Landry et Juliette
Trois ans plus tôt
Landry raccroche le téléphone, se murant dans le silence.
Muet mais pas surpris !
D’ailleurs, il se demande comment cela n’est pas arrivé plus tôt.
Juliette l’observe sans poser de questions.
Elle le connait bien et sait que si elle l’attaque frontalement, elle va le braquer, donc autant attendre qu’il ait envie de parler de ce qui le tracasse.
Son visage s’est assombri instantanément donc elle se doute qu’il s’agit d’une mauvaise nouvelle, sans doute concernant Nathan.
Elle a remarqué que systématiquement, son attitude change dès qu’il s’agit de son jumeau, comme si le comportement de ce dernier avait des répercussions simultanées sur son frère, malgré la distance.
Landry se prépare un café, prend son paquet de cigarettes et va s’installer dehors, pour digérer ce que vient de lui dire Nathan.
Pour une fois, il était sobre, sa voix était claire et ses propos cohérents, ce qui n’était plus le cas depuis quelques années, depuis qu’il a sombré dans l’horreur de l’alcoolisme.
Il avait besoin de parler pour exprimer sa douleur suite au départ de Melinda et Daphné.
Mais son chagrin était tellement violent que Landry en a eu mal au ventre.
Pourvu que Nathan ne fasse pas de bêtise !
Il est tellement excessif en tout.
Il se souvient des spasmes nerveux, qui le couchaient par terre, quand ils étaient gamins.
Un rien le contrariait !
Nathan passe de la phase euphorique à la phase dépressive du jour au lendemain et ce n’est pas facile à supporter par ceux qui vivent avec lui.
Pourvu qu’il ne commette rien d’irréparable !
Landry imagine plein de choses, allant du suicide de son frangin à la violence verbale ou physique envers Melinda, pour se venger du mal qu’elle lui fait en partant avec leur fille.
Il a bien évidemment consolé Nathan, avec leurs mots à eux, des mots fraternels, qu’eux seuls comprennent puis il l’a conseillé sur les démarches juridiques à venir, car il se doute que suite à son alcoolisme immodéré, Nathan risque aussi de perdre son droit de garde et de visite, ce qui serait enfoncer son frère, encore plus profondément dans l’enfer de l’alcool..
Juliette est venue le rejoindre, en tenant une tasse de café brûlante.
Elle s’assoit près de lui, sans dire un mot et attend les confidences qui ne tarderont pas à venir.
A travers la vitre, elle a vu que Landry se détendait petit à petit, ce qui signifiait un peu d’apaisement dans le tumulte de ses pensées.
Landry relève la tête et lui sourit.
- « tu es là ? tu as compris que le coup de fil que j’ai reçu venait de mon frère. Il vient de m’apprendre que Melinda était partie, en emmenant Daphné. Il ne sait pas où elles sont. Il a trouvé une lettre explicative en rentrant du travail. Enfin rentrer du travail est un euphémisme, car bien évidemment, il a fait la tournée des bars sur le chemin du retour, tu connais la chanson « un dernier verre pour la route », et quand il est arrivé chez lui à minuit, l’appartement était vide. Il est complètement ravagé et j’ai bien peur que ça ne le fasse pas craquer totalement, ce qui accentuera son besoin impérieux de boire toujours plus, jusqu’au coma. Pourtant je sais que ça lui pendait au nez, et je me suis demandé comment avait fait Melinda pour ne pas partir plus tôt. D’un autre côté, s’il en est arrivé là, c’est sa faute à elle. Il ne buvait pas quand il l’a rencontrée, et elle l’a suffisamment humilié en ce sens, afin de le faire céder à la tentation donc je suis partagé entre la colère contre elle, et l’approbation de son choix de partir, car c’était la seule solution possible, dans l’intérêt de Daphné, la pauvre petite. C’est la vraie victime dans cette séparation et j’espère que les parents auront la sagesse de penser d’abord à elle, avant de régler leurs griefs personnels à l’encontre de l’autre ».
- « Personnellement, moi j’aurais pris cette décision, il y a longtemps, mais d’un autre côté, je n’éprouve aucune culpabilité envers toi, puisque je ne t’ai jamais incité à boire ou fumer. Par contre Melinda, se sent responsable, et inconsciemment, c’est parce qu’elle sait qu’elle est l’initiatrice de sa dépendance à l’alcool, qu’elle a tenu aussi longtemps. En plus ,tu n’as peut-être pas fait trop attention mais la dernière fois que nous sommes allés les voir, j’ai observé que Melinda était gênée et je pense que ton frère a dû prendre l’habitude de confondre le paiement des factures, avec le paiement de ses bières, ce qui a dû fragiliser leurs finances. Je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’il y a eu un incident déclencheur, notamment si celui-ci était en rapport avec des privations pour Daphné. Melinda, comme toutes les mères, est une louve pour son enfant, et son bien-être passe avant toute chose. »
- « Tu as sans doute raison, mais je m’inquiète vraiment pour mon frère. Si ça ne t’ennuie pas, je descendrai le voir ce week-end pour surveiller son état mental, le consoler et bien sûr le conseiller. Notre mère doit être très inquiète aussi, même si tout comme toi, elle est réaliste et a dû constater les mêmes faits. Elle a toujours fait attention au moindre détail et rien ne lui échappe. Après la drogue, l’alcool ! Que des merdes qui rendent les gens dépendants ! C’est vraiment un fléau qui gangrène notre siècle. Et nous les proches, nous sommes tellement impuissants pour y faire face ».
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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