MELINDA SIX MOIS PLUS TÔT (pages 138 à 144)

MELINDA SIX MOIS PLUS TÔT (pages 138 à 144)

Melinda

Six mois plus tôt

Melinda se rappelle de la scène houleuse qu’il y a eu entre elle et Nathan voilà six mois en arrière.

Ça a vraiment chauffé dur entre eux.

Pas évident de faire comprendre à quelqu’un dans le déni, qu’il est intoxiqué par l’abus de ces substances nocives pour la santé, que ce soit le shit ou la bière !

Il a commencé à se calmer, quand elle lui a démontré par A plus B qu’il était toxique pour son entourage et notamment pour leur fille Daphné.

Depuis ses deux ans, celle-ci vit sans père au quotidien. Elle le voit une ou deux fois par mois, en présence de tierces personnes uniquement, et maintenant qu’elle a quatre ans et demi, elle compare avec ses petites camarades d’école enfin avec celles dont les parents sont divorcés. Ces dernières lui racontent ce qu’elles font lorsqu’elle partent un week-end sur deux au domicile de leur père. D’autres vivent harmonieusement entre deux maisons, dans une garde partagée, avec résidence en alternance, une semaine chez papa, une semaine chez maman. Finaude, la gamine a vite compris que ses relations avec son propre père, étaient différentes des enfants dans la même situation qu’elle.

Melinda appréhende le moment où elle comprendra que son papa est ce genre de personnage que les autres gamins, nomment soulard, poivrot, ivrogne, avec toute la cruauté dont fait preuve un môme envers un autre.

Le paradoxe de l’innocence !

Pour l’avoir vécu, Melinda se souvient que les autres parents ne réfléchissent jamais aux mots employés devant leur progéniture, celle-ci étant trop heureuse de les répéter à mauvais escient, dans le but de faire mal à l’autre gosse, voire de le harceler avec méchanceté.

Le phénomène n’est pas nouveau mais il s’est amplifié ces dernières décennies, par la faute du laxisme dont fait preuve aussi bien le gouvernement, que le ministère de l’Education Nationale, sans parler des parents, qui crient au loup dès qu’on touche à leurs mômes, tout en s’arrogeant le droit de laisser maltraiter de pauvres enfants innocents par leurs chers petits anges. Prennent-ils conscience que dans ce genre de situation, leurs chérubins se comportent en bourreaux sûrs de leur impunité puisque ni leurs parents, ni l’administration scolaire ne les sanctionnent ? Malheureusement, les enfants victimes, se relèveront difficilement, et garderont des cicatrices invisibles et indélébiles toute leur vie.

Melinda refuse que sa petite Daphné subisse cela un jour car la voir souffrir serait trop dur pour son cœur de mère.

Elle a vu la réaction de Nathan, son visage pâlir, et lui-même défaillir, dans un vertige brutal, qui aurait pu lui valoir de gros dommages, si elle ne l’avait pas retenu, l’empêchant de s’effondrer sur le sol, comme un pantin disloqué.

A ce moment, elle a su qu’elle avait percuté de plein fouet son hyper sensibilité, pour ne pas dire hyper émotivité, dès lors que cela concerne Daphné, le véritable amour de sa vie.

Il lui a promis d’essayer de changer, de stopper l’alcool, de se reprendre en main, de s’inscrire dans une agence d’intérim pour trouver un job, afin que sa fille n’ait pas honte de son père.

Bien sûr, il était sincère en lui promettant, mais elle le connait trop bien, pour savoir que les mots « promesse » et « engagement », n’ont pour lui, (pas plus que pour les addicts en général), la même valeur que pour les gens libres de toute forme d’esclavage vis-à-vis d’une dépendance obsessionnelle.

Elle n’a pas d’autre choix que de le croire sur parole. D’ailleurs, il n’a pas invoqué son sempiternel « un dernier verre pour la route », pour justifier le fameux verre de trop. Elle ne lui en a surtout pas fait la remarque, le voyant dans ces bonnes dispositions.

Depuis, elle a vu qu’effectivement, il avait fait des efforts.

Il est allé chez le coiffeur, il a échangé son survêtement contre un jean, une chemise, et un joli pull, ce qui lui donne tout de suite une apparence plus sympathique et moins agressive. Son teint est moins jaune, ses yeux moins rouges, et il parait plus serein et stable lorsque il vient voir leur fille au pôle rencontre ou chez Elisa. Depuis peu, il vient même chez elle dans son appartement, avec son accord, sans provoquer de grabuge, ce qui a rassuré Melinda, détestant toute forme de scandale ce qui pourrait lui être préjudiciable vis-à-vis de ses voisins.

Ce n’est guère agréable, d’avoir un ivrogne qui vient tambouriner à votre porte, en vous menaçant et elle a toujours veillé à ce que Nathan ne vienne pas les perturber dans leur environnement familial.

Apparemment, il travaille depuis quatre mois en intérim, dans une usine située à quelques mètres de son appartement, ce qui lui permet de ne pas avoir besoin d’être véhiculé. Pour l’instant il « tient la route », payant ses factures et lui versant spontanément une pension pour les besoins de leur fille, ce qui est de bon augure mais la chair est faible, et Melinda a appris au fil des années, qu’il ne faut pas trop se faire d’illusions sur les bonnes intentions, car celles-ci, bien que sincères, peuvent s’avérer éphémères.

Elle l’a vécu avec son propre père et elle-même n’a dû sa survie qu’à sa future maternité, ce qui lui a permis de décrocher de son addiction, ancrée dans son organisme depuis le début de son adolescence.

Elle sait qu’un simple élément peut tout faire basculer et faire rechuter une personnalité fragile, ce qui est le cas pour Nathan, constamment titillé par ses vieux démons, ressurgissant régulièrement dans son existence. D’ailleurs, depuis quelques semaines, elle a de nouveau des doutes sur sa prétendue sobriété. Elle est persuadée qu’il a rechuté mais il n’en parle pas et il se rend à son travail chaque jour, respectant scrupuleusement les horaires et les consignes de sécurité mais il a de nouveau maigri, ce qui est signe chez lui d’une négligence alimentaire, au profit de la boisson. C’est un des signes révélateurs et les proches ont pris l’habitude de déceler ces signaux imperceptibles pour toute personne étrangère.

Quoi de plus lucide qu’un cœur aimant ?

Et Nathan est entouré d’au moins trois cœurs aimants, Elisa, Landry et même elle Melinda car il restera toujours son premier amour et le père de sa fille.

Melinda est certaine que justement Elisa et Landry ont constaté ce changement, et que connaissant leur fils et frère, ils en ont déduit la même chose qu’elle.

Plusieurs proverbes lui viennent en tête.

Il faut laisser le temps au temps !

Qui vivra, verra !

Mais pour elle, le seul qui lui permet d’avancer chaque jour, d’affronter les obstacles et d’assumer la vie car il n’y a pas d’autre façon pour survivre en ce monde, c’est Carpe Diem, comme sa belle-mère.

Vis l'instant présent !

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Viviane Barnet-Brosse

Un dernier Verre pour la route 

ISBN 979-8-32027-848-3

Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing

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Copyrightdepot seal image blackCouverture un dernier verre pour la route recto 1

 

Date de dernière mise à jour : 2026-03-28

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