Chapitre 9
Robert Barberousse, connu comme étant « Roter Bär » dans l’univers maritime des pirates, flibustiers et corsaires est tout aussi surpris de l’arrivée fracassante de ces quatre « olibrius », accompagnés d’un chien noir et blanc.
Il a beau mesurer 5 pieds et 7 pouces (environ 1,81m et peser au moins 170 livres (environ 85 kilos), tout en muscle, il n’en est pas moins saisi de stupeur par l’étrangeté de la scène.
Sous l’ancien régime, l’unité de mesure était la toise soit 1,949 mètres ou 6 pieds. Le pied correspondait au pied de Charlemagne dit le «pied du roi», soit 325 millimètres ou 0.325 mètres et le pouce correspondait à 27 millimètres, soit 0.027 mètres. Deux livres valent un kilo.
Robert Barberousse était donc d’une carrure impressionnante pour l’époque où la taille moyenne des français se situait entre 1,60 et 1,65m, parfois même entre 1,50 et 1,60m. Seuls certains rois dérogeaient à cette moyenne, puisque le légendaire Charlemagne, (déclaré ancêtre de neuf français sur dix, et sans doute de manière identique pour la population allemande, son empire s’étendant sur un immense territoire), mesurait 1,92m. Dans la lignée royale, François 1er mesurait 1,93m pour certains historiens, et 1,98m pour d’autres. Louis XIV 1,84m, Louis XV 1,93m, Louis XVI 1,90m. Par contre Napoléon 1er ne mesurait qu’1,68m.
Robert Barberousse n’étant donc pas un ascendant de lignée royale, mais issu d’une famille de laboureurs cantaliens, était considéré comme une anomalie de la nature avec sa taille imposante, sa flamboyante chevelure de viking et sa force spectaculaire. Personne ne fut étonné lorsqu’il quitta son Cantal natal, lassé des travaux des champs, rêvant d’autres aventures que celles de l’agriculture, pour rejoindre la mer, et s’engager sur un bateau, où il apprit tous les rudiments des codes maritimes, évoluant très rapidement dans la connaissance et l’art de diriger un navire. Le jour où il rencontra René Duguay-Trouin, corsaire du roi de France Louis XIV, Robert comprit que c’était aussi sa vocation, sa destinée et petit à petit, au fil des abordages et des prises pour le roi, il devint lui aussi « un écumeur » des mers, surnommé par ses amis comme ses ennemis, ou plus exactement les ennemis du royaume de France, Roter Bär (Ours rouge), en raison de sa force herculéenne et de sa magnifique toison rousse.
Pour l’heure, il dort tranquillement dans sa caverne, où il aimait se reposer autrefois, entre deux missions sur les mers, une habitude qu’il a conservé lors de son retour au pays. Sa sieste a été interrompue par ces drôles de personnes, habillées et coiffées bizarrement. En les observant, il se dit que finalement seul leur chien ressemble à ceux de son monde.
- « Que faites-vous ici jeunes gens ? et quel accoutrement ! d’où sortez-vous ces oripeaux ? Mazette ! est-ce une tenue correcte pour des demoiselles ? Porter la culote comme un homme ! Quelle outrecuidance !
Eglantine s’arme de courage, pour répondre au nom de ses camarades.
-« Messire Robert, (instinctivement, elle emploie le terme messire, en usage à son époque, afin de l’amadouer) car vous êtres Robert Barberousse, n’est-ce pas ? Aussi invraisemblable que cela puisse vous paraître, nous venons tous les quatre du futur, et moi, je suis votre lointaine descendante par mon père. Je me nomme Eglantine Barberousse, j’ai seize ans, comme mes trois amis, et nous avons fait une bond dans le temps, trois cent ans en arrière, en explorant la cave de votre demeure de Sainte Anastasie, ladite maison étant désormais celle de mon père. Mes amis et moi, nous nous amusions à la recherche d’une carte au trésor et nous avons exploré tous les recoins de la maison, avant de dénicher le plan que vous avez griffonné, daté et signé en l’an 1720, et suite à cette découverte, nous sommes partis à l’aventure pour voir où nous conduiraient les indications mentionnées sur le parchemin concerné ».
- « Par Dieu tout puissant, quelle est donc cette sorcellerie ? Je ne suis pourtant point en train de rêver, dit-il en se pinçant les bras, de manière assez brutale, ce qui lui vaut de sursauter, et je n’ai pas abusé non plus de cette eau de vie, qui met le feu aux tripes. M’aurait-on jeté un mauvais sort ? Aurais-je des hallucinations qui me joueraient des tours. Comment tout cela peut-il être possible ».
