Melinda
Deux ans plus tôt
Le divorce est enfin prononcé et vu le jeune âge de Daphné, Melinda a obtenu la garde exclusive de sa fille, le juge ayant tenu compte des difficultés psychologiques de Nathan, de sa dépendance à l’alcool, de son manque de stabilité. Celui-ci ayant perdu son emploi, vivote désormais de petits boulots lui permettant à peine de survivre lui-même, et vu ses moyens financiers, il n’a pu trouver qu’un infâme taudis, en guise de logement, un lieu incompatible avec la capacité de recevoir convenablement un enfant.
Que de chemin parcouru en un an !
Lorsqu’elle est partie du domicile conjugal, voilà un an en arrière, avec ses deux valises et sa fille sous le bras, elle n’avait pas eu d’autre choix que d’atterrir dans la chambre d’un foyer, bien heureuse d’avoir un toit sur sa tête, grâce à l’assistante sociale, qui l’avait aidée dans sa démarche de fuir l’environnement toxique que représentait un mari et un père ivre la plupart du temps, agressif et violent, et n’ayant plus la notion de sa responsabilité paternelle et financière.
Fuir avait été très dur.
Elle aimait tellement son Nathan, mais ce n’était plus possible, il dépensait tout l’argent du ménage, et elle devait se « taper sur le ventre » trop souvent. Elle l’acceptait pour elle-même mais pas pour leur fille.
Du fait de son statut de mère célibataire, sans autres revenus que ses modestes indemnités de chômage, elle a obtenu l’aide juridictionnelle, lui offrant ainsi le service d’un avocat spécialisé dans le droit de la famille.
Les démarches pour le divorce ont été entamées et via Pole-emploi, elle a pu se faire financer une formation, pour une réorientation professionnelle. Ensuite, toujours avec le soutien de son assistante sociale, elle a pu obtenir un logement social, un T3 spacieux, dans un quartier relativement tranquille, avec une école et des commerces à proximité, ainsi que les transports en commun pour se rendre à son travail. Elle a choisi de se lancer dans le secrétariat médical, car c’est un domaine qui l’avait toujours attiré, et désormais elle travaille dans une clinique, pas trop loin de son domicile, avec des horaires assez souples, lui permettant de s’occuper de sa fille le plus souvent possible et la confiant à une voisine, nourrice agrée, le reste du temps.
Heureusement qu’Elisa les avait aidées. Chaque semaine, celle-ci faisait un plein au supermarché, afin qu’elles ne manquent de rien. Elle achetait les vêtements et les chaussures pour Daphné qui grandissait trop vite.
Melinda lui en sera éternellement reconnaissante, car elle sait qu’elle aide aussi financièrement Nathan qui n’aurait rien à manger chez lui, si sa mère n’y pourvoyait pas chaque semaine.
Melinda se dit souvent que cette pauvre Elisa n’a pas mérité tous ces soucis, elle qui s’est sacrifiée pour ses enfants, toute sa vie.
En tout cas son aide lui a été précieuse, pour se reconstruire.
Elisa l’a encouragée dans tous ses projets et ne les a jamais abandonnées, pas plus qu’elle n’a rejeté son fils Nathan.
Nathan ! Ah Nathan !
Elle ne l’a plus revu qu’en présence de tierces personnes, dans un lieu neutre, afin qu’il puisse voir grandir sa fille. Dieu merci, lors des journées visites programmées, il a toujours fait l’effort de venir sobre, propre de sa personne et Daphné en ressort épanouie, heureuse d’avoir pu passer un moment avec son papa chéri, celui-ci étant un père joueur et câlin avec petite fille.
Mais quelle déchéance pour lui !
Plus de boulot !
Petits jobs alternant avec les périodes de chômage !
Un appartement qui n’en est pas vraiment un, car c’est plutôt un taudis !
Voilà où mène « un dernier verre pour la route », mais il n’en a toujours pas conscience, se croyant la victime d’un système qui l’a pratiquement réduit à la mendicité.
Malheureusement jamais, il n’admettra que s’il a tout perdu, c’est uniquement par sa faute, par celle de son alcoolisme, de ses démons intérieurs, qui le poussent à boire de plus en plus souvent, qu’il soit en compagnie d’autres poivrots, ou seul, enfermé dans sa « caverne », se mettant la tête à l’envers, jusqu’à tomber par terre, inconscient pendant des heures.
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Viviane Barnet-Brosse
Un dernier Verre pour la route
ISBN 979-8-32027-848-3
Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing
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