Landry
Retour au temps présent
Landry a du mal à refaire surface, depuis le décès de son jumeau, trois jours après l’accident fatal.
La vie a repris son cours mais il éprouve un grand vide intérieur, que pour l’instant, ni son épouse, ni son fils ne peuvent combler.
Il sait que ce sera provisoire car Juliette et Alban sont sa raison de vivre, mais pour l’heure, il doit amortir les évènements récents, accepter l’idée de la séparation définitive, et faire son deuil de ce frère tant aimé.
C’est la logique de la vie qui veut que la mort en fasse partie, aussi.
En théorie, c’est facile à dire mais en pratique, ce n’est pas simple à surmonter.
Le trépas d’un être cher ne se range pas dans un tiroir, comme un simple mouchoir.
Son chagrin se mue en colère quand il réalise que si Nathan avait entrepris les démarches nécessaires pour se faire soigner, il serait toujours en vie, Daphné aurait encore son père, et lui-même ainsi que leur mère Elisa n’auraient pas le cœur brisé.
Dieu sait pourtant, s’ils ont essayé, mais ils se sont chaque fois « cassé les dents » sur l’impossibilité d’obliger Nathan à suivre une cure contre son gré. A moins d’être témoin d’une crise de delirium tremens ou d’alcoolémie aigüe, on ne peut pas faire hospitaliser ou interner une personne, si celle-ci ne donne pas son consentement. Nathan a été « ramassé » plusieurs fois par la gendarmerie ou la police, en état d’ébriété sur la voie publique et chaque fois, cela s’est limité à le mettre en cellule de dégrisement. Comme si cela était bénéfique, en dehors de mettre hors circuit momentanément, un fauteur de trouble à l’ordre public. Cela n’apporte aucune aide réelle à l’ivrogne qui a besoin d’une vraie prise en charge à ce moment-là. Il devrait y avoir une directive nationale, autorisant, voire même obligeant les forces de l’ordre, à embarquer les contrevenants dans un service hospitalier, spécialisé dans le sevrage des addictions, et plus particulièrement celui de l’alcool, dans le cas des alcooliques notoires, que la « maréchaussée » finit par repérer, lorsque ceux-ci sont connus pour des faits d’alcoolémie répétitifs.
Cela fait combien d’années, que cela dure !
Landry n’a plus envie de compter.
Ni leur mère, ni lui-même n’ont pu faire quoi que ce soit, entravés par le laxisme concernant ce sujet.
Comment faire bouger les choses ?
Comment les faire évoluer vers une prise en charge systématique des malades, même contre leur gré, car l’alcoolisme est une maladie tout comme la dépendance aux drogues qu’elles soient qualifiées de dures ou non dures.
Un malade contagieux est automatiquement mis en quarantaine pour protéger la population, donc pourquoi ne pas agir ainsi avec les addicts dépendants d’un poison (alcool, drogue) qui met leur santé physique et mental, en danger ?
Ce refus de voir la réalité des faits, est pour Landry, l’équivalent d’une non-assistance à personne en danger.
Et c’est à cause de cette indifférence sociétale que son frère est mort.
Voir Nathan se dégrader au fil du temps, devenir cette loque humaine, décharnée, car il était « bourré » pratiquement tout le temps, lui a été tellement douloureux. Son frère était si beau, quand il était jeune avec ses traits fins et son regard espiègle.
Il avait pourtant fait l’effort de se reprendre, voilà six mois en arrière. Son abstinence n’avait duré que deux mois, mais il continuait d’aller au travail tous les jours, et pendant ses heures de boulot, il ne buvait pas. Il s’était « remplumé » car il mangeait mieux. Il essayait de lutter chaque jour contre ses démons intérieurs, car il voulait que sa fille Daphné n’ait jamais honte de lui. Il tenait des phases de quatre ou cinq jours de sobriété totale, mais étant de caractère faible, sans aucune once de volonté, il était incapable de résister à l’appel de la boisson maudite plus de trois ou quatre jours.
Il avait même repris la conduite, qu’il avait arrêté pendant des années, conscient de sa dangerosité au volant, mais aussi de son manque de moyens financiers, lui permettant d’entretenir sa vieille voiture, reléguée sur le parking de son immeuble depuis son divorce d’avec Melinda.
Pourquoi n’a-t-il pas continué dans cette attitude raisonnable ?
Pourquoi a-t-il pris le volant, en étant déjà fortement alcoolisé ?
Qu’est ce qui lui est passé par la tête ce jour-là ?
Landry sait qu’il n’aura jamais les réponses.
Il ressent la douleur d’avoir été amputé d’une moitié de lui-même, son jumeau. Il est conscient que celle-ci s’atténuera au fil du temps, mais qu’elle sera toujours présente, dans son cœur, dans son âme, prête à se réveiller au moindre souvenir lui rappelant son frère bien-aimé.
- « Repose en paix Nathan ! » se dit-il en émergeant de ses pensées.
Son fils Alban entre dans le salon, lui demandant de jouer avec lui, ce qui va lui changer ses idées attristées qui l’envahissent trop souvent depuis le décès de son jumeau.
La vie continue, et sa famille a besoin de lui.
Demain est un autre jour !
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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