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MARYAM PAGES 142 à 180 (incluses)
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MARYAM PAGES 142 à 180 (incluses)
Joseph procède au rite funéraire habituel, et enveloppe la dépouille dans un grand linceul blanc, puis il le place dans un sépulcre neuf, qu’il avait taillé dans le roc, ferme la porte et fait rouler une grande pierre contre celle-ci pour en interdire le passage, afin que Jésus puisse reposer en paix. La mère du défunt et toutes les autres « Marie » s’assoient en face de ce tombeau afin d’honorer celui qui est parti avec les lamentations du deuil.
(Mathieu chapitre 27, extrait des versets 57 à 61, Marc chapitre 15, extrait des versets 42 à 47, Luc chapitre 23, extrait des versets 50 à 56, Jean chapitre 19, extrait des versets 38 à 42).
Les condamnés à mort, n’ont pas le droit d’être ensevelis dans le tombeau de leurs ancêtres, ce qui explique sans doute le fait que Jésus soit déposé dans un tombeau neuf qui n’est pas le sien. Les personnes ayant subi le châtiment suprême, sont enterrés dans une fosse commune, un ossuaire ou sont entassés tous les corps des condamnés non réclamés.
Dans le judaïsme, les prescriptions de deuil ont pour but de rendre hommage au mort et de soutenir les endeuillés. Les rites et coutumes qui s'y rattachent varient en fonction de l'origine culturelle du défunt et du degré d'observance des parents. Certains rites semblent déjà établis, en apprenant la mort supposée de Joseph, Ruben déchire ses habits et Jacob ses vêtements. Les veuves revêtent des habits de deuil, probablement noirs. Le temps du deuil n’est pas défini, pouvant aller de sept jours ou moins, à trente jours. L'endeuillé, pleure, se découvre la tête et les pieds, se revêt d'un sac et de cendre. Certains expriment leur deuil par des complaintes, d'autres se couvrent au contraire les lèvres afin de ne pas profaner pendant leur deuil. Le corps du défunt doit tout d'abord passer par le rituel de purification en préparation aux funérailles. Le corps est entièrement débarrassé de toute poussière, des fluides corporels et d'autres souillures sur la peau. Il est ensuite rituellement purifié. Une fois que cela est fait, le corps est revêtu d’un linceul. Les hommes sont ensuite enveloppés, de préférence dans leur propre châle de prières.
Jésus est inhumé selon les rites funéraires pratiqués à l’époque à Jérusalem. Il a été juif de sa naissance à sa mort. Selon les rites en vigueur à Jérusalem au premier siècle de notre ère, le défunt est enseveli avec aromates, bandelettes, suaire, tombeau. Avant d’être serré dans le linceul, le corps est lavé et oint d’aromates divers. L’usage immédiat est de prévenir la mauvaise odeur du cadavre. Une fois ce rite de la toilette accompli, le cadavre est donc roulé dans un linceul, lié par des bandelettes, jusqu’au menton. Ensuite, le corps est mis soit en terre, soit dans une tombe qui est souvent une cavité naturelle, close par une pierre.
Tous les gestes habituels d’une sépulture juive ne sont pas accomplis en ce qui concerne Jésus car c’est la veille de la Pâque, et comme c’est aussi shabbat, la mise au tombeau doit s’effectuer avant la nuit, plus précisément, avant le coucher du soleil.
Jésus a été crucifié le vendredi et le shabbat débutant le vendredi soir au coucher du soleil pour se finir le samedi soir à la tombée de la nuit, aucun juif religieux, ne manquerait à cette obligation d’honorer ce jour de repos hebdomadaire imposé par Dieu à leurs ancêtres.
Les prêtres, sacrificateurs et pharisiens se rendent auprès de Pilate pour lui demander de surveiller le sépulcre de Jésus, jusqu’au troisième jour, afin d’éviter que les disciples ne viennent dérober le mort et faire croire ainsi qu’il est ressuscité. Pilate, sans doute agacé par leurs revendications, leur répond de se servir de leur propre garde pour le faire. Alors ils se rendent tous vers le sépulcre de Jésus, scellent la pierre qui est posée devant la porte et rajoute une garde qui fait des rondes jour et nuit.
(Mathieu chapitre 24, extrait des versets 62 à 66).
Maryam observe les commandements de la loi juive et elle a rejoint les femmes de la famille de Jésus, pour respecter le shabbat, se promettant de revenir, dès que possible avec du parfum et des aromates, comme l’ont prévu les autres « Marie » afin de les déposer vers le tombeau de Jésus.
Le lendemain du shabbat, qui est un dimanche, le premier jour de la semaine, pour la société judaïque, Marie de Magdala et une autre Marie, mère de Jacques, ainsi que Jeanne femme (et sans doute veuve) de Chouza, intendant d’Hérode, accompagnées d’autres femmes, s’approchent du sépulcre avec leurs divers plantes aromatiques, lorsque un grand tremblement de terre, les fait vaciller. A ce moment, elles voient un ange descendre du ciel et faire rouler la pierre tombale, avant de s’asseoir dessus. Son aspect est lumineux, presque translucide et son vêtement est blanc comme la neige. A cette vue les gardiens du Sanhédrin se mettent à trembler comme des feuilles et se figent, littéralement tétanisés par cette apparition. Les femmes sont inquiètes mais l’ange leur dit de ne pas avoir peur puisque Jésus le crucifié, qu’elles viennent honorer, n'est plus dans ce tombeau, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Il les fait entrer pour leur montrer que l’emplacement est effectivement vide.
- « Allez dire à ses disciples qu’il est ressuscité d’entre les morts. Il s’en va devant vous en Galilée, et vous le verrez comme je vous le dit ».
Les femmes sortent promptement du sépulcre, ayant en elles un mélange de crainte et d’immense joie, devant la toute-puissance de Dieu qui leur est révélée à cet instant. Elles courent pour aller annoncer la bonne nouvelle aux disciples et elles voient arriver vers elle, Jésus en chair et en os apparemment, qui les salue.
- « N’ayez pas peur, allez vers mes frères, afin qu’ils aillent en Galilée, où ils me verront ».
Les femmes se dépêchent de porter cette grande nouvelle aux onze restant, le douzième s’étant pendu pris de remords d’avoir « vendu » son ami. Sur la route, elles voient les hommes de la garde, s’empresser d’aller rapporter aux membres du Sanhédrin, ce qui vient d’arriver, qu’ils ont constaté de leurs propres yeux et de leurs propres oreilles.
