ELISA UN AN PLUS TÔT (pages 96 à 101)

ELISA UN AN PLUS TÔT (pages 96 à 101)

Elisa

Un an plus tôt

Elisa sursaute.

Quelle heure est-il ?

Minuit !

Elle dormait profondément.

Qui peut donc lui téléphoner en pleine nuit ?

Elle attrape machinalement son téléphone portable, posé sur son chevet.

Nathan !

Une fois de plus !

Il doit être encore « bourré ». Cette pensée lui noue le ventre et elle appréhende de décrocher, sachant que selon son habitude, il va lui rabâcher son éternel refrain contre la société, sa haine du système, sa victimisation face à des gens qui ne sont que des individus soumis au gouvernement, à l’argent, au profit, et même sa colère contre Melinda pour qui il a tout donné et qui l’a largué comme une vieille chaussette, voire contre toutes les femmes du monde, qui ne savent pas rester à leur place, contrairement à leurs aînées qui se soumettaient au bon vouloir de leurs époux.

Cette dernière façon de penser, se propageant chez certains hommes, perdant leurs prérogatives au sein de la famille et de la société est un signe qui pourrait se révéler inquiétant sur le long terme car les nouvelles féministes castratrices ne se rendent pas compte des dommages collatéraux, que cela va entraîner dans les décennies à venir.

Pourquoi cette réflexion complètement hors sujet ? Elle se le demande. Sans doute un réflexe d’auto-défense pour se protéger d’une conversation qu’elle sait devenir pénible.

En effet, chaque fois que Nathan lui téléphone, éméché, il se comporte comme un « Docteur Jeckyll » se transformant en « Mister Hyde ». En état d’ébriété avancée, ses propos, sont complètement à l’opposé de ceux qu’il tient lorsqu’il est sobre, réfléchi et surtout très lucide sur ses propres démons intérieurs et son incapacité à leur résister.

Ses pensées ont duré moins longtemps qu’elle aurait pu croire.

Le téléphone sonne toujours.

Elle finit par décrocher et avant même d’avoir pu émettre la moindre parole, elle se fait admonester par Nathan agacé du temps mis à répondre, ne se rendant même pas compte que vu l’heure tardive, les gens dits normaux (ou presque) sont censés dormir.

Elle soupire.

A quoi bon ?

Vouloir le raisonner, serait comme vouloir « pisser dans un violon », autant dire mission impossible.

Elle prend son mal en patience, et l’écoute s’exciter contre tout et rien, s’en prendre au monde entier, sans même essayer d’entendre les tentatives de sa mère, pour lui démontrer que c’est son attitude qui déclenche une succession d’incidents plus ou moins graves.

C’est une réaction de cause à effet.

Mais lui n’est jamais responsable de rien, il ramène tout à lui, et se persuade qu’il est la victime sacrificielle d’une entité mondiale qui va finir par le dévorer. Il se donne cet alibi pour justifier sa consommation d’alcool excessive, estimant que le fait de se noyer dans la boisson, lui permet de supporter la vie, le système, les autres, les vendus, les soumis, car lui est un anarchiste et qu’il refuse de se plier à des règles comme le commun des mortels.

Elisa est fatiguée par ces éternelles récriminations.

Si seulement une fois dans sa vie, il pouvait faire une auto-analyse et se voir tel que les autres le perçoivent, il changerait peut-être d’avis sur plein de choses.

Il refuse de se regarder dans un miroir et de voir le reflet réel de sa personnalité.

Elisa ne peut s’empêcher de faire une comparaison avec un livre d’Oscar Wilde, intitulé « le portrait de Dorian Gray », racontant l’histoire d’un héros nommé Dorian Gray, d’une beauté parfaite, s’adonnant à tous les vices de la terre, pendant que le portrait de ce personnage se fissurait de toute la laideur des actes de Dorian. A la fin de l’ouvrage, la situation s’inverse. Le tableau retrouve la peinture d’origine, représentant un homme jeune et beau, pendant qu’à ses pieds, on trouve le corps d’un homme vieux, abimé, et au visage déformé par toute la laideur des actions immorales commises pendant son existence.

Il n’y a certes rien de comparable avec Nathan qui a toujours été quelqu’un de gentil, mais son addiction à l’alcool, a changé l’agneau en loup et Elisa se sent tellement impuissante à le faire réagir, pour reprendre sa vie en main.

Lassée par ce fatras de délire alcoolique, de ces incohérences et autres pseudo-affirmations débitées de manière abrupte, Elisa coupe court en prétextant son désir de dormir, car le lendemain elle doit se lever tôt pour aller travailler.

Malheureusement, pour elle, impossible de se rendormir et elle grommelle car dans quelques heures, elle devra aller bosser sans avoir dormi.

Ce ne sera jamais qu’une nuit de plus.

Certaines semaines elle cumule à peine dix heures de sommeil pour cinq jours de travail, et elle le ressent aussi bien dans son corps, que dans sa tête.

Sa résistance mentale s’amoindrit de jour en jour, ce qui se répercute sur sa santé physique, et elle se demande chaque matin, jusqu’à quel point elle pourra tenir, sans craquer et tomber gravement malade.

Carpe Diem !

C’est sa principale devise donc elle verra bien ce qu’il adviendra d’elle-même, le moment venu.

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Viviane Barnet-Brosse

Un dernier Verre pour la route 

ISBN 979-8-32027-848-3

Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing

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Date de dernière mise à jour : 2026-03-28

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