MARYAM ET LUCILE PAGES 180 à 193 (incluses)
MARYAM ET LUCILE PAGES 180 (fin) À 193 (les pages suivantes sont consacrées à des articles sur cette période
Pierre va rester de nombreuses années à Antioche pour évangéliser avant de partir pour Rome, sans doute entre l’an 50 et l’an 62. Elle se voit sur le même navire que lui. Ils ne sont plus très jeunes. Pratiquement trente ans se sont écoulés depuis la mort de Jésus et la vision qu’elle a dans ce miroir imaginaire lui renvoie l’image d’une vieille femme. Elle a déjà vu lors de ses visions précédentes que Pierre va périr sur une croix, en l’an 64, comme seront martyrisés et tués dans des conditions atroces, tant d’autres chrétiens, boucs émissaires de la folie cruelle et meurtrière de l’empereur. Beaucoup d’entre eux seront livrés aux bêtes lors de jeux du cirque nauséabonds.
Les images défilent toujours devant les yeux de Maryam, toujours immobile comme une statue sans âme.
Elle voit les années défiler devant elle, mais elle est heureuse car elle va rester fidèle et loyale envers son Seigneur et sauveur. Elle va porter sa parole et mettre en pratique ses messages, auprès des plus démunis, donnant de son temps, de son énergie et de son argent, pour nourrir les affamés, vêtir les plus indigents, écouter ceux qui ont besoin de parler et d’être écoutés, soigner les malades, enseigner aux enfants ce don qu’elle a elle-même reçu dans son enfance choyée, avec des parents qui lui ont procuré une éducation poussée, où elle a appris la lecture, l’écriture et les calculs, comme ses frères. A son tour, elle va transmettre, ce qui lui a été inculqué, en plus de pratiquer le bien, et l’aumône auprès des plus miséreux. Elle s’est toujours revendiquée disciple de Jésus, adepte de sa doctrine, avant de simplifier en se déclarant ouvertement chrétienne, lorsque cette désignation sera un signe de ralliement entre eux.
Ensuite elle se voit effectuer ce long voyage avec Pierre et les autres chrétiens, quand la situation va devenir plus dangereuse en Judée. A Rome, elle va continuer sa vie d’évangélisation tout en pratiquant le bien, et en se mettant au service des autres, jusqu’au jour fatal de l’incendie de Rome, ce jour tragique qui va ouvrir les hostilités et sera le début des persécutions contre les chrétiens. Pourtant dans Rome, le bruit va courir que c’est l’empereur lui-même qui a mis le feu à sa ville pour admirer la beauté des flammes qui dévoraient la vieille cité romaine.
L’image suivante la fait pâlir, et elle ne peut s’empêcher de gémir, dans son état de prostration, au bord du Jourdain, clouée sur place par une force invisible. Il lui faut patienter et regarder toutes les images qui lui sont envoyées, pour lui révéler l’avenir de ses anciens compagnons de route ainsi que son propre avenir funeste.
Des soldats la maintiennent enchainée et l’amènent auprès d’un trou profond creusé dans la terre. Ils la soulèvent et la glissent droite dans cette cavité, d’une telle étroitesse, qu’un corps tient debout, sans pouvoir se mouvoir, sans pouvoir bouger un seul membre.
Elle a peur mais elle ne tremble pas car elle sait qu’on la sacrifie pour avoir refusé de renier Jésus-Christ, et elle refuse de défaillir devant ses bourreaux. Elle comprend qu’ils sont en train de l’enterrer vivante et que le supplice sera long et affreux mais elle n’abjurera pas pour autant sa foi, car elle est sûre que Jésus va l’accueillir très vite.
N’est-il pas le chemin, la vérité et la vie ?
Elle ferme les yeux et prie.
Elle entend le bruit des soldats en train de reboucher le trou, en le remplissant de terre. Il y en a jusqu’à ses genoux, puis jusqu’à ses mains, puis ses épaules, et enfin sa tête est toute recouverte.
Elle ne peut plus respirer.
Elle étouffe mais aucun son ne sort de sa bouche, qu’elle tient fermée pour ne pas avaler de la terre.