Bien évidemment, ces nouveaux faits mettent les prêtres et les pharisiens dans une grande rage et ils soudoient les soldats avec une forte somme d’argent, pour aller raconter dans la ville, que ce sont les disciples qui sont venus pendant la nuit et ont dérobé le cadavre, pendant que la garde s’était assoupie au lieu de veiller au grain. Ils tiendront le même discours au gouverneur. Les soldats, ne voyant que l’intérêt financier immédiat, obtempèrent et propagent la rumeur de la profanation de la sépulture et du vol du corps par les fidèles de Jésus.
Lorsque les femmes arrivent vers les disciples, dans un état survolté, pour leur apprendre la miraculeuse résurrection de Jésus, mais ceux -ci les regardent comme si elles débitaient des contes à dormir debout, des histoires de « bonnes femmes », et refusent de les croire. Simon-Pierre et Jean courent au lieu de la sépulture, et regardant à l’intérieur du sépulcre, ils ne voient plus que des linges, linceul et bandelettes à terre. Le suaire qui avait été sur la tête de Jésus, est quant à lui plié à part. Étonnés de constater que les femmes avaient raison, les deux amis retournent chez eux, perplexes.
Pendant ce temps, deux autres disciples sont sur la route d’Emmaüs. La ville d’Emmaüs est située à environ trente kilomètres à l'ouest de Jérusalem, à la frontière entre les monts de Judée et la vallée d'Ayalon, près de l'endroit où la route menant de Jaffa à Jérusalem, se divise en deux. Pris dans leur conversation sur les évènements récents, ils ne voient pas un homme s’approcher et marcher avec eux. Ils ne font pas attention à lui et ne le reconnaissent pas.
- « Pourquoi, êtes-vous si tristes, et pourquoi des discours aussi sombres ? ».
L’un des deux, nommé Clopas ou Cléophas (peut-être l’époux d’une des Marie et le père de Jacques le Mineur et de Joset) se tourne vers lui d’un air incrédule.
- « Est-ce que tu séjournes tous seul à Jérusalem, que tu ne saches pas les choses qui y sont arrivées, ces jours-ci ? Jésus le nazaréen était un prophète puissant, œuvrant pour la parole de Dieu et les sacrificateurs, ainsi que nos chefs, l’ont condamné à mort et crucifié. Nous espérions qu’il était celui qui doit délivrer Israël mais c’est aujourd’hui le troisième jour depuis que ces choses sont arrivés. Des femmes de notre communauté, ayant été au sépulcre, n’ont pas vu son corps, mais ont affirmé avoir eu une vision d’un ange qui leur disait qu’il était vivant. Certains parmi nous sont allés au tombeau, et ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dites, mais pour lui, ils ne l’ont point vu ».
Alors cet inconnu se met à leur parler des écritures pendant le reste de la route. Le soir venu, ils lui proposent de rester avec eux et de partager leur repas. Lorsque l’homme se met à bénir le pain et à le rompre, ils le reconnaissent alors, mais lui devient invisible et les quitte à cet instant.
Plus tard les disciples se retrouvent en Galilée et se réunissent dans un local fermé, par crainte de représailles des juifs, lorsque Jésus apparait au milieu d’eux. L’ayant vu, ils lui rendent hommage, mais certains parmi eux, doutent encore. Alors Jésus s’approche d’eux et leur montre les plaies sur ses mains, ses pieds et son flanc. Or Thomas l’un d’entre eux, dénommé aussi didyme ce qui veut dire jumeau, n’était pas là à ce moment-là et lorsqu’il revient, il refuse de croire les propos des autres disciples. Huit jours plus tard, les disciples sont de nouveau réunis et Thomas est présent, lorsque Jésus revient les voir. Il reprend Thomas sur son incrédulité en lui faisant toucher ses blessures puis il le sermonne.
- « Parce que tu m’as vu, tu as cru, bienheureux sont ceux qui n’ont point vu et qui ont cru ».
Jésus se manifeste encore aux disciples près de la mer de Tibériade puis il les réunit une dernière fois et leur parle fermement, car sa présence visible est désormais comptée.
- « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, et faites disciples, toutes les nations, les baptisant pour le nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et leur enseignant toutes les choses que je vous ai commandées. Et voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles. Allez dans le monde, et prêchez l’évangile à toute la création. Celui qui aura cru, et qui aura été baptisé sera sauvé, et celui qui n’aura pas cru sera condamné. Et ce sont ici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru. En mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues et ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci se porteront bien ».
Jésus, après leur avoir parlé, les accompagne jusqu’à Béthanie, puis il s’élève dans le ciel et les apôtres retournent à Jérusalem. Ils savent qu’ils partiront bientôt évangéliser la terre entière, s’éparpillant dans plusieurs nations, afin de prêcher la bonne nouvelle, et d’opérer des miracles au nom du Seigneur.
(Mathieu chapitre 28, extrait des versets 1 à 20, Marc chapitre 16, extrait des versets 1 à 20, Luc chapitre 24, extrait des versets 1 à 53, Jean chapitre 20, extrait des versets 1 à 31 et chapitre 21, extrait des versets 1 à 23).
Maryam est abasourdie par ce prodige. Elle était là quand les « Marie » et les autres femmes ont découvert le tombeau vide. Elle a entendu les paroles de l’ange et son cœur est bouleversé par l’émotion de savoir son « maître » ressuscité d’entre les morts, de réaliser que la prophétie s’est accomplie et que celui-ci était bien le fils de Dieu. Elle a conscience qu’à son tour, il lui faudra continuer à parcourir les chemins et les contrées pour révéler la parole du Christ à tous et pour témoigner de la véracité des faits entourant le mystère de la vie et de la mort de Jésus.
Les disciples ont vu Jésus s’élever au ciel après avoir donné par l’Esprit Saint, des ordres aux apôtres qu'il a choisis, en se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu. Pendant qu’il se trouvait avec eux, il leur a recommandé de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre ce que le Père avait promis, car Jean a baptisé d'eau, mais qu’eux seraient baptisés du Saint-Esprit. Ils recevraient une puissance, un consolateur, qui serait le Saint-Esprit survenant sur eux, et à partir de ce moment, tous devraient être ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. Après avoir dit cela, il a été élevé au ciel pendant qu'ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu'il s'en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparaissent en disant :
- « Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel ».
Alors ils retournent vers la montagne appelée des oliviers, qui est près de Jérusalem. Quand ils sont arrivés dans la maison où ils se rencontrent secrètement, ils montent dans la chambre haute où ils ont l’habitude de se réunir. Il y a Simon-Pierre qui désormais sera connu sous le prénom de Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélemy, Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, Simon le Zélote, et Jude, fils de Jacques (le Juste mais il y a sans doute confusion à son sujet). Tous d'un commun accord font le choix de persévérer dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus.
