Elisa
Six mois plus tôt
Nathan aurait-il enfin compris et accepté l’idée qu’il était alcoolique, au lieu de rester dans le déni, comme il le fait depuis tant d’années, et notamment depuis son divorce d’avec Melinda, ou n’est ce qu’une brève accalmie, avant de replonger de plus belle dans le piège de sa séductrice ennemie ?
Elisa reste dubitative.
« Comme on connaît les saints, on les honore » !
Elle espère toutefois que ce sera la fin du cauchemar pour toute la famille.
En effet, la dépendance à l’alcool, tout comme celle de la drogue, est un fléau, non seulement pour celui qui en est la victime consentante mais aussi pour tout son entourage et particulièrement la famille. L’idée du consentement est sans doute incorrect, car une fois que l’intoxication a pris possession d’un individu, celui-ci est incapable de résister, à la tentation, dès lors qu’il se retrouve en état de manque.
Vu de l’extérieur les gens ne voient qu’un ivrogne, un de ces poivrots, qui errent dans les rues, mendiant au coin d’un trottoir pour certains, ou agressant verbalement ou physiquement les passants pour d’autres, et parfois se livrant à des manifestations bruyantes sur la voie publique. Pour l’ensemble de la communauté dite « normale », ce sont des pestiférés que chacun évite soigneusement avec une moue méprisante.
Pourtant tous ces gens-là n’imaginent pas que cela pourrait leur arriver aussi, car nul n’est à l’abri de subir la même chose, un jour ou l’autre, et malheureusement, même en éduquant ses enfants avec des valeurs authentiques, il se peut que dans la « portée », un petit ou une petite grandisse différemment, devenant le « grain de sable » enrayant les rouages d’une machine que l’on croit parfaitement bien huilée et maîtrisée.
« Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau » !
Ce dicton populaire prend tout son sens lorsque ceux qui croyaient échapper à la malédiction d’avoir un proche dépendant à toute forme d’addiction nocive, se retrouvent confrontés à cette situation tragique.
Elisa et sa famille en ont fait la douloureuse expérience.
Pour l’instant celle-ci reste prudente, mais depuis qu’elle a eu une longue conversation avec son fils, suivi de celle qu’il a eu avec Melinda, laquelle lui a fait valoir, qu’il devenait toxique pour tout le monde, et notamment pour sa fille, victime collatérale, elle a un petit brin d’espoir qui tente de fleurir dans un coin de son âme. Melinda avait insisté sur le fait que Daphné allait grandir, traumatisée par la vision d’un père se détruisant avec son poison maudit.
Nathan aime sa fillette plus que tout au monde, et personne ne pourra jamais lui enlever cet amour.
Comment a-t-il fait pour cesser de boire sans aide extérieure ?
Nul ne le sait et c’est bien la raison principale pour laquelle, il risque de se laisser influencer par un soi-disant « bon copain » bien intentionné, lui assurant que ce n’est pas parce qu’il va boire un seul verre, dans un moment festif, qu’il va retomber dans le piège fatal de l’alcool infernal.
Ce genre d’affirmation débile représente justement le danger de rechuter, si la personne abstinente, se laisse entraîner dans la facilité de se dire qu’après tout « un dernier verre pour la route », ce n’est pas si grave que ça.
Pour l’instant, Elisa essaie d’être confiante.
Après des mois de RSA, Nathan vient de retrouver un emploi en intérim dans une usine locale et il s’y tient depuis quatre mois, dont plusieurs semaines sans avoir bu une goutte d’alcool.
Pourtant, hier soir, au téléphone, Elisa a bien senti que sa voix était différente et qu’il éludait ses questions, ce qui l’a laissée perplexe. Sa méfiance est instinctivement revenue car elle n’est pas une perdrix de l’année, et comme dit un certain adage, ce n’est pas aux vieux singes, qu’on apprend à faire la grimace.
Elle espère que malgré tout, il continuera à respecter ses engagements professionnels, en se pliant aux règles et contraintes de l’entreprise et surtout en restant sobre dans le cadre de son travail, pour éviter un renvoi pour faute grave.
Elle le motive, chaque fois, en lui rappelant ses divers projets qui ne peuvent qu’être bénéfiques pour le maintenir dans une ligne conductrice, où l’alcool ne serait plus sa seule priorité.
Pour l’amour de sa fille, tiendra t’il sur le long terme ?
Rien n’est moins sûr, mais elle va le soutenir, encore et encore, comme elle l’a toujours fait depuis tant d’années, au détriment de sa propre santé.
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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