EGLANTINE BARBEROUSSE CHAPITRE 7

EGLANTINE BARBEROUSSE CHAPITRE 7

Chapitre 7

Le déjeuner terminé, le quatuor suivi du fidèle Casper fonce vers l’univers mystérieux du grenier, ou plutôt des greniers car ceux-ci s’étendent sur toute la surface du bâtiment comprenant la maison et les anciennes dépendances.

Agnès et Justin ont un clin d’œil complice en les voyant se précipiter vers les escaliers conduisant vers leur prochain lieu d’exploration.

Une véritable cavalcade !

Agnès se tourne vers son époux, d’un air amusé et complice, se rappelant sans doute sa propre enfance.

- « Heureusement que notre chien se nomme Casper et non Dagobert, sinon, on pourrait croire qu’on est dans une nouvelle intrigue du Club des Cinq. Est-ce que tu te rappelles de la série littéraire de notre jeunesse ? Cela faisait partie de la Bibliothèque rose et l’écrivain avait pour nom Enid Blyton ».

- « Oui, je m’en souviens très bien, répond Justin, et en ce qui me concerne j’ai embrayé ensuite avec la bibliothèque verte et son détective amateur Michel. Son nom était Thérais, et l’auteur de ces ouvrages était Georges Bayard. Tu les avais lus ? ».

- « Non pas du tout. J’ai effectivement lu des romans pour la jeunesse dans la bibliothèque verte, mais pour moi, la détective amateure, ou amatrice si tu veux, était Alice Roy, l’héroïne de cette auteure qui signait sous le nom de plume Caroline Quine. Personnellement je préfère utiliser les mots amateure et auteure au féminin, car phonétiquement, cela sonne mieux à mes oreilles. Je trouve que cela accroche moins, mais c’est juste mon ressenti, bien évidemment ».

- « Oui tu as raison, et pour moi, cela n’a que peu d’importance en fait. Le concept de féminiser tous le mots est déroutant, car cela remet en cause toutes les règles orthographiques ou grammaticales établies depuis des siècles, mais je m’adapte à ce renouveau linguistique ».

Eglantine, Capucine, Thimothée et Gabin, accompagnés de leur ami canin, ont déjà envahi le territoire à explorer, en l’occurrence, les vieux greniers, renfermant cette odeur si particulière rattachée à la notion « d’autrefois », comme si les individus ayant passé dans ces lieux, les avaient imprégnés d’un parfum indéfinissable, à l’image des vieilles photographies couleur sépia.

Casper est déjà à l’affût, trop heureux de découvrir un nouvel espace, où il va pouvoir laisser sa truffe s’en donner à cœur joie.

Quelle aubaine !

En effet, ces greniers n’ont pas dû être explorés depuis au moins trente ans, lorsque Justin et ses cousins venaient s’y cacher pendant les vacances d’été. Il reste des émanations diverses, perceptibles uniquement par l’odorat canin.

Eglantine et ses amis se partagent la tâche, se réservant chacun un des quatre greniers où sont stockés du mobilier ancien, plusieurs armoires remplies de vêtements démodés, des coffres, des malles de toutes les tailles, des cartons de vaisselle, de livres, de jouets anciens.

Dans un des greniers, Eglantine découvre un berceau, un cheval à bascule, une commode avec son miroir, et quelques poupées. Il y a même un vieux clavecin. Elle se fige, immobile, fascinée par cette vision d’une autre époque, faisant ressurgir l’espace d’un instant, le fantôme des habitants de cette maison, lesquels ne sont désormais plus que cendres ou poussière, quelque part, loin de ce qui fut leur demeure, pendant leur existence terrestre.

Tout d’un coup, un grand éclat de rire fuse dans l’autre grenier. Eglantine rejoint ses amis et découvre les deux garçons morts de rire, face à Capucine.