(Actes des Apôtres, chapitre 1, extrait des versets 1 à 14).
Le jour de la Pentecôte arrive et tous les disciples sont de nouveau ensemble dans le même lieu.
A l'origine, la Pentecôte est une fête agricole devenue une fête religieuse, exactement comme la Paque juive. Elle porte le nom de Shavouot (ou Chavouot) qui a lieu sept semaines après la Pâque. On l'appelle aussi la fête des prémices, Pâque étant la fête des semences. Puis, dans un second temps, les Hébreux ont donné un sens religieux à cette fête agricole. Pentecôte célèbre alors le don de la Torah. La Torah est considérée comme un livre saint que Dieu a donné à son peuple.
Tout à coup un bruit venu du ciel se fait entendre comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparaissent, séparées les unes des autres, et se posent sur chacun d'eux. Et ils sont tous remplis du Saint-Esprit, et se mettent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. Or, il y a en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel. En entendant ce bruit violent, une foule est accourue vers le local où sont rassemblés les douze apôtres, ainsi que tous les disciples, hommes et femmes réunis côte à côte. Ces gens sont stupéfaits parce qu’ils les entendent parler, chacun dans sa propre langue, qu’ils soient parthes, mèdes, élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l'Asie, la Phrygie, la Pamphylie, l'Egypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, juifs et prosélytes, crétois et arabes.
(Actes des Apôtres, chapitre 2, extrait des versets 1 à 11).
Chacun des apôtres, ainsi que les hommes et les femmes, ayant décidé de consacrer leur existence, à propager la bonne nouvelle de la vie éternelle, en passant par Jésus-Christ, sait qu’il va devoir partir et que le reste de sa vie sera sans doute parsemé d’obstacles et d’embûches dangereux mais ils sont tous prêts à prendre le risque et à mourir pour servir la gloire de Dieu, à travers son fils messager divin.
Parmi tous ses disciples, Jésus en a choisi volontairement douze pour être ses apôtres, symbolisant ainsi les douze tribus d’Israël, lorsque Dieu scella son alliance avec Jacob, lui disant que dorénavant il se nommerait Israël et que ses douze fils formeraient les douze tribus d’Israël. Ces douze apôtres représentent la nouvelle alliance que Dieu établit avec les hommes, avant de rassembler son peuple à la fin des temps.
De plus, il en a envoyé soixante-dix autres pour aller prêcher la bonne nouvelle en son nom, cette expression donnant naissance au terme évangéliser. Ces soixante-dix disciples sont devenus évêques d’une ville, lorsque la philosophie nouvelle enseignée par Jésus, considérée comme une secte au départ par les juifs et les romains, est devenue officiellement une religion se définissant comme chrétienne, en référence au Christ, ce qui signifie l’oint du Seigneur.
Les douze apôtres sont donc par ordre de priorité et de rang, Pierre autrefois prénommé Simon (frère d’André), André, (frère dudit Pierre), dit « le Protoclet » (ce qui signifie « premier appelé » sous-entendu par le Seigneur), Jacques le Majeur (frère de Jean l’évangéliste), Jean (frère de Jacques le Majeur), tous deux fils de Zébédée, Philippe, Barthélemy (autrefois Nathanaël), Thomas, Mathieu (autrefois Lévi), Jacques le Mineur fils d’Alphée (ou de Clopas), Jude appelé aussi Thaddée, (peut-être frère de Jacques le Juste et de Simon le Zélote), Simon le cananéen dénommé aussi le Zélote (peut-être frère de Jacques le Juste et de Jude Thaddée), Judas Iscariote, remplacé par Mathias après la trahison et le suicide dudit Judas.
Après la résurrection de Jésus, les Douze, ne se retrouvant plus que onze, suite à la mort de Judas, décident de tirer au sort, lequel parmi tous les disciples restant, sera le nouveau douzième apôtre. C’est ainsi que Mathias est choisi.[1]
Lorsqu’ils sont avec d’autres disciples, illuminés par le don de l’Esprit Saint, lors de la Pentecôte, ils décident de se disperser dans la contrée, tout en revenant dans un premier temps, régulièrement à Jérusalem, pour rendre compte de leur mission.[2]
Après l’évènement de Pentecôte, Maryam a compris que leurs routes allaient se séparer et elle s’apprête à choisir sa propre destinée, pour aller porter la « bonne nouvelle » à ceux dont le cœur sera disposé à l’entendre. Etant habituée à vivre au milieu des autres femmes, elle verra où celles-ci décideront d’aller, sinon elle suivra Pierre, qui lui paraît être le nouveau chef que son cher rabbi a désigné pour être leur guide spirituel.
Pierre et certains des apôtres font le choix de rester au milieu du peuple juif pour leur enseigner la nouvelle doctrine pleine de promesses du Christ. Les autres, quant à eux se disent qu’il faut faire connaître cette espérance par-delà les frontières de la Judée, de la Galilée et de la Samarie.
La toute première communauté chrétienne est constituée par les anciens compagnons de Jésus, c’est-à-dire les onze apôtres, auquel s’est rajouté Matthias choisi par eux pour remplacer Judas Iscariote, les parents de Jésus récemment gagnés à la nouvelle foi, quelques femmes qui l'ont connu, et des habitants de Jérusalem qui ont adhéré à sa prédication, sans doute moins de cent personnes. Ils forment une communauté particulière au sein du judaïsme, continuant d'en observer fidèlement les prescriptions rituelles, mais y ajoutant des rites spécifiques. Ainsi, chaque semaine, le lendemain du shabbat, ils commémorent la résurrection de Jésus-Christ par une liturgie reprise en partie de la synagogue et qui se finit par la symbolique de la Cène, une action de grâces, reproduisant le dernier repas pascal pris par Jésus avec les Douze avant son arrestation. Par là ils affirment leur croyance que Jésus est bien le Messie qu'Israël attendait et qu'annonçait l'Écriture.
A cette communauté judéo-chrétienne parlant l'hébreu et l'araméen, s'ajoute très rapidement un groupe de Juifs venus de la diaspora, des Juifs palestiniens déjà hellénisés[3] et quelques païens convertis au judaïsme. Parlant grec, qui est alors la langue commune à tout l'Orient méditerranéen, habitués à vivre au milieu des Gentils (non juifs considérés comme païens), ces hellénistes deviennent naturellement les premiers missionnaires chrétiens. Ils s'adressent d'abord aux Juifs, proclamant la bonne nouvelle, dans les synagogues. En butte à la persécution des autorités juives de Jérusalem, ils partent prêcher en Judée, en Samarie, en Phénicie, à Chypre, puis à Antioche de Syrie, alors la plus grande cité du Moyen-Orient.
