Chapitre 4
Eglantine et Capucine ont enfin trouvé un site complet et c’est avec un grand intérêt qu’elles se plongent dans la lecture de deux articles écrits par Mark Cartwright, l’un sur l’âge d’or de la piraterie et un autre sur les dix pirates ou corsaires français. Desdits articles elles ont retenu l’essentiel sur ce sujet dont le contexte et les procédures, si tant est que ce dernier mot soit adapté à ce domaine si particulier.
L'âge d'or de la piraterie (1690-1730) désigne une période pendant laquelle les vols en haute mer et dans les ports coloniaux atteignirent un niveau sans précédent. Bien que tous les historiens ne s'accordent pas sur la période précise, elle s'applique généralement aux pirates qui opéraient dans les Caraïbes, sur la côte est de l'Amérique, dans l'Atlantique Est et dans l'océan Indien. Cette désignation parait plutôt étrange pour dénommer une période où le crime était omniprésent, mais ce n'est qu'une question secondaire par rapport au problème de la définition de cette période.
La plupart des historiens n'incluraient pas la période des boucaniers qui s'attaquaient aux navires principaux et aux navires à trésors espagnols au début du 17ème siècle (vers 1650-1680). La fin de ce siècle est le point de départ le plus courant de l'âge d'or pour les chercheurs, mais certains le restreignent aux deux ou trois premières décennies, voire à la deuxième décennie du 18ème siècle. La question reste de savoir pourquoi la piraterie prospéra à cette période particulière.
Les hommes et certaines femmes furent tentés par la piraterie en raison de la dureté de la vie en mer sur un navire marchand ou un navire de guerre, ou parce qu'ils ne trouvaient pas d'emploi intéressant à la fin des guerres entre l'Angleterre et la France. Si certains membres d'équipage pirates acquirent une certaine notoriété, les noms les plus étroitement liés à cette période sont ceux des capitaines.
Il ne fait aucun doute que ces capitaines pirates tenaient à créer une légende à leur sujet afin de s'assurer qu'un navire cible se rende immédiatement et que leurs propres équipages restent loyaux. D'autres capitaines adoptèrent une approche plus brutale pour gagner en notoriété. Bien que les romans et les films présentent souvent des pirates naviguant sur de grands navires de type galion, la réalité au cours de l'âge d'or était plutôt différente. La grande majorité de ceux-ci préféraient les sloops, qui étaient rapides, très maniables et capables de naviguer dans des eaux peu profondes où les grands navires de guerre ne pouvaient pas les suivre. Ils ciblaient généralement les navires marchands isolés, généralement lorsqu'ils négociaient une ligne droite étroite ou se trouvaient à proximité de hauts-fonds et d'îles, de sorte qu'un navire pirate pouvait sembler surgir de nulle part.
La première arme utilisée par les pirates était la terreur, le fameux drapeau noir avec une tête de mort humaine et des os croisés, (appelé aussi Jolly Roger) signifiait que la seule chose raisonnable à faire était de ne pas opposer de résistance. Un drapeau rouge pouvait également être hissé pour signaler qu'aucun quartier ne serait accordé en cas d'attaque.
Les pirates recherchaient avant tout un butin transportable, de préférence de l'or, de l'argent et des pierres précieuses. Les pièces de monnaie étant les plus faciles à écouler, un coffre à trésor contenant des pesos espagnols en argent ou des doublons en or était le plus souhaitable. Une cargaison de valeur était la deuxième meilleure option. Les articles qui pouvaient être facilement vendus comprenaient des rouleaux de soie, des épices, de l'indigo, du tabac, du rhum, des fourrures, des peaux, du sucre et d'autres denrées alimentaires. L'équipage et les passagers étaient dépouillés de tout objet de valeur et de tout vêtement de fantaisie. Les armes, les instruments de navigation et les médicaments étaient toujours utiles. Même les objets nautiques banals comme les cordes, les voiles et les ancres étaient pris pour reconstituer l'équipement des pirates. Enfin, le navire attaqué pouvait lui-même devenir le prix.