Celle-ci, furetant dans les armoires remplies de robes d’antan et les coffres révélant des colifichets désuets, n’a pas pu résister au plaisir de se déguiser en jeune fille des années folles, avec une robe Charleston ornée de franges et de perles, un chapeau cloche, un « boa » autour du cou, le tout agrémenté d’un long collier et d’un bracelet de perles. Pour compléter la tenue, elle a déniché des chaussures rétros. Ce sont des « salomés », qui lui vont comme un gant, ou plutôt comme un pied. Elle a même poussé l’apparence « années 20 » en tenant un porte-cigarettes entre les doigts, ce qui lui donne une allure « vintage et  glamour », un style inspiré par le courant « Gatsby » de certaines soirées branchées.

Elle est tout simplement magnifique et ses amis la prenant pour un modèle d’art, la photographient sous toutes les coutures, avec leurs téléphones portables.

L’insouciance de leurs seize ans, leur fait oublier momentanément leur projet de chercher une piste les conduisant à la légende du corsaire ancêtre, pour se plonger dans un déballage de coffres, un déferlement de tissus colorés et soyeux, un foisonnement de fanfreluches, de bijoux de pacotille, et les minutes suivantes, chacun se pare de vêtures raffinées, ayant appartenu un jour lointain à des demoiselles, des dames ou des messieurs Barberousse, de respectables bisaïeux ou trisaïeux d’Eglantine.

Penser notamment à ces femmes, n’étant plus de ce monde, émeut leur descendante. Enfiler ces tenues, ayant jadis effleuré leur peau, la relie d’un fil invisible à ses ascendantes. Elle rattache son destin au leur, écrivant ainsi la continuité de leur histoire par ce sang identique qui coule dans ses veines.

Les adolescents se sont déguisés pendant presque deux heures, oubliant le temps qui passe, quand soudain des grattements suivis d’aboiement, les ramène à la réalité.

Pourquoi Casper gratte t’il et pourquoi aboie t’il ?

Les jeunes gens ne prennent même pas la peine d’ôter leurs déguisements et se précipitent à l’endroit d’où proviennent les aboiements du chien.

Casper est dans un des greniers, le plus sombre, le moins éclairé car il n’existe qu’une ouverture étroite en guise de fenêtre, laissant à peine entrer la lumière du jour, un endroit qui ne contient pas d’armoires, pas de coffres, pas de malles et pourtant quelque chose l’a intrigué car son flair est infaillible. Sa maîtresse l’appelle affectueusement « ma truffette », parce que son odorat est très développé.

Il est dans un angle, et il fallait vraiment être un chien, pour apercevoir un minuscule trou où une souris a dû passer récemment, ce qui explique le comportement de Casper, mais en se baissant et en regardant un peu mieux, avec une torche, les ados s’aperçoivent qu’il y a une anomalie dans la jointure du parquet d’origine et de l’aspérité dans le mur.

Par terre, Eglantine aperçoit une sorte de barre en fer, et Timothée, plus costaud, force sur le parquet pour le soulever légèrement, tout en accentuant la pression sur le mur qui s’agrandit légèrement, laissant entrevoir, un objet ressemblant à un écrin pour bracelet. Eglantine s’empresse de l’ouvrir et découvre une petite plaque rigide qu’elle soulève. Avec ravissement, elle en sort une feuille de papier jauni, un de ces papiers style manuscrit ancien. Avec précaution, elle le déplie et sous les yeux ébahis des aventuriers amateurs, apparait un plan avec quelques annotations sans doute écrites avec une plume, comme cela se faisait au 18ème siècle.

Les quatre sont trop surexcités par leur découverte et descendent en courant montrer leur trouvaille à Justin.

Celui-ci, très pragmatique, comme toujours, leur conseille d’aller ôter les vêtements qu’ils ont empruntés dans le grenier et de les ranger à l’endroit où ils les ont trouvés, avant de venir le rejoindre, pour décrypter le plan.