Maryam est restée dans l’entourage des apôtres, afin de pouvoir honorer les préceptes transmis par Jésus et elle participe aux différentes réunions ou les disciples font part de leur avancée dans la propagation de la doctrine christique. D’autres personnes touchées par la puissance de leur témoignage, cheminent à leur tour vers celui qui est le chemin, la vérité et la vie.
La propagation de la foi du galiléen s’étend sur toute la Judée et dépasse même les frontières de la contrée, et cela déplait de plus en plus au sanhédrin, aux pharisiens, aux sadducéens, et à tous les juifs partisans de la stricte observation de la loi hébraïque. Dans les mois suivants, voire les années, ils se contentent de menacer les adeptes de la nouvelle secte, tout en attendant le faux-pas qui les fera trébucher, et leur permettra de les mettre à mort. Ils sont patients et ne se lassent pas de les observer.
Le moment tant voulu pour exécuter leur plan machiavélique et réaliser leur projet infâme leur est offert, le jour où Etienne, juif helléniste, est choisi avec six autres hommes de bonne réputation, d’Esprit Saint et de sagesse, pour être un des diacres assistant les apôtres, au bénéfice de tous les membres de leur communauté.
Étienne est un érudit qui accomplit des prodiges dans sa mission et qui vient facilement à bout de débats avec les différents représentants des branches religieuses juives. Devant le sanhédrin, on confronte alors celui-ci à des témoins qui l'accusent de quatre blasphèmes, contre Dieu, contre Moïse, contre la Loi et contre le Temple de Jérusalem, lieu saint. Étienne se disculpe de ces accusations en résumant l'histoire d'Israël et en chantant les louanges des quatre motifs litigieux de son accusation. Il est condamné à la lapidation pour blasphème non pas contre le Temple, mais contre Dieu, car il prononce le Nom divin, par définition imprononçable dans la religion juive. En entendant cela, le discours d'Étienne, mettant en œuvre une rhétorique jusque-là difficile à critiquer par le Sanhédrin, change brutalement d'orientation pour s'en prendre violemment à l'ensemble de leur assemblée. Interpellés, ses juges se jettent sur Étienne, le traînent hors les murs de Jérusalem et le lapident, exécution à laquelle Saül assiste comme témoin. Les Actes des Apôtres racontent que Saül, plus tard converti et devenu apôtre sous le nom de Paul, garde les vêtements des meurtriers et approuve alors ce meurtre. La lapidation a officiellement eu lieu au nord de la porte de Damas, mais une tradition locale veut que le supplice se soit déroulé dans une grotte, située en contrebas de la porte des lions, à l’est. (Les deux lieux seront dits « porte de Saint Etienne » plus tard. La date de sa mort se situerait entre 36 et 39 soit trois à six ans après le décès de Jésus-Christ).
Effectivement Saül de Tarse persécute les adeptes de la nouvelle secte avant d’être percuté au cœur suite à une vision sur le chemin de Damas. C’est à ce moment-là que Saül le persécuteur devient Paul le propagateur de ce qu’on appellera bientôt la foi chrétienne.
Il se démarque bientôt dans l’évangélisation chrétienne, et son propre ministère efface petit à petit celui des autres. Pour la postérité, Pierre et Paul deviendront les deux fondateurs et piliers du christianisme.
Pierre est un galiléen, un pêcheur installé à Capharnaüm au bord du lac de Tibériade. Paul est un juif de la diaspora, de Tarse en Asie Mineure, pharisien et citoyen romain. Tous deux ont vu leur vie bouleversée par l'irruption d'un homme qui leur dit: « Suis-moi ». Pierre et Paul seront réunis dans leur confession de foi jusqu'au sang à Rome, puisqu'ils y ont été martyrisés pour leur foi en Jésus.
Paul de Tarse, portant autrefois le nom juif de Saül, est sans doute né au début du premier siècle probablement à Tarse en Cilicie (région située dans l’actuelle Turquie). Vieille d'une histoire de six mille ans, Tarse est un lieu important pour de nombreuses civilisations à travers les siècles, et c’est la capitale de la province romaine de Cilicie.
Juif et citoyen romain de naissance, Saül persécute les disciples de Jésus de Nazareth avant de se revendiquer apôtre de ce dernier, bien qu’il n’appartienne pas au cercle des Douze. Il est issu d’une famille juive et peut rattacher son ascendance généalogique à la tribu de Benjamin. Il porte d’abord un nom hébraïque, Saül avant d’opter pour le prénom romain de Paulus, qui signifie littéralement «petit», «faible», et c’est ainsi qu’il devient pour la postérité, Paul qu’on peut qualifier aussi de treizième apôtre même s’il n’a pas été choisi par Jésus lors de son vivant. Paul connait l’araméen et l’hébreu. Sa langue maternelle est le grec, avec une parfaite maîtrise de la diatribe grecque, ce qui suppose une éducation sérieuse à Tarse. Il est de famille apparemment aisée, puisqu’elle possède le droit de cité romain, ce qui ne l’a pas empêché, selon une pratique assez courante à l’époque dans les familles juives, et en particulier parmi les rabbins, d’apprendre un métier manuel. Il est probablement tisserand ou sellier.
Après son séjour de trois ans en Arabie, Paul rencontre les disciples du Christ. Il veut connaître tout ce que Jésus avait dit sur les routes de la « Palestine », pendant la rencontre de la dernière Cène, lors des apparitions après la résurrection, au matin de la Pentecôte. Dans l'intérêt de l'unité chrétienne, il doit aussi se familiariser avec le culte religieux validant la doctrine chrétienne, tel que le pratique la communauté des disciples de Jérusalem. Arrivé dans cette ville, Paul se retrouve cependant dans une situation difficile, aussi bien avec les Juifs orthodoxes qu’avec les Chrétiens. Tous se méfient de lui et l’évitent le plus possible. Une seule personne finit par apprécier les qualités de Paul. Il s’agit de Barnabé qui est un helléniste né à Chypre et oncle de l'évangéliste Marc, lequel l’accueille dans la maison de la mère de Marc, en même temps que Pierre.
C’est ici que Maryam fait la connaissance dudit Paul et le courant ne passe pas.
Bien au contraire !