Les membres de l'équipage recevaient généralement une part chacun, l'intendant et le capitaine en recevaient deux chacun. Une fois chargés de leur butin, les pirates se retiraient dans leur repaire. Ces endroits étaient choisis pour leurs ports isolés et sûrs et leur accès facile à l'eau douce, aux fruits, à la viande et au bois à l'intérieur de l'île. Le fait d'être proche des principales routes maritimes, mais pas trop près des autorités coloniales, constituait également un avantage certain. Les négociants qui achetaient les cargaisons pillées étaient essentiels, et ils étaient attirés par les repaires parce qu'ils pouvaient acheter des marchandises à bas prix, puis les faire entrer clandestinement dans les ports légitimes à des prix beaucoup plus élevés. De nombreux paradis pour pirates se transformèrent rapidement en grandes villes avec des auberges, des échoppes de marchands et tout ce dont les marins avaient besoin et qu'ils désiraient lorsqu'ils se reposaient sur terre.
Le gouvernement (colonies britanniques) était également très préoccupé par le fait que la piraterie était si répandue qu'elle chassait les colons honnêtes et laissait les terres si peu peuplées qu'elles devenaient une grande tentation pour les puissances étrangères. À partir de 1701, les colonies furent autorisées à pendre les pirates elles-mêmes plutôt que de les envoyer en Angleterre. L'époque où l'on relâchait la plupart des équipages de pirates avec une flagellation en guise d'avertissement et où seul le capitaine était pendu était à jamais révolue. Désormais, des équipages entiers étaient traduits en justice dans des procès pour l'exemple qui se terminaient par des exécutions massives.
La piraterie n'a jamais été totalement éradiquée. Après tout, c'est l'un de ces crimes qui semble avoir toujours hanté l'humanité. Cependant, au fur et à mesure que les colonies s'établissaient avec des institutions gouvernementales et judiciaires plus solides, de plus en plus de personnes avaient une bonne raison de souhaiter voir la fin de la piraterie.
Les pirates eux-mêmes, ceux qui avaient échappé à la corde du bourreau, s'installèrent dans des plantations pour mener une vie plus respectable ou se recyclèrent en honnêtes marchands, les cibles mêmes qu'ils avaient autrefois terrorisées.
Les historiens ne sont pas tous d'accord, mais la fourchette de dates la plus courante pour l'âge d'or de la piraterie est de 1690 à 1730.
Les deux adolescentes sont littéralement fascinées par cet univers étrange qui leur est totalement inconnu. Leurs seules références en piraterie, se limitent aux films qu’elles ont vu à la télévision, donc autant dire qu’elles ne savent strictement rien sur ce sujet.
Eglantine voudrait surtout trouver des précisions sur le statut de corsaire, car de notoriété familiale, Robert Barberousse aurait navigué sur un navire corsaire, soit pour un particulier, soit pour le roi lui-même.
Il semblerait que l’existence de ce lointain ascendant ait chevauché la période allant du 17ème au 18ème siècle, cela sous-entend donc qu’il a vécu sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Il lui faut donc chercher une piste de ce côté-là et voir quels corsaires ont su marquer de leur empreinte, ces décennies.
Si Robert Barberousse est né entre1670 et 1680, (ce n’est que simple supposition car elle n’a aucune donnée précise le concernant), il a pu s’engager sur un bateau dès l’âge de 13 ans, et s’il était vaillant et audacieux, devenir capitaine entre 20 et 25 ans, ce qui restreindrait son champ de recherches, à l’âge d’or de la piraterie, s’étalant pour la plupart des historiens entre 1690 et 1730.
Motivées les deux jeunes filles, font une pause goûter. En effet les biscuits d’Agnès sont tellement bons, que les deux gourmandes, ne peuvent pas leur résister, même si elles n’ont pas spécialement faim, étant concentrées à fond sur leurs recherches de corsaires ayant vécu sous le règne du roi Soleil et de celui du Bien-aimé (qui ne le sera pas si longtemps que ça, par ailleurs).
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Viviane BARNET-BROSSE
EGLANTINE BARBEROUSSE ET LA LÉGENDE DU CORSAIRE ROTER BÄR (OURS ROUGE)
ISBN 979-8-33215-687-8
Roman publié en juillet 2024 Amazon KDP Publishing
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