Il n’a pas besoin de le dire deux fois, et toute la joyeuse troupe s’empresse de lui obéir, trop contente que les recherches du jour aient été fructueuses.

Une fois le plan étalé sur la table du salon, Justin, Agnès et le quatuor scrutent les « pattes de mouche » pour déceler le moindre indice leur permettant une future prospection .

Casper est couché au pieds d’Eglantine, celle-ci l’ayant remercié par l’offrande d’un biscuit bien mérité.

Soudain Justin sursaute car il a pu déchiffrer ce gribouillis.

Ce plan a été dessiné par Robert Barberousse, lui-même, et ses annotations spécifient l’endroit d’un passage secret dans une des caves, un passage tellement bien dissimulé que personne n’a su le trouver après sa mort, et que les différents descendants en ignoraient totalement l’existence. Ce souterrain conduirait au fameux trésor accumulé par Robert lors de ses expéditions maritimes.

Le document mentionnait la date « En l’an de grâce Mil sept cent vingt », mais le plus surprenant est la signature apposée au bas du parchemin. De sa main, l’ancêtre a signé Robert Barberousse surnommé « Roter Bär », corsaire de sa majesté le roi de France, et capitaine de « l’Anastasie ».

Eglantine trouve la traduction de ce drôle de surnom sur Google. Cela signifie « Ours Rouge », sans doute, un sobriquet dû à sa chevelure flamboyante. Cela lui fait penser aux appellations vikings, du style Erik le Rouge ou Björn quelque chose, Björn voulant dire ours en viking. Cette nouvelle particularité de son ancêtre le rend encore plus mystérieux et insaisissable aux yeux de sa descendante.

- « Au moins, nous avons la certitude que la légende du corsaire Barberousse est authentique, puisqu’il signe lui-même de son nom de flibustier, en mentionnant le nom de son navire. De plus il a daté son plan, cela indique aussi la période de son existence, et de son activité maritime, en l’occurrence, sous le règne du roi Soleil, Louis XIV puis de Philippe Régent d’Orléans car Louis XV a pris les rênes du pouvoir, après le décès du Régent le 2 décembre 1723. Donc en 1720 Robert le corsaire devait avoir une cinquantaine d’années, un âge considéré comme étant déjà avancé à cette époque, ce qui confirmerait l’hypothèse d’une naissance vers 1670. Il a donc pu côtoyer les corsaires Jean Bart né en 1650 et mort en 1702 ou René Duguay-Trouin né en 1673 et décédé en 1736. Je suis de plus en plus intriguée et il me tarde de connaître la suite de cette aventure, en explorant de nouveau la cave, selon les indications de ce plan tricentenaire ».

Il se fait tard pour ce soir et il est l’heure de passer à table. Timothée et Gabin prennent congé de la famille pour retourner chez eux, mais ils promettent de revenir le lendemain, pour continuer la « quête du Saint Graal », ou plus exactement, la découverte du passage souterrain.

Le quatuor est surexcité par cette nouvelle aventure qui les attend bientôt.

Comme ces vacances sont attrayantes et distrayantes !

Au moins, ils savent qu’ils ne s’ennuieront pas dans les jours à venir.

Finalement le « trou du luc » leur offre plus d’adrénaline que Lyon, et toutes ses promesses de fêtes, de jeux, d’activités, de culture, et de plaisir, de jour comme de nuit, même si eux, ne sont pas concernés par le monde de la nuit, vu leur jeune âge.

*********************

Viviane BARNET-BROSSE

EGLANTINE BARBEROUSSE ET LA LÉGENDE DU CORSAIRE ROTER BÄR (OURS ROUGE)

ISBN 979-8-33215-687-8

Roman publié en juillet 2024 Amazon KDP Publishing

*******************

Copyrightdepot seal image blackCouverture eglantine barberousse verso 1

Date de dernière mise à jour : 2026-03-29

1 vote. Moyenne 5 sur 5.

Ajouter un commentaire

Anti-spam