Maryam n’apprécie pas particulièrement celui-ci car elle le trouve phallocrate et misogyne, deux qualificatifs qu’elle attribue audit Paul en fonction de son ressenti sur l’attitude qu’il a envers les femmes. Ne les croit-il pas inférieures aux hommes et quelque part ne les méprise t’il pas, voire ne serait-ce pas de la haine, pour une raison qu’elle ne connait pas ? Lorsqu’elle l’entend proclamer que le Christ est le chef de l’homme mais que celui-ci est le chef de la femme, elle voit rouge, quand il insiste en disant que les femmes doivent être soumises à leurs maris, comme l’Église l’est avec le Christ, elle ressent un sentiment de colère. De quel droit se permet-il d’interpréter ce que Jésus-Christ a voulu dire alors qu’il ne l’a jamais rencontré. En effet, elle vient de passer trois ans sur les routes, partageant le quotidien de Jésus, écoutant la profondeur du message divin, ressentant la beauté de son âme, et elle a vu comment il a toujours traité les femmes comme les égales des hommes, les libérant du carcan de la société patriarcale juive, et avec Paul, elle a l’impression de faire trois pas en arrière, après avoir fait un pas en avant, replongeant dans l’abîme des traditions archaïques qui considèrent les femmes comme étant inférieures à leurs alter-égos masculins. De quel droit se permet-il de dire que les femmes doivent se taire dans les assemblées, alors que Jésus les a laissées s’exprimer et qu’il a fait le choix d’apparaitre d’abord à des femmes, lors de sa résurrection, et non pas à des hommes ? Comment Paul et tous ses semblables, ces hommes méprisant les femmes, au point de ne pas les considérer comme des égales, ne pensent-ils pas que l’humanité est constituée pour moitié des femmes, ces femmes qui donnent la vie aux enfants des hommes, et que sans elles, l’humanité s’éteindrait faute de se renouveler ? Elle est pacifique par nature, aimant son prochain, comme le lui a enseigné son cher rabbi, mais une forme de rébellion bout à l’intérieur d’elle, prête à exploser.
Elle sait que d’ores et déjà, elle ne suivra pas le chemin de ce Paul, même s’il est devenu le porte-parole des chrétiens non juifs.
La plupart des adeptes à la nouvelle foi, tout en n’étant pas encore, ce que l’on nomme des convertis, puisqu’ils conservent leurs traditions juives, se regroupent à Antioche pour évangéliser juifs et non-juifs, notamment après la lapidation d’Antoine qui marque le début d’une persécution locale de la part des juifs contre ceux qu’il considèrent comme des traîtres et des blasphémateurs envers la loi de Moïse qui définit le mode de vie des hébreux.
Antioche est l'un des premiers appuis du christianisme naissant. Fondée vers 300 avant Jésus-Christ par un des grands généraux d'Alexandre le Grand, le diadoque Séleucos 1er, cette ville est considérée comme l’un des berceaux du christianisme[4]
D'Antioche, la mission chrétienne va se répandre dans toutes les régions avoisinantes, sous l'impulsion de Barnabé, puis de Paul qui fait pénétrer la nouvelle religion jusque dans l'Occident romain, à Chypre, en Asie Mineure, en Phrygie, en Galatie, puis en Grèce. Paul prend, en quelque sorte, le relais des hellénistes et se fait le champion d'un christianisme affranchi des prescriptions judaïques qu'il juge obsolètes et nuisibles à sa propagation. Les païens convertis ne sont plus soumis à certaines observances de la Loi de Moïse, la circoncision, des interdits alimentaires, mais ils doivent s'abstenir des viandes immolées aux idoles comme des unions illégitimes.
Les premières communautés, qui ne se définissent pas encore comme chrétiennes, sont fondées par plusieurs disciples de Jésus, en particulier dans les villes de Rome, Éphèse, Antioche, Alexandrie mais aussi en Perse et en Éthiopie. Ils se qualifient de « galiléens » et non pas de « chrétiens ». Ce sont les premiers juifs de Jérusalem qui ont reconnu le Messie en Jésus de Nazareth. La communauté de Jérusalem est dirigée d'abord par Pierre jusqu'en l’an 44 puis par Jacques le Juste, « frère du Seigneur », jusqu'en l’an 62. Les premières prédications se fondent sur une proclamation de foi.
- « Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, il est ressuscité, et celui qui parle en rend témoignage personnellement, il appelle à la conversion ».
Maryam a suivi les disciples dans leur exil et se retrouve à Antioche, mais elle ne sait pas encore si elle va rester ici ou partir à la conquête d’autres rivages à évangéliser. Elle hésite encore sur la décision à prendre.
Elle est repartie quelques jours en Galilée, dans son village d’origine, afin de réfléchir et de se projeter dans l’avenir. Perdue dans ses pensées, elle a marché jusqu’à l’endroit où elle avait rencontré son cher Jésus pour la première fois.
Assise au bord du Jourdain, elle éprouve une sensation bizarre de lourdeur, à laquelle elle ne peut pas résister. Elle s’effondre sur le sol et ses paupières se ferment malgré elle. A ce moment un voile se déchire devant elle et des scènes de vie se déroulent sous ses yeux. Dans sa vision surnaturelle, elle voit l’avenir des apôtres et leur mort glorieuse au service de Jésus, raconté sous forme de chapitres animés. Elle va aussi visionner la destinée des saintes femmes, ainsi que la sienne et les conditions de son décès tragique, mais elle ressent à l’intérieur d’elle que cette révélation funeste ne l’empêchera pas d’accomplir ce qui doit l’être et qu’elle ira jusqu’au bout de son destin, au nom de celui à qui elle a choisi de consacrer sa vie entière.
Elle aperçoit dans un premier temps le roi Hérode. Celui-ci va décider de faire emprisonner certains membres de l'Église pour les maltraiter, pour ne pas dire torturer avant de les achever de manière cruelle. Il fera tuer Jacques, frère de Jean, par l'épée, et voyant que cela plaira aux Juifs, il ordonnera également l’arrestation de Pierre, mais ce dernier, partira pour Antioche, échappant provisoirement à son funeste destin.
Jacques l'aîné dit le Majeur, fils de Zébédée et de Marie Salomé, sera décapité par Hérode en l’an 44 de l’ère chrétienne. Il sera le premier des Douze à devenir martyr.
Puis elle voit Simon-Pierre, à Antioche où il a établi une communauté. Il n'est pas resté longtemps, mais il est souvent considéré comme le premier évêque d'Antioche. Ensuite il lui semble qu’il visite Corinthe avant de partir pour Rome. Là, il va aider à former la communauté chrétienne jusqu'à ce qu'il soit martyrisé à son tour, crucifié à l'envers dans le cirque de Néron vers l’an 64 après Jésus-Christ, à Rome.