Elle prie toujours, mais dans son cœur, il y a un long cri silencieux, celui de la peur de faiblir, mais aussi celui, de l’espérance et de la joie de bientôt revoir son cher rabbi.
Elle suffoque de plus en plus.
Elle s’asphyxie peu à peu.
C’est une mort lente et cruelle.
Elle voudrait haleter mais ne le peut.
Elle manque d’air.
Elle voudrait hurler mais son cerveau se comprime.
Elle se répète inlassablement la même prière.
- « je viens vers toi Oh Eternel mon Dieu, par la grâce de notre Seigneur Jésus. A toi Seigneur soit la puissance et la gloire pour les siècles des siècles! ».
Elle agonise.
Ce sera bientôt la fin….
Pour un nouveau commencement….
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LUCILE
- « J’étouffe, j’étouffe, au secours, sortez-moi de là, je vais mourir, j’étouffeeeeeeeeeeee ».
Stéphane, le mari de Lucile la secoue fortement.
- « Réveille-toi ! Tu as encore fait ton cauchemar habituel. Tu ne crains rien, tu es dans la maison ».
Lucile émerge de sa torpeur comateuse et reprend ses esprits.
Elle est dans le présent, elle est au vingt et unième siècle, dans son domicile et son époux est près d’elle. Il se veut rassurant mais elle voit bien qu’il est agacé par la récurrence de cette angoisse phobique qui revient la hanter, par périodes, depuis plusieurs décennies.
Elle émerge doucement et reprend contact avec la réalité mais elle est toujours oppressée et son cœur bat la chamade.
Cette fois est différente car elle se rappelle de tout.
Ce n’est pas un simple cauchemar mais la réminiscence d’évènements vécus dans une vie antérieure.
Elle en est sûre.
Tout était trop réel, trop précis, trop vécu, trop ressenti à fleur de peau.
L’esprit de Lucile du vingt et unième siècle est le même que celui de Maryam du premier siècle et les souvenirs de cette dernière, ressurgissent comme des flashback, lors de ses états inconscients comme lors d’un sommeil profond par exemple. Peu importe que ceux-ci aient deux mille ans, ils sont toujours aussi vivaces dans le temps présent.
Elle se moque de ce que les autres vont penser d’elle, de leurs remarques acerbes. Non, elle n’est pas folle, elle est plutôt du genre rationnel et cartésien, pourtant elle est persuadée que l’esprit est intemporel. Il habite un corps pendant une période donnée et le quitte un jour pour se réincarner dans un autre.
Les bouddhistes en sont convaincus et il y a eu de nombreux témoignages de jeunes enfants, qui se souvenaient d’évènements de leur vie passée et des gens rencontrés lors de ces précédentes existences. Cette mémoire du passé existe pendant les toutes premières années de l’enfant et s’efface lorsqu’ils ont entre quatre et cinq ans. Cela correspond à cette impression du « déjà-vu » que presque tout le monde a connu un jour ou l’autre.
Selon un psychiatre américain nommé Jim Turner, l’âge moyen auquel les enfants commencent à se souvenir de leur vie antérieure est de trente-cinq mois (soit environ trois ans), et leurs descriptions des événements et des expériences de leur vie antérieure sont souvent très détaillées. Les sujets étudiés par cet homme, cessent habituellement de faire leurs déclarations de vie antérieure vers l’âge de six à sept ans, et la plupart semblent perdre les soi-disant souvenirs. C’est l’âge où les enfants commencent l’école et commencent à avoir plus d’expériences dans la vie courante, ainsi que lorsqu’ils ont tendance à perdre leurs souvenirs de la petite enfance.
Lucile se rappelle de tous les livres de la bibliothèque, « l’aventure mystérieuse », qu’elle a lus lorsqu’elle n’avait qu’une vingtaine d’années et ce qui ressortait de ces lectures, correspond totalement à l’étude dudit Jim Turner.
Pour Lucile cela n’est pas incompatible avec la foi chrétienne puisque Jésus a dit que lors de la résurrection, il n’y aurait plus ni homme, ni femme puisque plus de corps terrestre, juste l’âme immortelle et l’âme, en fin de compte n’est que l’esprit de tout individu et en tenant compte de ce paramètre, il n’y a rien de stupide ou de répréhensible à imaginer que l’esprit demeure éternellement et que tant que l’humanité existe sur terre, il choisit de migrer dans des enveloppes humaines successivement, afin d’atteindre l’état de grâce dans une paix éternelle.
