Juliette
Au temps présent
Depuis qu’ils sont rentrés des funérailles de Nathan, Juliette est inquiète pour son mari.
Il s’est muré dans le silence, et n’a pas prononcé une parole. Même son fils Alban n’arrive pas à le tirer de sa torpeur, ce qui est signe d’une profonde affliction. En effet Landry est littéralement en adoration devant son petit gars et lui consacre beaucoup de temps, entre les jeux sportifs « entre hommes », l’apprentissage des jeux d’éveil, et les câlins du soir.
Juliette le connait suffisamment pour savoir qu’il doit se culpabiliser de ne pas avoir pu faire plus pour son frère, ce qui était chose impossible, Nathan refusant de recevoir l’aide que ses proches voulaient lui apporter pour le soutenir dans son combat contre l’addiction à l’alcool.
Elle n’en rajoute pas car ça ne servirait à rien.
Depuis des années, elle essaie d’ouvrir les yeux de Landry, lui démontrant par A plus B que sans effort, Nathan ne changerait jamais. Elle lui avait même montré des clochards dans la rue, en lui faisant la remarque, que son frère finirait comme eux, et que si justement, il n’était pas son frère, et d’autant plus, son jumeau, il ne le calculerait plus, le laissant dans sa dérive alcoolisée.
Landry était d’accord avec son analyse des faits mais désormais avec le décès de cet autre lui-même, ce complice tant chéri, il n’était pas possible d’en remettre une couche, de peur de le blesser à mort, ce qu’elle ne voulait pas, car son époux et son fils étaient les seuls êtres au monde, qu’elle aimait vraiment, en dehors d’elle-même. Elle s’était retrouvée orpheline vers sa majorité, ses parents étant tous deux décédés de maladie, en moins d’un an. Depuis, elle avait voyagé dans le monde entier, travaillant ici où là pour survivre, avant de rentrer en France, où elle avait rencontré Landry, quelques mois plus tard. Entre eux, ce fut le coup de foudre, un amour fusionnel qui prit tout l’espace de leur vie, jusqu’à la naissance d’Alban, cette partie d’eux-mêmes, ce petit miracle de la nature, cette fusion de deux individus en un seul être magnifique, fruit de leur amour si fort, leur trésor commun.
Nathan, elle l’aimait bien mais elle s’était vite lassée de lui répéter de se faire soigner, de cesser de boire, d’envisager de suivre un programme médical ou d’aller à des réunions des alcooliques anonymes. De plus quand il était en état d’ivresse, il harcelait son frère et quand il ne pouvait pas le joindre, il en faisait de même avec elle, alors elle avait fini par le bloquer (téléphone et réseaux sociaux) ne voulant plus avoir affaire à lui.
Elle n’était même pas étonnée de sa triste fin, car ça lui pendait au nez depuis longtemps. Comme il a pu l’agacer avec sa manière de toujours réclamer « un dernier verre pour la route ». Pour elle, il était un danger public, pour lui-même, comme pour les autres. Non seulement il pouvait se tuer mais il pouvait faucher de pauvres gens innocents, qui en mourraient, ou resteraient fortement handicapés à vie, simplement par le fait que lui, l’irresponsable avait pris le volant en état d’ébriété avancée.
Elle ne peut s’empêcher de penser à haute voix.
- « C’est tragique ce qui lui est arrivé mais je suis soulagée de penser qu’il n’a fait du mal qu’à lui-même, et qu’il n’a blessé personne, fort heureusement. Landry a de la peine, tout comme sa mère, mais leur chagrin va s’atténuer, et ils pourront faire leur deuil. Il faut laisser le temps au temps. Par contre, il va falloir que je surveille Landry car je ne voudrais pas qu’il fasse une bêtise, si sa souffrance lui fait « perdre les pédales », et lui met en tête qu’il est responsable de quelque chose qui était inévitable. Nathan, je vais t’empêcher de faire encore du mal à l’homme que j’aime, même si tu n’as jamais voulu leur faire du mal à eux tous, tu sais bien, que ton comportement a eu des répercussions sur toute la famille, que tu leur as brisé le cœur, à maintes et maintes reprises. Comme Icare, tu as voulu jouer avec le feu, t’approchant de plus en plus près du soleil, et tu as fini par te brûler les ailes, face à cet adversaire bien trop fort pour toi. Je ne sais pas où tu es en ce moment, et s’il existe cet univers, que l’on nomme paradis, mais où que tu sois, j’espère que tu as enfin trouvé la sérénité et que tes démons destructeurs ne tortureront plus personne dans cette famille. Ils ont tous assez souffert donc que les morts reposent en paix et que les vivants puissent avancer sur le chemin de leur destinée, sans payer le prix fort. »
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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