ELISA DIX JOURS PLUS TÔT (pages 145 à 151)

ELISA DIX JOURS PLUS TÔT (pages 145 à 151)

Elisa

Dix jours plus tôt

La sonnerie du téléphone résonne soudainement, ce qui surprend Elisa, concentrée sur son tableau Excel, qu’elle met à jour régulièrement pour suivre la gestion de ses revenus mensuels et des impôts annuels.

Elle décroche machinalement et se met à pâlir instantanément.

- « Allo, Madame Baron ? Gendarmerie nationale à l’appareil, vous êtes bien la mère de Nathan Baron ? ».

- « Oui c’est mon fils. Il est arrivé quelque chose ? Un accident ? Rien de grave, j’espère ? ».

- « Votre fils a eu un accident de voiture dans l’après-midi, l’impliquant seul, et pour l’instant, rien n’indique les causes de sa sortie de route. Il a été transporté en urgence absolue, au centre hospitalier de Lyon-Sud. Je ne sais pas s’il y a un service des accidentés de la route, mais il a sans doute été pris en charge par le service des urgences. Le véhicule a été remorqué par une entreprise qui se chargera de sa destruction, car celui-ci est irrécupérable ».

Elisa, abasourdie par la nouvelle, reste muette, et ce long silence inquiète son interlocuteur.

-« Madame, tout va bien ? Y-a-t-il quelqu’un avec vous ? Faut-il prévenir quelqu’un ? ».

-« Non, c’est inutile, je vous remercie de votre attention, mais je vais me débrouiller seule. J’ai l’habitude de faire face aux épreuves toute seule. Je vais téléphoner tout de suite à l’hôpital pour savoir ce qu’il en est ».

Elisa raccroche et compose immédiatement le numéro du service hospitalier. La standardiste la dirige directement vers le service concerné et Elisa comprend tout de suite que c’est très grave, lorsque l’interlocutrice des urgences (médecin, infirmière ?) lui demande de venir le plus rapidement possible pour voir son fils et de prévenir la famille proche. Celle-ci ne veut pas lui donner plus de détails par téléphone mais Elisa décode le message sous-entendu. Son petit garçon est dans un état critique et son espérance de vie est compromise. C’est sans doute une question de quelques heures encore, un délai très court pour permettre à ses proches de lui dire adieu.

Elisa voudrait pleurer mais ce n’est pas le moment, elle le sait trop bien. Elle aura bien assez le temps, pour le faire, lorsque son petit ne sera plus là. Pour l’instant elle se doit d’être forte car les jours à venir seront éprouvants pour tout le monde, et son cœur de maman sera mis à rude épreuve.

Elle prend sur elle, boit un grand verre d’eau, et cesse de trembler. Puis, elle reprend le téléphone et prévient avec tact (mais est-ce vraiment possible dans ce genre de situation ?) Landry et Melinda. Landry est en état de choc, et s’écroule pratiquement dans les bras de Juliette qui prend le relais pour le réconforter et le soutenir. Quant à Melinda, elle se met à hurler au téléphone, ne pouvant croire que cet homme qu’elle a tant aimé, le père de sa fille, soit arrivé à sa dernière heure.

Une fois la tragique nouvelle assimilée, Elisa sait qu’ils la rejoindront à l’hôpital car eux-aussi souhaitent faire leurs adieux à Nathan.

Lorsqu’elle entre dans le service, un médecin l’accueille pour lui donner plus de précisions sur les circonstances du drame routier.

D’après l’examen médical, Nathan aurait été de nouveau en état d’ébriété mais ce n’est pas ce qui aurait provoqué l’accident. En fait il aurait été victime d’une hémorragie cérébrale, en conduisant, sombrant dans le coma instantanément, ce qui aurait occasionné la perte de contrôle de son véhicule, lequel est allé s’encastrer dans un arbre, à une relative grande vitesse. Nathan était sur une route nationale, et il était à ce moment-là, le seul empruntant ce trajet, évitant ainsi un risque mortel pour d’autres usagers. Par contre c’est bien la consommation excessive de boissons alcoolisées qui est responsable des lésions et autres dommages causés à son cerveau, ce qui rend l’alcool responsable, une fois de plus, d’un accident de la route, même si celui-ci n’a pas été provoqué à proprement dit par son état d’ivresse.

Elisa se dit que tant qu’il ne bossait pas, il n’avait pas les moyens d’entretenir sa vielle voiture, laquelle restait sur un parking, et ses nouveaux revenus lui ont permis de pouvoir de nouveau l’utiliser, mais jamais elle n’aurait pensé qu’il aurait pris le volant en étant ivre.

Ce « dernier verre pour la route » lui aura été fatal, malheureusement.

Quelle inconscience !

Quelle tragédie !

Quelle tristesse de finir sa vie, aussi jeune et dans ces circonstances dramatiques !

Quelle souffrance pour ceux qui restent !

Tout un flot de pensées déferle dans la tête d’Elisa, « liquéfiée » par toutes les informations reçues en si peu de temps.

Le médecin fait preuve de beaucoup d’empathie vis-à-vis de cette mère bientôt endeuillée pour lui expliquer que son fils est en état de mort cérébrale, mais que le cœur fonctionne encore, pour quelques heures ou quelques jours avant de s’arrêter définitivement.

Celui-ci se tait, respectueux de l’affliction d’Elisa, lui laissant ainsi le temps pour reprendre ses esprits avant de lui demander les intentions du patient ou sa position par rapport au don d’organes.

Elisa ne se souvient pas d’avoir abordé le sujet, mais connaissant son fils, elle ne pense pas qu’il y soit opposé. Par contre, elle doute que ses organes puissent être prélevés et utilisables.

Son pauvre gamin s’est livré à tous les excès depuis son adolescence, le tabac, le shit, l’alcool, la privation de manger, et le fait qu’il ait tellement maltraité son corps, a dû avoir des répercussions, sur son cœur, ses poumons, son foie, ses reins. Comment envisager qu’ils puissent se régénérer pour être utiles à des malades ayant besoin d’une greffe desdits organes, pour pouvoir eux-mêmes survivre  ?

C’est ce qu’elle explique au médecin, tout en donnant son accord.

Ce dernier, une fois les démarches administratives effectuées, la conduit dans la chambre où repose son « bébé, dans l’immobilité préfigurant déjà la mort cruelle. La « dame à la faux » veille sa proie, guettant l’instant fatal, le moment final, où ce pauvre cœur cessera de battre, où cette pauvre âme s’envolera pour toujours vers un autre monde que l’on dit meilleur, pour rassurer ceux qui restent et qui souffrent de l’absence de l’être aimé.

Les heures et les jours suivants seront chargés d’une émotion douloureuse pour ceux qui aiment Nathan et l’ont toujours épaulé sans relâche dans son combat contre ses démons intérieurs.

***************

Viviane Barnet-Brosse

Un dernier Verre pour la route 

ISBN 979-8-32027-848-3

Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing

**************

Copyrightdepot seal image blackCouverture un dernier verre pour la route recto 1

 

Date de dernière mise à jour : 2026-03-28

1 vote. Moyenne 5 sur 5.

Ajouter un commentaire

Anti-spam