LANDRY UN AN PLUS TÔT (pages 91 à 95)

LANDRY UN AN PLUS TÔT (pages 91 à 95)

Landry

Un an plus tôt

Landry est encore sous le choc.

Il n’avait pas vu Nathan depuis plusieurs mois, celui-ci s’arrangeant pour fuir toute rencontre fraternelle. L’inquiétude l’avait poussé à lui rendre visite par surprise.

Mais la surprise a été pour lui.

Nathan n’a plus de travail même plus ces petits boulots qui lui permettaient de conserver un semblant de vie sociale. Désormais il vivote avec le RSA, environ 500 euros par mois. Comment peut-on vivre avec aussi peu ?

Landry ne comprend plus celui qui est son alter-égo gémellaire.

Il observe Nathan, debout devant lui, faisant les cent pas et tournant comme un lion en cage.

Son frère n’est plus que l’ombre de lui-même. Il a perdu au moins dix kilos, lui qui n’était déjà pas épais.

Quelle tristesse de constater qu’il n’a plus que la peau sur les os !

Il préfère boire plutôt que manger.

Cela lui fait penser à ces individus qu’il a croisés dans sa vie professionnelle, lesquels préféraient se priver de nourriture, pour pouvoir acheter leurs paquets de cigarettes, devenus hors de prix suite aux augmentations de plus en plus prohibitives. Cette réflexion le fait d’ailleurs déraper sur ceux qui pondent les lois, tout en ne connaissant absolument pas la mentalité humaine sur ce genre de sujets. Leurs intentions sont louables mais inutiles car un drogué du tabac s‘arrangera toujours pour se payer sa dose quotidienne de poison quitte à se priver sur tout le reste, quitte à restreindre sa famille sur l’essentiel. Il a trop connu de personnes fonctionnant comme ça, mais ces élus sont à mille lieux des gens du peuple, donc que peuvent-ils savoir ou comprendre sur eux ?

Rien ! Bien évidemment !

D’ailleurs il en est de même pour les dispositions pour l’alcool, voire pour les démarches pour aider les proches des addicts. Il n’a plus confiance dans le système. Il voit trop sa mère « galérer » pour trouver une solution afin de faire prendre en charge son frère dans un dispositif médical.

Il émerge de ses pensées, pour se concentrer sur le présent, chasser les idées négatives, au profit d’autres positives.

Malheureusement, cela lui est impossible.

Tout le ramène à Nathan !

Comment pourrait-il être optimiste ?

Il revoit son visage émacié, jauni, ses yeux injectés de sang, son corps décharné et cette image ne le quitte plus. Où est le frangin joyeux, à la bouille ronde et espiègle ? Celui avec qui il partageait tant d’instants complices, des moments rien qu’à eux, où personne ne détenait les codes pour accéder à leur univers magique.

Landry se secoue car l’émotion, le gagnant, il sent les larmes lui monter aux yeux.

L’alcool ayant rendu son frère paranoïaque, celui-ci se terre dans sa tanière, ne sortant plus que tôt le matin pour acheter sa dose quotidienne, avant de s’enfermer chez lui.

Son frigo et son placard « garde-manger » sont presque vides, et le peu d’argent qu’il reçoit de l’état pour survivre, paye ses factures et le reste passe dans cette maudite boisson.

Landry essaie de le raisonner mais c’est peine perdue. Son frère est obtus et son esprit est complètement gangréné par ce cancer qui le ronge.

Il est triste et indigné en même temps. En effet, il sait que leur mère, continue à virer de l’argent chaque semaine à son frère pour faire des courses alimentaires et il se rend compte que celui-ci utilise cette somme à d’autres fins que la nourriture. Le fait que son frangin soit tombé ci-bas, au point de mentir à leur mère, voire de l’escroquer, car ce que fait Nathan vis-à-vis de leur mère, n’est rien d’autre qu’une forme d’escroquerie, le met hors de lui. La pauvre s’est sacrifiée les deux tiers de sa vie pour ses enfants, sans jamais penser à elle et le comportement de Nathan est inqualifiable. Il en fait la remarque à son frère, d’un air excédé.

Mais Landry maîtrise vite ce mouvement de colère car tout drogué (quelle que soit la drogue) ne raisonne plus comme une personne sensée et cohérente. Sa seule obsession est d’assouvir son besoin mortel.

A quoi bon s’énerver contre son frère !

Celui-ci n’en fera qu’à sa tête de toute façon.

Avant de rentrer chez lui, retrouver le confort de sa vie douillette, entre sa tendre Juliette et son cher petit Alban, il est allé dans le supermarché voisin, ramener l’équivalent d’un chariot de victuailles, de quoi remplir le frigo et le placard de Nathan, ainsi que des produits d’entretien pour son usage quotidien.

C’est le cœur lourd qu’il a embrassé son jumeau, ne sachant pas s’il le reverra un jour, au vu de sa dégringolade physique et mentale, lesquelles s’accélèrent de jour en jour. Sa plus grande peur est effectivement celle de perdre son frère chéri.

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Viviane Barnet-Brosse

Un dernier Verre pour la route 

ISBN 979-8-32027-848-3

Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing

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Date de dernière mise à jour : 2026-03-28

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