C’est au tour d’André, frère de Simon-Pierre qui lui va mourir en martyr à Achaïe, en Grèce, dans le village de Patras. Il sera condamné à mourir sur la croix, mais comme il ne se considèrera pas digne de mourir de la même manière que Jésus comme son frère Pierre, il sera crucifié sur une croix en forme de X, (qui deviendra la croix de Saint-André et l'un des symboles apostoliques). Son martyre aura lieu le 30 novembre de l’an 63 sous l'empire du cruel Néron.
Ensuite, c’est Jean, frère de Jacques le Majeur et fils de Zébédée et Marie Salomé qui apparaît sur l’immense « toile à ciel ouvert ». Il est le plus jeune des disciples. Elle le voit prêcher parmi les églises d'Asie Mineure, puis il sera banni et envoyé sur l'île de Patmos. Il sera le seul des apôtres à ne pas mourir en martyr, malgré le traitement odieux subi. En effet, il sera immergé dans un bain d’huile bouillante à Rome, puis condamné aux mines à Patmos, où il rédigera l’Apocalypse. Finalement Il décédera de vieillesse à Éphèse (en Turquie actuellement) tout comme Marie la mère de Jésus. (avant sa dormition pour les orthodoxes et assomption pour les catholiques, c’est-à-dire son élévation au ciel, corps et âme).
Maryam, aperçoit aussi Marie la mère de Jésus, appuyée sur le bras de Jean, mais elle a du mal à comprendre le sens de sa vision. Il lui semble que Marie va mourir à Éphèse, dans la maison de son fils adoptif Jean, mais des images de Jérusalem lui apparaissent, et elle se demande si en fin de compte elle ne serait pas restée ou revenue à Jérusalem pour y rendre son âme à Dieu.[5]
Maintenant c’est Matthieu, autrefois Lévi, fils d'Alphée (ou de Cléopas), ancien publicain et collecteur d'impôts à Capharnaüm. Il va prêcher pendant une quinzaine d’année en Judée, où il écrira (ou dictera) son évangile vers l'an 80. Il lui semble qu’il va aussi aller en Éthiopie où il sera martyrisé. Mais il pourrait aussi être mort à Hiérapolis. En tout cas, elle voit nettement qu’il va mourir par l’épée. La cité antique de Hiérapolis en Phrygie atteste du rayonnement de la présence hellénistique (grecque), puis romaine en Asie Mineure. (Hiérapolis est située dans la Turquie actuelle).
Puis, elle découvre le sort de Jacques le Juste, aussi déclaré « frère du Seigneur » (qui sera confondu plus tard par l’église catholique romaine avec Jacques, dit le Mineur fils d’Alphée (ou de Clopas), contrairement aux églises orthodoxe et protestante qui dissocient les deux personnages). Après que les apôtres se soient dispersés et aient quitté Jérusalem, Jacques est resté et est devenu le premier évêque de la ville sainte. Il va y rester plusieurs décennies jusqu'à ce qu'il soit d’abord jeté du promontoire sud-est du Temple, haut de trente mètres, puis comme il survivra malgré tout, il sera lapidé à mort sur ordre des autorités juives en l'an 62 après Jésus-Christ.
Malheureusement, elle ne sait pas ce qui va arriver à Jacques le Mineur fils d’Aphée (ou Clopas) car l’image est confuse et les trois églises issues de la doctrine chrétienne ne seront pas d’accord sur l’identité définie des « Jacques » qu’ils soient dits fils d’Alphée, le Mineur ou le Juste.
L’image suivante révèle le sort de Philippe. Elle voit que Philippe va prêcher dans les régions de Phrygie, (aujourd'hui en Turquie), et de Scythie, (aujourd'hui en Moldavie). Il sera martyrisé à Hiérapolis en Phrygie, ou il va mourir lapidé et crucifié la tête en bas.
Voilà que maintenant elle distingue Thomas l’incrédule, dont le nom signifie «jumeau» en araméen. Thomas va choisir d’évangéliser l'Orient. Il aura une grande importance en Syrie et en Inde. C’est d’ailleurs en Inde qu’il va former une première communauté chrétienne, qui comprendra en son sein, des membres de la famille royale. C’est aussi en Inde qu’il va subir d’horribles tortures, avant d’être tué, transpercé par une lance.
Barthélemy, autrefois Nathanaël, apparait devant les yeux de Maryam. Lui sera missionnaire en Arménie et aussi en Phrygie et Hiérapolis avec Philippe. Il ira aussi en Arabie et en Mésopotamie. Son martyre et sa mort seront horribles. Il sera flagellé, écorché vif avec des couteaux, crucifié puis décapité.
Maryam est paralysée par l’émotion mais elle ne peut pas faire autrement, que regarder, l’avenir qui lui est dévoilé concernant la destinée de ceux qui auront été ses compagnons de route pendant trois années. Maintenant, c’est la vision de Judas Thaddeus ou Jude Thaddée. Elle voit qu’il va partir prêcher en Mésopotamie, en Arabie, en Assyrie et en Perse, où il va mourir en martyr lui-aussi.[6]
Les images continuent à défiler et c’est désormais, Simon, le zélote qui surgit devant son regard anéanti par la douleur. Simon est dit le Cananéen ou le Zélote pour le différencier de Pierre, dont le prénom originel est aussi Simon.
Sa vision est troublée car son destin est tortueux. Elle le voit parcourir de nombreuses contrées, dont la Perse, l’Egypte et les Berbères. Il va subir le martyr comme les autres et le pauvre mourra découpé à la scie.[7]
Le dernier apôtre apparait enfin devant ses yeux fermés d’où coulent des larmes de tristesse, et c’est celui qui a remplacé Judas l’Iscariote, par tirage au sort, en l’occurrence, Matthias. Celui-ci va fonder une église en Cappadoce (région historique de Turquie située au centre de celle-ci et à l'est de la péninsule anatolienne) et il va servir les chrétiens sur les rives de la mer Caspienne. Il sera décapité à la hache à Colchis, par les nombreux païens qui habitent dans cette région. Colchis est un ancien État, un royaume, puis une région géorgienne, qui a joué un rôle important dans la formation de la culture ethnique du peuple géorgien. La Géorgie est un pays sur la côte est de la mer Noire dans le Caucase, situé à la fois en Europe de l'Est et en Asie de l'Ouest. Elle est considérée comme faisant partie de l'Europe.
Maryam ressent la douleur dans son cœur, mais la vision ne s’arrête pas et rien ne lui est épargné. Il lui est montré tout ce qui va arriver dans le futur, tant aux apôtres, qu’aux principaux disciples et premiers témoins du Christ.
