Épilogue
Le lendemain de leur retour dans leur univers familier du 21ème siècle, Eglantine et ses amis retournent à la fameuse grotte qui leur avait procuré tant de frayeur, en les faisant chuter dans ce drôle de passage ouvert entre deux mondes.
Eglantine se rappelle parfaitement, la fameuse cachette du trésor que lui a montré son ancêtre Robert et la curiosité la pousse à retourner sur « la scène du crime » pour vérifier si ce fabuleux trésor serait toujours camouflé, bien à l’abri dans les deux coffres scellés par Barberousse lui-même.
Elle cherche le bon rocher, la bonne ouverture, et manipule précautionneusement le mécanisme savamment disposé par son lointain ascendant corsaire.
Malheureusement les deux coffres n’y sont plus.
Eglantine est fort désappointée et se demande ce qu’ils sont devenus et qui les a trouvés ?
A ce moment son regard est attiré par un petit écrin, posé dans un espace, suffisamment grand pour contenir le petit objet mais placé de manière à être pratiquement invisible des regards indiscrets.
Toute excitée, elle l’ouvre et trouve deux paires de boucles d’oreille en émeraude, assorties à la bague qu’elle a trouvé dans sa poche, en rentrant de cette excursion spatiotemporelle, ainsi qu’une lettre libellée à son nom, posée dessous.
Cela lui procure une drôle de sensation, de tenir entre ces mains, un parchemin vieux de trois cent ans, mentionnant le nom d’Eglantine Barberousse.
Sa curiosité aiguisée, elle ouvre le précieux document et lit les mots non effacés par le temps, bien protégés de l’érosion des siècles, dans son écrin hermétique.
- « Ma chère Eglantine, ma lointaine descendante, ma plusieurs fois arrière-petite-fille,
Quel bonheur de t’avoir rencontrée dans des conditions surnaturelles, qui ont fait que toi l’enfant du 21ème siècle, tu aies pu voyager jusqu’à moi, ton ancêtre du 18ème siècle.
Je t’écris cette lettre car je me doute que tu vas retourner à l’endroit de la cachette du trésor, et que tu la trouveras vide. Tu te poseras certainement des questions, et je tiens à y répondre par le biais de ce courrier, que tu liras dans trois cent ans.
Après votre départ à tous les quatre, j’ai beaucoup réfléchi à notre rencontre et cette réflexion a influencé la décision que j’ai prise ensuite.
J’ai réalisé que pour avoir une descendante, il me fallait créer ma propre descendance, une filiation qui mènerait jusqu’à toi. J’avais cinquante ans lors de notre rencontre en 1720, ni femme, ni enfants, à part peut-être des enfants illégitimes, des petits « bâtards », comme on disait chez nous. J’avais navigué sur toutes les mers du monde, pendant plus de trente ans, et comme presque tous les marins, avec une femme dans chaque port, mais je n’avais aucune attache nulle part, en dehors de ma demeure natale, qui me rattachait à mes racines cantaliennes.
Je me suis donc enquis d’une fille à marier ou une jeune veuve, encore en capacité d’enfanter, et c’est ainsi qu’un jour d’été, j’ai épousé Dame Agnès, une jeune veuve de trente ans, sans enfant de ses premières noces, son époux étant décédé prématurément. Nous avons été très heureux ensemble, malgré nos vingt ans de différence. Elle m’a donné quatre beaux enfants, deux filles et deux fils. L’aînée de nos filles était rousse aux yeux verts, et en souvenir de ta présence pétillante, je l’ai prénommé Eglantine. Mon autre fille se prénomme Agnès comme sa mère.
Étant donné que tu es une Barberousse, par la lignée des hommes, tu descends donc d’un de mes fils, soit de Robert dit le jeune, mon fils aîné, soit de Pierre, mon cadet, mais je pencherai pour Robert puisque ton père a lui aussi hérité de la maison familiale, qui revenait de droit au fils aîné, héritier universel.
Mes quatre enfants ont été bien établis par mes soins, afin qu’ils ne manquent de rien, et j’ai donc vidé mes coffres, ceux que je t’avais montré lors de notre rencontre, pour leur donner à tous un beau patrimoine. Cela leur a permis de contracter mariage avec des personnes bien dotées, de bon milieu, et j’espère ainsi qu’ils pourront vivre dans une certaine opulence jusqu’à la fin de leurs jours, mais je ne serai plus là pour le voir.
Ils ont eux-mêmes eu des enfants et moi, je suis à la fin de mon existence. Je suis vieux et mon temps est compté désormais. Je suis heureux de savoir que j’ai connu ma descendance et qu’elle continuera jusqu’à ta propre naissance.
En souvenir de ces moments passés ensemble, je te donne ces boucles d’oreille en émeraude, assorties à la bague que je t’ai offerte, le jour de ton départ avec tes trois amis. Reçois les comme un gage de l’affection de ton aïeul corsaire qui pense souvent à toi, ma chère descendante.
Je t’embrasse avec ma tendresse de vieil ours.
Fait à Sainte Anastasie,
Le 1er septembre de l’an de grâce Mil sept cent quarante
Robert Barberousse
Eglantine replie la missive, qu’elle vient de lire à haute voix pour ses amis, aussi émus qu’elle tout en étant malgré tout, stupéfaits que ce parchemin ait pu traverser les siècles.
Cette ultime trouvaille leur confirme qu’ils n’avaient pas rêvé et que tous les quatre avaient vécu une aventure mystérieuse, insolite, un voyage à travers le temps et l’espace, comme dans un livre, ou mieux encore, un film de science-fiction, dont ils auraient été les principaux acteurs et héros.
Encore mieux qu’au cinéma !
Songeurs, ils reprennent le passage secret qui les ramène dans l’immense cave du domaine du corsaire, mais ils aspirent tous à terminer leur séjour estival de manière plus ludique et plus reposante.
Demain, ce sera balade, bicyclette, piscine, jeux divers, histoire de bien terminer ces vacances d’été, avant le grand retour à Lyon, et la rentrée scolaire au lycée pour une nouvelle année studieuse, mais avec des souvenirs d’une aventure merveilleuse et hors du commun.
*********************
Viviane BARNET-BROSSE
EGLANTINE BARBEROUSSE ET LA LÉGENDE DU CORSAIRE ROTER BÄR (OURS ROUGE)
ISBN 979-8-33215-687-8
Roman publié en juillet 2024 Amazon KDP Publishing
*******************

