Landry
Six mois plus tôt
Au bout de cinq ans d’abus intensifs d’alcool, Nathan aurait-il enfin pris en considération, qu’il est dépendant de ce fichu poison ?
Landry voudrait s’en convaincre mais tout comme sa mère, il reste prudent.
Surtout ne pas s’emballer trop vite car rien n’est gagné, pas plus avec Nathan, qu’avec tous ceux, qui comme lui, sont addicts à une substance dangereuse tant pour leur équilibre mental, que pour leur santé physique.
Certes son frère est resté sobre pendant quelque temps et il travaille en intérim depuis quatre mois, mais pendant combien de temps ?
Il se souvient de cette époque, où tous deux avaient décidé de cohabiter pour travailler ensemble et de la fâcheuse tendance de son frère, de se laisser tenter par les fameux « potes » qui lui offraient un petit joint, (même processus que pour l’addiction à l’alcool), tout en lui faisant du « lavage de cerveau », sur le fait qu’il n’était pas un « pigeon », comme tous ces « moutons » qui se lèvent le matin pour aller bosser, afin de remplir les caisses de « patrons requins » s’engraissant sur le dos des pauvres gens, et celles d’un état despotique ponctionnant des taxes diverses sur le fruit du travail, desdits « moutons » victimes sacrificielles consentantes, acceptant d’être conduites à l’abattoir.
Chaque fois, il interrompait ses missions au bout de trois ou quatre mois, sous un tas de prétextes incohérents, mais qui pour lui, justifiaient le fait de mettre fin à ses missions intérimaires, ou contrats à durée déterminée.
Landry se sentait mal chaque fois car inévitablement, cela lui retombait dessus, les employeurs associant le comportement de Nathan, au sien, alors que lui-même était motivé, impliqué et consciencieux.
Leur gémellité était un rempart contre toute forme d’intrusion extérieure, mais ce lien si fort, s’est révélé au fil du temps, assez dévastateur pour Landry.
C’est sans doute la principale raison, pour laquelle il s’est éloigné de sa moitié fraternelle, pour voler de ses propres ailes, dans un lieu géographique, où personne ne connaissait les antécédents familiaux de son frangin, ce qui lui a permis de s’épanouir librement en tant que personne individuelle.
Landry a pu redevenir « Landry », et se libérer de l’emprise inconsciente que Nathan avait sur lui. Il a compris qu’il s’était lui-même mis des chaînes le maintenant dans la dépendance de ce frère tant chéri, car au fond de lui il s’était donné comme vocation de toujours veiller sur Nathan, comme s’il était son ombre. Lorsqu’il a compris que ce processus était nocif pour son propre équilibre, il a fait le choix de s’éloigner pour se reconstruire.
Désormais, il est heureux avec Juliette et leur fils Alban. Il a un job stable, tout comme son épouse, et leurs deux revenus cumulés leur permettent d’avoir une vie relativement agréable et de réaliser la plupart des projets qu’ils ont en commun.
Malheureusement, cette expérience professionnelle et sociale, lui fait douter fortement de la rédemption de Nathan.
Qui vivra, verra !
Mais il a de sérieux doutes sur le fait que son frère ait gardé les mêmes bonnes dispositions.
Il continue d’aller au travail, pour l’instant, mais pour Landry, il mettrait « sa main au feu » ou « sa tête à couper », que Nathan a replongé dans son attrait pour l’infâme boisson. Il connait trop bien ses intonations et leur dernière conversation téléphonique, a été révélatrice pour lui.
Son frère ne changera jamais.
Il lui faut toujours dépendre de quelque chose. Il a cessé de consommer du cannabis, lorsqu’il s’est mis à boire, et seule une autre addiction pourrait (peut-être) le stopper dans sa dérive alcoolique.
Pourquoi éprouve t’-il ce besoin de se détruire et de détruire tous ceux qui sont sur son passage, tout comme le faisait Attila, en son temps, pratiquant la politique de la terre brûlée.
Malheureusement, les seules victimes sont sa propre famille, en l’occurrence sa pauvre mère, son frère désespéré, son ex-épouse découragée, et sa jolie petite fille qui restera traumatisée par ce père au comportement si peu paternel et responsable.
Landry est dubitatif.
Le jour où son frère pensera enfin qu’il est inutile de boire « un dernier verre pour la route », il saura qu’il est en bonne voie de guérison, mais pour l’instant ce n’est pas le cas, et il se doit d’être réaliste pour ne pas être déçu une fois de plus.
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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