Même si elle n’apprécie pas Paul car elle n’est pas d’accord avec son interprétation de la philosophie christique, elle est chagrinée de constater que lui aussi tombera en martyr de la foi. Il sera sans doute victime parmi tous les autres, de la répression collective contre les chrétiens de Rome, accusés d'avoir incendié la ville en l’an 64 de l’ère chrétienne. Il va mourir en l’an 67 ou 68, sous le règne de l'empereur Néron. Entretemps, Paul va continuer ses activités missionnaires. Il sera emprisonné plusieurs fois, puis relâché, avant d’être de nouveau arrêté et ramené à Rome pour y être jugé. Après sa condamnation, Paul sera conduit à la sortie de Rome, sur la Via Ostiense, pour y être décapité. Outre l’évangéliste Luc et Tite, il sera entouré par des convertis issus de la maison impériale. Dans sa vision, elle le voit se tourner vers l'orient pour prier longuement, récitant une prière en hébreu pour être en communion avec les Patriarches. Puis il tendra son cou au bourreau, sans prononcer un seul mot.
Quant à celles que l’histoire retiendra sous le nom des saintes femmes, car elles ont été les premières disciples féminines de Jésus, leur statut d’amies de Jésus n’est guère plus enviable dans la société d’alors. Elles resteront toutes fidèles au Galiléen et porteront sa parole par-delà les lointaines contrées.
Maryam les voit fuyant la Palestine, suite à des persécutions de la part de païens. Quatorze ans après la crucifixion, des païens vont jeter Marie, Marthe, Lazare, le trio fraternel de Béthanie, Marie Jacobé, Marie Salomé et Marie Magdala (ou Marie Madeleine) ainsi que d’autres chrétiens nommés Maximin, Sidoine l'aveugle qui deviendra saint Restitut, Manille, suivante de Marthe et Cedonius, sur un bateau sans gouvernail dans la mer Méditerranée afin de les vouer à la mort. Cependant, par miracle, le bateau va s’échouer à Marseille, où Marie Madeleine évangélisera la région avant de passer les trente dernières années de sa vie en prière dans une grotte.[8]
A la suite de l'exil de Palestine en Camargue des saintes femmes, elle se rend compte de leur contribution à l'annonce de la Bonne-Nouvelle au monde entier, et cette mission d’évangélisation permettra de reconnaitre leur ministère de prédication à part entière.
Mais le pire l’attend, celui qui va la toucher dans sa propre chair.
En effet, il lui est impossible de se relever, car les différentes images continuent de tournoyer devant ses yeux stupéfaits, anéantissant en elle, toute volonté de faire le moindre mouvement.
L’image qui se déroule devant ses yeux la laisse interloquée car c’est elle, qu’elle voit en face d’elle, comme son reflet dans un miroir.
Elle distingue Pierre, donc elle va le suivre dans son périple, par habitude sans doute, comme autrefois lorsqu’elle suivait Jésus sur tous les chemins de la Galilée, Judée, Samarie, en compagnie dudit Pierre et des autres. Ensuite elle voit que plusieurs chrétiens dont Pierre et elle-même embarquent dans un bateau en direction de Rome, en Italie.
A ce moment-là, elle reçoit dans son esprit comme une sorte de révélation, concernant le devenir de leur toute récente communauté de disciples convertis à la doctrine de Jésus. Elle réalise que c’est avec l’exode de ces juifs dits messianiques (comme les autres juifs les nommaient avant que les païens ne les dénomment chrétiens), que va commencer l'histoire du judéo-christianisme, puis du christianisme, tel que tout le monde le connaîtra plus tard. Les premières communautés, seront fondées par plusieurs disciples de Jésus, en particulier dans les villes de Rome, Éphèse, Antioche, Alexandrie mais aussi en Perse et en Éthiopie. Elle sait déjà que dans un premier temps, l'enseignement de Jésus n'est transmis qu'au sein de la communauté juive, mais elle voit les images qui lui apprennent qu’à la suite de difficultés avec les responsables des synagogues, l'enseignement s'orientera vers les non-juifs, les païens, aussi appelés les «Gentils». Parmi ceux-ci, beaucoup ne voudront pas franchir le pas de la conversion, car ils n’ont pas envie d’être soumis à la loi hébraïque et notamment au rite de la circoncision. Elle voit les anciens en débattre lors d’une réunion à Jérusalem qui se tiendra vers l’an 50, réunion qui sera appelée rétrospectivement « concile de Jérusalem ». Il y est entériné que les prosélytes « chrétiens » n'auront pas à passer d'abord par une conversion au judaïsme. Pierre sera présent lors de ce concile décisif. La communauté chrétienne de Jérusalem sera ébranlée par la perte de son chef en l’an 62. Jacques premier évêque de Jérusalem sera en effet arrêté et exécuté sur ordre du grand prêtre Hanan ben Hanan, beau-frère de Joseph Caïphe, qui assume alors la réalité du pouvoir après le décès du procurateur romain. Cet événement précèdera de peu la première guerre judéo-romaine ce qui aura pour conséquence la fuite d'une partie des chrétiens en l’an 67, et sans doute, le massacre de ceux qui seront restés lors du sac de Jérusalem par les Romains en l’an 70 de l’ère chrétienne.
[1] Si on tient compte de la tradition rapportée par Haymon d’Auxerre au neuvième siècle, ainsi que celle transmise dans la légende dorée écrite au treizième siècle par Jacques de Voragine, il s’est transmis de génération en génération, la notion de la Sainte Parenté. Anne, mère de Marie et grand-mère maternelle de Jésus, aurait été mariée trois fois, d’abord avec Joachim le père de Marie, puis avec Cléophas, le frère de Joseph (époux de sa fille Marie) avec qui elle a eu Marie Jacobé, épouse d’Alphée (ou Clopas selon les écrits, par confusion avec son père Cléophas ?) et mère de Jacques le Mineur, Joset dit Joseph le juste (Joseph Barsabas), Simon le Zélote et Jude Thaddée, (pourtant ces deux derniers ne sont pas mentionnés dans les évangiles et sont dits frères de Jésus), et enfin en troisièmes noces avec Salomas ou Salomé, et leur fille Marie Salomé, épouse de Zébédée est la mère de Jacques le Majeur et Jean l’évangéliste. Il y a pourtant des divergences dans les traditions orientales et occidentales, concernant Simon le Zélote considéré comme le frère de Jésus, et pour Jude qui pourrait être soit le frère de Jésus, soit le fils de Jacques le Juste (frère de Jésus) et non pas son frère, soit le fils de Marie Jacobé, et donc le cousin germain de Jésus. De plus si Lévi devenu Mathieu, est fils d’Alphée, il est potentiellement le fils de Marie Jacobé, et de ce fait, lui aussi cousin germain de Jésus-Christ. Quoiqu’il en soit, parmi les apôtres choisis par Jésus, beaucoup font partie de sa famille (ou de son cercle familial) et sont soit des frères, soit des cousins. Lors du tirage au sort effectué pour remplacer Judas l’Iscariote, Joseph Barsabas était dans la liste mais c’est finalement Mathias qui a été tiré au sort pour être le douzième apôtre. Pour résumer, Jacques le Majeur et Jean l’évangéliste sont des cousins germains de Jésus par leur mère Marie Salomé, ainsi que Jacques le Mineur (et sans doute aussi Levi-Mathieu) par leur mère Marie Jacobé. Simon le Zélote et Jude Thaddée sont soit des frères utérins, soit des cousins germains (s’ils sont en fait les fils de Marie Jacobé), ce qui représente en tout, au moins six apôtres sur les douze, et si Joseph Barsabas avait été tiré au sort, cela en aurait fait sept sur douze. L’ensemble de cette postérité est appelée la Sainte Parenté, en opposition à la Sainte Famille. A Titre informatif, le deuxième « évêque » de Jérusalem, après Jacques le Juste (considéré comme étant le frère de Jésus), sera Siméon, fils de Clopas. Serait-il lui aussi un fils de Marie Jacobé et un frère de ceux déjà cités ? Ce n’est que simple supposition et il est difficile de s’y retrouver dans ce sac de nœuds familial.