- « Mais non, vous ne rêvez pas, et nous sommes bien réels, Nous vivons au 21ème siècle, plus exactement en 2024 et je suis votre lointaine arrière-arrière-arrière-petite-fille, je ne connais pas le nombre de générations entre vous et moi, mais je suis une vraie Barberousse, une pur-sang car inutile de parler avec vous de génétique, puisque cette science ne sera mise en évidence qu’au 20ème siècle. Nous sommes égarés dans votre époque, et il nous faut trouver le moyen de repartir chez nous, car nos parents vont s’inquiéter de notre absence. Par curiosité, pouvons-nous savoir, quelle est l’année en cours pour vous ?
A contempler le visage congestionné de Robert, Eglantine comprend qu’il est abasourdi par toutes ces révélations difficiles à « encaisser ».
Pendant que les quatre adolescents essaient de justifier leur présence auprès du corsaire, Casper ne perd pas son temps et furète dans la caverne, à la recherche de nouvelles odeurs, même si celles-ci sont virtuellement vieilles de trois cent ans. Quelle aubaine pour lui !
Petit à petit Robert reprend ses esprits, et observe d’un air gouailleur, le quatuor dont les visages expriment une inquiétude perceptible. Ils ne sont franchement pas rassurés par cette situation qui pourrait être rocambolesque, s’ils ne se trouvaient pas coincés dans une autre dimension, celle d’un lointain passé, et ne sachant pas s’ils pourront revenir au 21ème siècle. Ils essaient de ne pas céder à la panique, mais toute leur gestuelle laisse entrevoir qu’ils commencent à être terrorisés. Le regard avisé de cet homme habitué à jauger ses adversaires en un temps record, lui permet de déceler cela très rapidement. Malgré la situation incongrue, il ne souhaite aucun mal à ces drôles de jeunes gens, venus d’on ne sait d’où.
- « Allons, mes jeunes damoiseaux et demoiselles, je ne vous veux aucun mal, même si votre histoire parait relever d’une quelconque sorcellerie. Vous me paraissez bien inoffensifs. Bienvenue au 18ème siècle, en l’an de grâce 1720, dans notre beau royaume de France, où règne depuis cinq ans, Philippe d’Orléans, régent en titre, au nom de son neveu le roi Louis dit le quinzième, un enfant de dix ans. Je ne sais pas quand, ni comment, vous pourrez repartir dans votre monde, mais s’il y a un corridor qui relie le passé et le futur, c’est dans cette grotte qu’il vous faudra trouver le passage pour repartir. Pour ce jour, il se fait tard, et vous ne pouvez pas rester ici, car le décor est minimal et le confort en est absent. Nous allons repartir dans la maison, par le passage secret que vous avez emprunté et je vous ferai visiter mon domaine, tel qu’il est en mon siècle. Je demanderai à ma bonne Louise, ma fidèle gouvernante de vous préparer des chambres, pour vous reposer cette nuit ».
Les quatre se mettent à trembler en pensant à l’inquiétude de leurs parents qui ne les verront pas rentrer, et imagineront tout un tas de scénarios, allant de l’accident au crime, en passant par l’enlèvement, s’ils ne les voient pas revenir dans le créneau horaire imparti.
Mais que faire ?
Rien !
Ils ne peuvent rien faire pour l’instant.
Ils sont bel et bien coincés dans cet endroit, et complètement démunis. Ils comprennent vite qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter l’hospitalité de Robert, car ce sera plus sécurisant pour eux, que de rester seuls et affamés, dans un lieu froid et potentiellement dangereux, si des intrus humains ou animaux s’aventuraient dans cette caverne.
Contre mauvaise fortune, bon cœur, ils s’engagent dans le passage secret, suivant les pas de leur hôte à la chevelure flamboyante.
Demain sera un autre jour et ils trouveront peut-être une solution pour repartir dans le futur.
C’est leur seul souhait pour ce soir.
Conserver l’espoir, évite de sombrer dans la peur, cette peur insidieuse qui noue le ventre, qui envahit le cerveau, et prive l’être humain de toute sa capacité à la réflexion.
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Viviane BARNET-BROSSE
EGLANTINE BARBEROUSSE ET LA LÉGENDE DU CORSAIRE ROTER BÄR (OURS ROUGE)
ISBN 979-8-33215-687-8
Roman publié en juillet 2024 Amazon KDP Publishing
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