Elisa
Retour au temps présent
Nathan est décédé officiellement trois jours plus tard. Son cœur a cessé de résister, libérant son esprit parti rejoindre cet autre univers, ce domaine de l’inconnu pour les vivants.
Elisa espère qu’il est enfin heureux car désormais, il est libéré de l’emprise du mal, libéré des chaines qui l’entravaient à son obsession mortifère.
Depuis des années, il se détruisait par un comportement suicidaire, même s’il n’en avait pas conscience. Il n’écoutait pas les mises en garde et les conseils de sa mère, de son frère et de son ex compagne. Chacun l’avait prévenu et essayait de l’aider de toutes ses forces mais l’énergie dépensée, se brisait sur l’écueil d’une carapace, repliée sur elle-même et refusant toute aide extérieure.
Malgré tout, savoir son fils, loin d’elle pour l’éternité, lui est une douleur insupportable. C’est une morsure qui dévore son pauvre cœur de mère éplorée et endeuillée.
Landry et elle se sont occupés des funérailles. Ce fut une cérémonie religieuse, très sobre, simple et discrète à l’image du disparu, n’aimant ni la foule, ni l’hypocrisie sociétale. Il haïssait les gens qui faisaient semblant de manifester un peu d’intérêt alors que le reste du temps, ils n’en avaient rien à faire des autres, restant indifférents aux problèmes qui pouvaient les toucher.
La société de l’individualisme et du règne de l’argent et du profit, déplaisait souverainement à Nathan qui se serait bien vu vivre dans un monde où le « pognon » serait proscrit, où seuls le troc, le partage des richesses et la gratuité pour tous, seraient un mode de vie, permettant un système égalitaire entre les individus. Le monde dont il rêvait ne pouvait être qu’une illusion idéaliste, mais lui croyait en ses valeurs où l’humain reprenait une véritable dimension. Il ne se sentait pas à sa place dans le mondialisme capitaliste, et cette idéologie a sans doute contribué à le faire s’enfoncer dans l’alcoolisme, pour supporter une société qu’il méprisait.
Mauvais calcul puisque toute cette haine s’amplifiait lorsqu’il était éméché, faisant ressortir encore plus violemment la souffrance intérieure qui le rongeait, grignotant peu à peu son cerveau.
Vu ses idées qu’on pouvait qualifier d’anarchistes, il n’avait pas d’amis. Les gens « normaux » le fuyaient et ses « potes » de bistrot n’étaient que des rencontres illusoires. Ceux-ci n’étaient d’ailleurs pas les bienvenus aux obsèques de Nathan. Ce dernier les fuyait comme la peste, depuis plusieurs mois, préférant s’enivrer, seul dans son appartement. Il ne voulait pas que la honte de sa déchéance puisse retomber sur sa fille Daphné.
Elisa et Landry avaient respecté la personnalité de Nathan, estimant que cela pouvait être considéré comme étant ses dernières volontés.
Seul le petit noyau familial était présent, en l’occurrence Elisa sa mère, Landry, Juliette et Alban, Melinda et Daphné.
Le chagrin de la petite fille faisait peine à voir, car même si Melinda lui avait raconté une jolie histoire d’ange parti au ciel, pour atténuer sa tristesse, la gamine avait compris qu’elle ne reverrait plus jamais son papa et qu’il allait beaucoup lui manquer.
En mémoire de Nathan, Elisa sait qu’elle ne laissera pas tomber Melinda et Daphné, et qu’elle répondra toujours présente si elles ont besoin d’elle, tout comme elle le fera également pour Landry, Juliette et Alban.
La vie a défilé trop vite.
Ce fut un rude combat contre les différents obstacles rencontrés sur le sentier escarpé et caillouteux de son existence. Nathan ne l’avait pas épargnée, ses démons intérieurs l’incitant à des actions parfois vindicatives et agressives envers son entourage, et notamment envers sa mère qui subissait ses sautes d’humeur et son harcèlement téléphonique, de jour comme de nuit, quand il avait franchi les limites d’une alcoolisation trop intensive, à tel point qu’il ne se souvenait plus de ses actes le lendemain, et se confondait en excuses quand Elisa lui en faisait la remarque.
Elle espère désormais, pouvoir voguer en eau calme, jusqu’à sa destination finale, cet endroit, où Nathan l’attendra avec toute la tendresse dont il était capable quand il était sobre.
Fataliste, elle se dit que sa vie n’aura pas été un long fleuve tranquille.
Carpe Diem !
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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