[2] ) L’unicité de ce groupe va durer onze années mais lorsque Jacques , le frère de Jean est mis à mort par Hérode Agrippa 1er, en l’an quarante-quatre, le groupe ne se renouvelle pas.
[3] Les hellénistes sont un groupe de Judéens proches de la culture grecque du premier siècle à Jérusalem, ils sont mentionnés au moment de l'Église primitive (celle de Jérusalem selon les Actes des Apôtres) constitué de Judéens de langue grecque, mais résidant en Judée, qui lisaient donc la Torah et autres écrits bibliques dans la version de la Septante. La Septante est un ensemble de livres de la Bible hébraïque rédigés en grec koinè. Le judaïsme rabbinique n'a pas adopté la Septante, choisissant plutôt le texte hébreu et des traductions grecques ou araméennes (Targoum) plus proches selon leurs autorités dudit texte. Selon une tradition rapportée dans la Lettre d'Aristée, la traduction de la Torah en grec, aurait été réalisée par soixante-douze (72) traducteurs, ce qui se disait autrefois septante-deux, d'où le nom de Septante.
[4] Cette ville est évangélisée d'abord par des chrétiens de Jérusalem dispersés par la persécution qui suivit la mort d'Étienne. Une communauté de fidèles du Christ s'y développe dès les premières années du christianisme et, selon les Actes des Apôtres (chapitre 11, verset 26), c'est dans ce lieu que les disciples de Jésus reçoivent pour la première fois le nom de «chrétiens» vraisemblablement un sobriquet dont les affublèrent les païens. Ils sont alors considérés comme une secte messianique parmi d'autres. Antioche devint ainsi le centre du christianisme des non-juifs par opposition à Jérusalem, qui reste le centre des chrétiens d'origine juive et le foyer de l'expansion du christianisme en Orient, aussi bien vers la Cilicie ou l'Asie que vers la Syrie et la Mésopotamie. Paul s’y est établi plusieurs années, avant de partir évangéliser toute l’Asie mineure. C’est dans cette ville que Pierre l’a rejoint. Le disciple y aurait fondé l’Eglise d’Antioche, et serait devenu le premier responsable de la population chrétienne établie dans cette ville.
[5] Sur le lieu de la mort de la mère de Jésus, une tradition considère que Marie serait morte à Jérusalem et son tombeau localisé dans la vallée du Cédron. Tandis qu’une autre affirme que la Vierge Marie serait morte à Éphèse auprès de saint Jean. Cette hypothèse s’appuie sur un évangile apocryphe du quatrième siècle, « Le livre de Jean », qui avance que la mère de Jésus serait morte à Éphèse. Il faut noter également que c’est dans la ville d’Éphèse que le troisième Concile œcuménique a proclamé, en l’an 431, la maternité divine de Marie. Et suite à une mauvaise interprétation de ce concile, certains ont pu soutenir que Marie habitait à Éphèse. Toujours est-il que c’est à Jérusalem, où se trouvait une église de la Dormition, que l’on commence à célébrer, à partir du sixième siècle, le jour de l’entrée de Marie au ciel. On fêtait la «Dormition», c’est-à-dire le «sommeil» de la Vierge et l’élévation de l’âme seule : entourée par les apôtres en prière, Marie est emmenée au paradis par le Christ. C’est l’empereur de Constantinople, Maurice (582-603), qui imposera plus tard la date du 15 août pour la fête de la Dormition.
[6] Selon la tradition orientale, Judas Thaddeus ou Jude Thaddée serait mort dans la région du Liban actuel, tandis que pour la tradition occidentale, telle qu'elle apparaît dans le martyrologe romain depuis le huitième siècle, il a évangélisé la Mésopotamie, puis a retrouvé Simon le Cananéen (ou le Zélote) et a prêché pendant plusieurs années en Perse, y compris la région de l'Arménie actuelle, pour être finalement martyrisé dans l'Iran actuel vers l’an 62 après Jésus-Christ.
[7] Les Abyssins rapportent qu'il a subi la crucifixion en tant qu'évêque de Jérusalem, après avoir prêché l'Évangile en Samarie. il a même été mentionné qu'ils ont atteint la Grande-Bretagne ; selon les Grecs, il aurait prêché sur la mer Noire, en Égypte, en Afrique du Nord et en Grande-Bretagne. Il est aussi dit qu'il a voyagé au Moyen-Orient et en Afrique. Les chrétiens éthiopiens soulignent qu'il a été martyrisé en Samarie. Mais ils le placent également en Perse, dans le Caucase, à Odessa et même en Grande-Bretagne romaine.
[8] La légende raconte qu’à chaque heure canoniale, les anges viennent la chercher pour l'élever au ciel afin qu'elle puisse y entendre leurs chants. Ce lieu du ravissement de Marie Madeleine est devenu plus tard le sanctuaire de la Sainte-Baume.
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(Pages 142 à 180 sur un ouvrage de 222 pages)
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Tous droits réservés Viviane B-Brosse alias Sherry-Yanne
L'ÉTRANGE RÊVE DE LUCILE
ISBN 979-8-85478-762-8
Copyright 00067596-7
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Date de dernière mise à jour : 2026-03-28
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