Les bouddhistes appellent cela le nirvana. C’est un concept philosophique de l'hindouisme, du jaïnisme et du bouddhisme. Le nirvana est une forme d'achèvement qui peut être comparé, selon les textes, à l'extinction d'une flamme qui entraîne une personne non éveillée de renaissance en renaissance. Une définition moins négative est celle d'une paix intérieure totale et permanente, provenant du détachement.
Aussi insolite que cela puisse paraître aux yeux de ses proches, Lucile est intimement convaincue d’avoir vécu dans la « peau » de Maryam au premier siècle, et d’avoir cheminé avec Jésus-Christ, son cher Jésus pendant trois ans, avant de suivre la route et par conséquent la destinée des premiers chrétiens.
Lorsqu’elle repense à tout ce qu’elle vient de vivre en tant que Maryam, elle comprend mieux certains traits de sa personnalité en tant que Lucile.
Effectivement, depuis des lustres, à intervalles réguliers, elle revit cette scène d’être enterrée vivante et elle souffre de claustrophobie sévère. Elle se rappelle cette fois, où elle a dû subir un IRM et cette sensation d’arrêt brutal de son cœur, cette panique qui s’empare d’elle lorsqu’elle se sent enfermée, avec l’impression de ne plus pouvoir sortir.
Et ses insomnies ?
Tout s’explique !
Lorsqu’elle était Maryam, elle se revoit faire la promesse de ne dormir que le temps nécessaire pour la survie de son organisme, afin d’être toujours prête pour le service du Christ.
C’est sans doute pour cela, qu’elle dort si peu, s’endormant tard et se réveillant tôt.
Et son intérêt pour la culture juive, notamment pour le folklore hébreu ?
Elle se met à fredonner le refrain de « Yerushalayim shel Zahav », chanson écrite en 1967, avant la guerre des six jours en Israël, interprétée par de nombreux chanteurs et chanteuses mais sa version préférée reste celle de la chanteuse israélienne Ofra Haza.
Stéphane la taquine, en lui demandant si elle n’a pas avalé un champignon magique, même s’il sait bien qu’elle est d’une sobriété à tout niveau, pas de drogue, pas d’alcool, pas de tabac.
Amusée, elle se retourne vers lui et lui rappelle leur mariage religieux, lorsque le prêtre voulait absolument faire lire ce passage de l’apôtre Paul qu’elle déteste par-dessus-tout, le fameux verset évoquant la soumission des femmes à leurs maris. Elle avait refusé, serrant les poings dans sa poche, devant l’insistance du curé.
- « Eh bien, Stéphane, j’ai compris d’où me vient cette animosité vis-à-vis de cet apôtre misogyne, car Maryam, mon alter-égo du premier siècle l’a rencontré à son époque, et elle a eu du mal à le supporter. Le courant ne passait pas du tout entre eux. Donc tu comprends mes réticences à son égard. Nous sommes tous conditionnés, sans le savoir, par l’historiologie des évènements du passé, par la transmission de souvenirs enfouis au fond de nous, ainsi que par la transmission de gênes héréditaires dont nous n’avons même pas conscience ».
Lucile sait qu’elle ne pourra jamais oublier, cette aventure vécue voilà deux mille ans, qu’elle s’est remémorée pendant son sommeil, ce qui démontre bien que la notion de temps est fluctuante.
Elle a toujours su que Jésus était un avant-gardiste pour son époque, un être exceptionnel, une source inépuisable d’amour envers les autres et son immersion parmi ses disciples, pendant ce songe insolite, ne peut que confirmer cette certitude.
Elle lui voue une admiration inconditionnelle depuis si longtemps et elle sait que cela ne changera jamais.
Au contraire !
Il est le chemin, la vérité et la vie.
Amen !
(Pages 180 (fin) à 193 sur un ouvrage de 222 pages)
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Tous droits réservés Viviane B-Brosse alias Sherry-Yanne
L'ÉTRANGE RÊVE DE LUCILE
ISBN 979-8-85478-762-8
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