Melinda
Au temps présent
Et voilà c’est fini !
Avec la mort de Nathan, c’est un double trait tiré sur son passé conjugal avec lui.
Il ne reste que leur petite Daphné, pour le rappeler à son souvenir, une petite fille qui va grandir sans père.
Quelle tristesse !
Elle ne peut s’empêcher d’éprouver des remords.
Dire que si Nathan est devenu alcoolique, c’est en partie de sa faute. Quand elle l’a rencontré, il ne buvait pas une goutte d’alcool mais il était accroc au tabac et à une certaine substance illicite, qu’il a arrêté de fumer pour lui faire plaisir. Quant à elle, ayant grandi avec un père alcoolique, il lui était inconcevable de ne pas boire son petit rosé ou son petit blanc, à tout moment de la journée. Pourquoi l’a-t-elle obligé à consommer pour montrer qu’il était un homme ?
Comme elle regrette d’avoir agi ainsi !
Il y a vite pris goût, devenant un consommateur régulier augmentant les fréquences à un rythme effréné.
Lorsqu’elle est tombée enceinte, elle s’est souvenue de sa propre famille, son père alcoolisé, sa mère qui avait abandonné le foyer conjugal et sa fille, la laissant à un père certes aimant, mais complètement irresponsable. Elle ne voulait pas reproduire le même schéma destructeur pour son futur enfant. Elle a tout arrêté, l’alcool et le tabac, car elle fumait trop pour que cela n’ait pas des conséquences sur le bébé qu’elle portait en son sein.
Mais pour Nathan, il était trop tard !
Il ne savait plus s’arrêter.
Petit à petit, leur couple s’est déchiré et les banales disputes ont dégénéré en violences verbales puis en pugilats.
Le bébé est arrivé.
Nathan était fou de joie et il est vite devenu un père en extase devant sa chère petite Daphné.
Mais ces vieux démons ont refait surface, et peu à peu l’argent s’est mis à manquer car il dépensait tout son salaire en beuverie, et comme Melinda, avait fait le choix de ne pas travailler, jusqu’aux trois ans de Daphné, les impayés se sont accumulés, les retards de loyers, les factures d’énergie et d’eau, les assurances, etc. De plus, certains mois, elle ne pouvait même plus acheter les produits nécessaires pour les besoins de son nourrisson.
C’est à ce moment-là qu’elle a compris qu’il devenait vital de faire un choix pour la survie de son enfant et pour sa propre survie mentale car son conjoint était toxique et la détruisait peu à peu.
Elle s’est renseignée auprès d’une association aidant les femmes victimes de violences conjugales.
Lorsqu’elle a su qu’on lui avait trouvé une place dans un foyer d’hébergement, elle a fait ses valises et s’en est allée avec sa fille, en laissant juste un mot sur la table, afin que Nathan ne les cherche plus.
Puis ensuite, elle a contacté un avocat et lancé la procédure de divorce, avec garde exclusive de sa fille, afin de la protéger de l’inconséquence d’un père immature, refusant de se faire soigner pour son alcoolisme devenu maladif.
Elle a appris qu’il avait été expulsé de l’appartement pour non-paiement des loyers, qu’il vivait désormais dans un studio minable, et que les huissiers le poursuivaient pour mettre en place une saisie sur salaire.
Hélas !
D’alcoolique, il est vite devenu ivrogne, une épave et il a fini par perdre son travail, se retrouvant très rapidement au RSA qui lui permettait à peine de survivre. Rien n’a pu stopper sa descente aux enfers, et sa mort n’est en fin de compte que le dénouement final. Pourtant ces derniers mois, elle avait repris espoir dans l’avenir avec la brève prise de conscience de Nathan et sa réinsertion professionnelle.
Elle n’aurait jamais cru que son décès la rendrait aussi triste mais elle ne peut pas oublier les bons moments qu’ils ont passé ensemble et cette merveilleuse petite fille, qui les lie à jamais.
Lorsqu’elle a vu son cercueil descendre dans le caveau familial, toute sa rancœur s’est enfuie, et elle s’est mise à pleurer sur son amour défunt, sur l’avenir qu’ils n’auront jamais ensemble, sur les goûters d’anniversaires que Daphné fêtera sans son papa à ses côtés, sur ces réunions d’école auxquelles il n’assistera pas, sur les diplômes qu’elle ne pourra pas partager avec un père aimant. Elle extrapole de plus en plus, et imagine sa fille en mariée, seule dans sa robe blanche, amenée devant l’autel par un parent quelconque, au lieu de son père, comme c’est la tradition.
Ses pensées l’ont entrainée tellement loin dans un futur qu’ils ne vivront jamais à deux, en tant que père et mère, que subitement la colère prend le dessus et elle se met à l’invectiver, sur son immaturité et son inconséquence qui brisent une famille entière, d’abord avec sa fille, mais aussi avec Elisa sa mère et avec son frère Landry.
- « Tu es content où tu vis désormais ? Boire, boire, toujours boire, tu n’en avais jamais assez, « un dernier verre pour la route », c’était ton leitmotiv, chaque fois qu’on assistait à une fête entre copains ou avec la famille. Personne ne pouvait t’arrêter. Tu ne réfléchissais jamais aux conséquences de tes actes et combien ton ivresse devenait de plus en plus lourde à supporter pour les proches qui t’aimaient. Tu l’as bu ton dernier verre, j’espère que tu l’as apprécié car tu n’auras plus l’occasion d’en boire désormais ».
Puis elle sombre de nouveau dans sa douleur et les larmes coulent sur ses joues sans qu’elle pense à les essuyer.
- « Maman, maman, j’ai peur, tu peux venir ? ».
En entendant sa fille, elle se reprend, sèche ses larmes, nettoie son visage, puis avec un sourire, afin de ne pas inquiéter son enfant, sur ses états-d’âme, elle entre dans sa chambre, la cajole, puis lui raconte une petite histoire pour l’apaiser, ce qui lui permet de retrouver, elle-aussi, un semblant de sérénité.
Elle n’oubliera jamais Nathan mais la vie continue et les vivants doivent continuer leur existence, en apprenant à faire le deuil des absents.
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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