ELISA TROIS ANS PLUS TÔT (pages 68 à 74)

ELISA TROIS ANS PLUS TÔT (pages 68 à 74)

Elisa

Trois ans plus tôt

Dring ! Dring ! Dring !

Elisa sursaute, réveillée brutalement par la sonnerie du téléphone.

Quelle heure est-il ?

Minuit !

Qui peut donc lui téléphoner à minuit ?

Nathan !

Mais que se passe t’-il ?

Elle émerge de ses pensées pour lui répondre.

- «  Allo maman, elle m’a quittée, Melinda est partie avec notre fille ».

- « Qu’est-ce que tu me racontes ! Tu as vu l’heure, il est minuit et les gens dorment, en principe. ».

- « Je viens de rentrer et elles ne sont plus là, elles ont fait leurs valises et sont parties pendant mon absence ».

La voix de Nathan est bizarre. Elle le sent à son débit et à ses intonations.

Il a encore bu.

Il est ivre, une fois de plus.

Elle ne peut s’empêcher de penser que si elle était elle-même mariée avec un ivrogne, cela ferait belle lurette, qu’elle aurait plié bagages avec ses enfants, même si elle se dit que c’est bien la faute de Melinda, si Nathan en est arrivé là.

A force de lui répéter qu’un homme viril, ça boit des « canons », il a fini par y croire et comme il est fragile sur le plan psychique, ça n’a pas été compliqué de l’entraîner dans la déchéance de l’alcool.

Nathan est dans un état de nerfs pitoyable et vu son alcoolémie prononcée, elle se fait du souci pour sa santé mentale.

- « Nathan calme toi, ça ne servira à rien d’aggraver la situation. Déjà tu rentres à minuit. Ce n’est quand même pas une heure décente pour un père de famille responsable, de traîner dans les bars, pour se saouler, pendant que sa femme reste seule à la maison et doit s’occuper de sa fille et de la maison. Ce n’est pas en criant, en invectivant et en menaçant que tu vas arranger les choses. Cela dure depuis des années et Melinda t’a mis en garde plusieurs fois. Pourquoi ne l’as-tu pas suivi dans la démarche du sevrage de l’alcool, dès qu’elle a su que vous attendiez un enfant ? Vous n’en seriez pas là maintenant ».

- «  Mais j’ai fait des efforts, je vais au travail et je rapporte de l’argent pour payer les factures et faire « bouillir la marmite », et puis, elle se met en colère pour des broutilles. En quoi ça la dérange si je vais prendre « un dernier verre pour la route » avec mes potes ».

- « Arrête tes mensonges, tu te voiles la face. Melinda m’a téléphoné pour me demander une aide financière pour acheter à manger pour Daphné. Tu as vidé votre compte commun, c’est-à-dire tes revenus, mais aussi les siens, en faisant des retraits tous les deux jours, et tous les prélèvements repartent en impayés depuis plusieurs mois. Arriérés de loyers, menaces d’expulsion, menaces de coupure d’eau et d’électricité ! Elle a craqué et lorsqu’elle a voulu retirer quelques euros pour acheter à manger pour la petite, elle n’a pas pu. Elle m’a demandé de la dépanner car voir sa petite, pleurer de faim, était trop pour elle. Je ne savais pas qu’elle projetait de partir et de te quitter mais je la comprends. Tu es mon fils que j’aime plus que tout, et que j’aimerai toujours, mais il y a des comportements inexcusables, même pour l’amour d’une mère. Tu es ivre donc ce soir pas de discussion cohérente possible, tu vas aller prendre une douche fraîche et te coucher. Nous en parlerons demain, lorsque tes idées seront plus claires ».

- « Mais au moins quand je bois, je vois le monde tel qu’il est, je ne suis pas vendu au système. Tu n’as pas encore compris que ce monde est pourri et que les salauds dirigent le monde, pendant que vous les pigeons, vous dites « amen » à tout. Qu’ils aillent tous se faire pendre ! Melinda n’avait pas le droit de se « barrer », pas le droit de me priver de ma fille. Je suis son père, Melinda n’a pas le droit de tout « foutre en l’air », parce que je passe un peu de temps avec mes potes le soir. C’est moi qui vais au boulot, pendant qu’elle reste à la maison. Elle a de la chance de ne pas devoir travailler, donc elle devrait être contente au lieu de vouloir se la jouer indépendante, et me prendre ma fille.»

Elisa est horrifiée par la teneur de ses propos, étant elle-même une féministe, convaincue que les femmes et les hommes ont les mêmes droits et devoirs en ce monde. Être de sexe féminin à la naissance définit déjà l’inégalité que devront subir les petites filles au cours de leur vie. Elle a suffisamment éduqué ses fils dans le respect et la reconnaissance légitime du droit des femmes mais ce soir, c’est inutile de discuter car elle sait pertinemment que lorsqu’il commence avec ce genre de discours, il a atteint son taux maximal d’ébriété et que toute poursuite de conversation serait peine perdue.

Il vaut mieux couper court.

Elle sait bien que malheureusement, il va s’écrouler sur son canapé ou par terre, s’il continue à picoler, et ce ne sera pas la première fois qu’il fera un « black-out » ce qui peut se traduire par un « trou noir », provoqué par l’abus intensif d’alcool en peu de temps.

Combien de fois ne s’est-il pas vanté de consommer 50 canettes de bières de 33cl en seulement deux jours, ce qui représente, 16,50 litres bus en quarante-huit heures !

Combien de fois, ne lui a-t-elle pas dit d’aller se faire soigner, car à force de mettre des bières dans son corps, il allait finir par mettre son corps dans une bière (mortuaire pour celle-ci) !

Elle a essayé tellement de fois mais toute la procédure administrative pour le faire prendre en charge, est quasiment impossible, quand le principal intéressé y est opposé, ou quand il n’y a personne, près de lui, au bon moment, pour intervenir et le faire hospitaliser contre son gré, afin de le sauver de lui-même.

Elle est épuisée et ne dort plus depuis des années mais elle n’a jamais pu le laisser tomber, car c’est son fils.

Demain sera un autre jour, et elle reprendra la discussion avec lui, pour le conseiller au mieux de ses intérêts mais aussi pour protéger le bien-être de Melinda et Daphné, qui deviennent des victimes collatérales de l’alcoolisme chronique de Nathan.

Elles ont eu raison de partir, et elles vont devoir apprendre à se reconstruire désormais.

Idéalement, il faudrait que cette séparation soit un électrochoc pour Nathan, pour qu’il réagisse et accepte de se faire soigner.

Malheureusement comme tous les addicts, il est dans le déni de sa pathologie, et pense qu’il peut arrêter quand il veut, qu’il n’est aucunement dépendant, et qu’il n’a pas besoin d’aide, pour surmonter le cap du sevrage et de l’abstinence.

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Viviane Barnet-Brosse

Un dernier Verre pour la route 

ISBN 979-8-32027-848-3

Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing

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Date de dernière mise à jour : 2026-03-28

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