons pas pu revenir plus tôt. J’espère que vous n’avez pas prévenu les gendarmes ni lancé un avis de recherches. Nous sommes vraiment désolés pour l’inquiétude que vous avez dû avoir ».
Agnès l’interrompt brutalement :
- « Quelle inquiétude ? Et pourquoi parles-tu d’avis de recherches et d’alerter les gendarmes ? Je ne comprends rien à ton charabia. Vous êtes partis ce matin, explorer la cave, comme vous l’aviez déjà fait hier et je ne sais pas ce que vous avez trouvé, mais vous n’avez jamais disparu. Il est bientôt l’heure du repas et je vous conseille d’aller vous laver les mains avant de passer à table. Ton père bricole dans son atelier, mais il ne va pas tarder à arriver, et vous les jumeaux, vos parents sont avertis que vous mangerez avec nous, donc pas de soucis, non plus pour eux ».
Les quatre adolescents se regardent mutuellement. Ils sont tous interloqués et leurs visages expriment l’incompréhension la plus totale.
Auraient-ils rêvé ?
Un rêve collectif ?
Bizarre !
Ils sont de plus en plus intrigués.
Un véritable mystère !
A ce moment, Eglantine met la main dans sa poche et en sort la magnifique émeraude montée sur son chaton en or.
Ouf !
Ils n’ont pas rêvé.
Ils ont réellement vécu cette aventure étrange.
Elle a vraiment rencontré son ancêtre, le corsaire Robert Barberousse dit « Roter Bär » et elle en conservera le merveilleux souvenir toute sa vie.
Qui peut se vanter d’avoir croisé la route d’un de ses lointains aïeux ?
Personne !
Pour elle comme pour ses trois amis, ces vacances cantaliennes auront été les meilleures qu’ils ont eu jusqu’à présent et ils savent tous qu’il n’en parleront à personne, pour ne pas passer pour des imposteurs, affabulateurs ou menteurs.
Les quatre amis se font le serment, de ne jamais raconter cette étrange aventure, de ne jamais révéler, ce qui restera leur secret pour toute leur existence.
Ils n’en parleront à personne, même pas à leurs parents.
Inutile de les inquiéter !
Et puis, en dignes enfants du modernisme, ils savent pertinemment que le « merveilleux » a disparu de l’humanité, au profit de la raison et du matérialisme.
L’irrationnel a été définitivement banni du monde moderne.
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Viviane BARNET-BROSSE
EGLANTINE BARBEROUSSE ET LA LÉGENDE DU CORSAIRE ROTER BÄR (OURS ROUGE)
ISBN 979-8-33215-687-8
Roman publié en juillet 2024 Amazon KDP Publishing
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