Landry
Douze ans plus tôt
Landry et Nathan ont la vingtaine et ils ont quitté le domicile de leur mère, pour vivre en colocation, dans un autre département, où ils ont décidé tous deux, de s’inscrire dans des agences d’intérim et de trouver du travail, ensemble ci-possible, pour faciliter leurs transports, ne disposant que d’un véhicule pour deux, Nathan n’ayant pas encore son permis de conduire.
La cohabitation n’est pas toujours simple, leurs deux caractères étant diamétralement opposés, notamment sur les priorités à respecter pour un vivre-ensemble sans accrochage.
L’hyper maniaquerie de l’un contraste avec le « m’en-foutisme » total de l’autre, ce qui provoque des tensions parfois explosives.
Landry n’a qu’un seul objectif, bosser le plus possible pour engranger des sous afin de réaliser ses rêves, notamment celui de voyager, d’avoir une belle voiture, des belles « fringues », des beaux bijoux, de profiter de la vie et notamment de faire la fête, avec des copains ou des collègues, si le courant passe entre eux.
Il n’a pas vraiment d’ami particulier, car son lien avec son jumeau est plus fort que toutes les amitiés du monde.
Au fil des années Nathan est devenu de plus en plus introverti, replié sur lui-même et il a une fâcheuse tendance à donner sa confiance, aux mauvaises personnes, de celles, qui tout comme au collège, incitent les autres, à commettre des actes délictueux, à leur place, alors qu’eux-mêmes restent bien protégés, ne découvrant pas leurs tactiques honteuses et faisant chaque fois porter le chapeau à leurs « pigeons » lesquels pour leur avoir accordé une amitié sincère, se font piéger et « plumer ».
Landry a essayé plusieurs fois de mettre son frère en garde, mais celui-ci l’écoute d’une oreille distraite et n’en fait qu’à sa tête chaque fois, ne mesurant pas la gravité de ses actes, ni les conséquences plus ou moins lourdes qui pourraient lui retomber dessus.
Il a la mauvaise habitude de ne jamais reconnaître ses erreurs, se sentant chaque fois victime du système et des autres.
Landry est habitué aux théories farfelues de son frangin, et il essaie toujours de les endiguer avant qu’elles ne s’intensifient.
Il ne comprend pas que Nathan soit sans arrêt attiré par la racaille, car pour lui, il n’y a pas d’autre nom pour désigner certains des soi-disant copains de celui-ci.
Cette faune a une mauvaise influence sur le comportement de son jumeau, qui devient chaque jour, de moins en moins déterminé à tenir les objectifs qu’ils se sont fixés, en l’occurrence travailler le plus longtemps possible pour se faire de « la thune » et partir en vacances dans le Sud, car ils avaient envie tous les deux de voir la mer, et de profiter des joies de l’été sur la plage.
Landry et Nathan sont tous les deux des fumeurs de tabac, mais les nouvelles fréquentations de Nathan l’ont initié au shit, cette merde trafiquée, qui n’a plus rien de la « Beu », ce que les gens de la génération de leur mère, nommaient le « chichon » quand ils étaient jeunes, un produit qui était alors, uniquement constitué de la plante donnant le cannabis, et non pas coupé avec des produits dangereux (médocs, pneus etc.). Landry a vu un reportage sur les méfaits de cette drogue qui fait tant de ravages parmi les jeunes, lesquels fument dès le collège, sans que leurs parents s’en rendent compte car leurs propres enfants sont toujours des « petits anges » incapables de commettre quoi que ce soit de répréhensible.
Landry sourit en repensant à tous ces bien-pensants, voisins de sa mère, qui la méprisaient d’élever seule, ses deux enfants, mais ne voyaient pas que leur propre progéniture se comportait soit comme des dealers, de véritables petites terreurs, rackettant les autres gamins, soit en tant que petits consommateurs, accros à la fumette dans les caves de la cité.
Tous deux ont fait le choix de quitter cet univers citadin et malsain, pour s’installer en zone rurale, pas trop loin des villes où il y a de l’embauche et comme Landry est plus ouvert, il n’a pas tardé à les « vendre » tous les deux pour des missions intérimaires, dans différentes entreprises industrielles du secteur, ce qui leur permet de payer leurs factures, et tous leurs frais d’hébergement. Lorsqu’ils auront économisé assez de « fric », ils partiront dans le Sud pour faire les saisons, mais l’argent récolté en bossant dans ces usines leur permettra de trouver un hébergement et d’assurer leur survie alimentaire, le temps de dénicher des contrats de saisonniers, même si c’est mal payé, malgré toutes les promesses frauduleuses des différents « camelots » et autres enseignes ayant pignon sur rue.
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Landry émerge dans le temps présent et se souvient de cette époque. Ils ont tenu ensemble environ trois ans, avant que Nathan ne fasse n’importe quoi, sombrant de plus en plus dans le shit, n’allant plus au boulot et de fil en aiguille, leurs chemins ont fini par se séparer. Nathan est reparti provisoirement vivre avec leur mère et lui-même a tracé sa route sous d’autres cieux, étant tombé amoureux de la Camargue, son paysage, ses taureaux, ses arènes, le soleil, la mer, la convivialité des gens du Sud. Cela fait bien douze ans en arrière, d’après ses souvenirs. Ensuite il a rencontré Juliette et leurs destinées se sont croisées, puis entrelacées et ils ne se sont plus quittés. Quand à Nathan, il a lui-aussi continué son chemin, rencontré celle qui allait l’entraîner sur une pente encore plus glissante, avant de s’en sortir elle-même.
Mais pour lui, hélas, il sera trop tard.
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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