MELINDA UN AN PLUS TÔT (pages 119 à 127)

MELINDA UN AN PLUS TÔT (pages 119 à 127)

Melinda

Un an plus tôt

Melinda est préoccupée.

Elle vient de récupérer Daphné chez Elisa, sa belle-mère, et elle se fait du souci pour la santé de cette dernière.

La descente de Nathan vers l’enfer de l’alcool, est en train de la faire mourir à petit feu et derrière le sourire de façade qu’Elisa affiche, Melinda a perçu toute la tristesse et toute la douleur qui lui broient le cœur et l’âme. Si cela continue comme ça, cette pauvre femme va devenir une

victime collatérale de l’alcoolisme de Nathan.

Incroyable, se dit-elle, qu’au 21ème siècle, on ne prenne pas plus en considération le danger que représente la dépendance à l’alcool. Il existe tout un tas de campagne télévisuelle contre le tabagisme. De plus, le gouvernement augmente le prix du tabac, au moins deux ou trois fois par an, pour inciter les gens à perdre l’habitude de fumer, ce qui n’est pas non plus une réussite car elle connait bien trop de gens, qui préfèrent se priver de manger, plutôt que de se priver de fumer leurs cigarettes.

Mais ce n’est pas l’objet de sa réflexion.

Pourquoi n’alerte t’-on pas autant sur les  dangers de l’abus d’alcool ?

Pourquoi n’y a-t-il pas de campagne de sensibilisation, à grande échelle ?

Pourquoi des tiers, faisant partie de la famille ou proches des individus concernés, ne peuvent-ils pas faire  interner ces personnes en structure médicale, pour les obliger à suivre une cure de désintoxication du produit nocif (alcool, drogue) ?

Elle ne peut s’empêcher de trouver une similitude avec les malades atteints de troubles psychiatriques, qui sévissent dans les rues, au lieu d’être dans un service hospitalier, compétent dans le domaine des maladies mentales.

C’est le même principe.

Malheureusement en France, pour faire des économies, les gouvernements successifs ont désorganisé et supprimé au fil des années, tous les services de soins, relevant de la santé mentale des individus, sans compter les diverses restructurations pour réduire le personnel dans les autres secteurs médicaux.

Il suffit de voir toutes les réductions appliquées dans la prise en charge des patients et le remboursement desdits soins, rétrécissant comme une peau de chagrin.

Ce constat accentue sa colère.

Il y a de l’argent, des milliards d’euros consacrés aux pays hors-européens, aux migrants qui arrivent en masse en Europe, lesquels bénéficient en plus de l’AME, (aide médicale aux étrangers) couvrant des soins, qui ne sont pas pris en charge pour les ressortissants de notre

nation, mais par contre, l’Etat demande aux français de se serrer la ceinture.

Pourtant c’est bien l’argent de leurs impôts qui est distribué à tort et à travers. Les citoyens ont le droit d’exiger que cet argent leur profite aussi, notamment dans le domaine médical, car charité bien ordonnée commence par soi-même.

L’indignation accélère son rythme cardiaque.

Autrefois, elle était plus sensible à la détresse humanitaire, mais à force de voir les abus et les fraudes en tout genre, au détriment des honnêtes travailleurs ou retraités français, elle a commencé à voir les choses sous un autre angle.

En tant que mère célibataire d’un enfant, elle n’a pas eu droit aux mêmes avantages que certaines mères se déclarant « parent isolé », et cette expérience l’a d’abord surprise, puis chagrinée, et cela s’est mué ensuite dans le sentiment d’être victime d’une forme d’injustice que ressentent désormais beaucoup d’autochtones en France, celui de ne rien valoir aux yeux de l’État, et cela au nom de la discrimination positive. Malheureusement même si les choses sont censées avoir évolué en vingt-cinq ans, il s’écoulera encore un certain temps avant une parfaite égalité entre les natifs nationaux et ceux issus de l’immigration. Sylvie sa collègue de travail a vécu une situation similaire, voilà un quart de siècle, se retrouvant seule avec trois enfants à charge et dernièrement elle lui a raconté une anecdote qui lui a fait grincer des dents.

En effet, s’étant retrouvée sans ressources, suite à son divorce, elle s’était retrouvée sans ressources et avait dû constituer un dossier de RMI (ancien nom du RSA) par le biais d’une assistante sociale. Ce dossier s’était égaré entre la CAF (Caisse Allocations Familiales) et le service des assistantes sociales de secteur. C’était en décembre, Noël approchait et Sylvie avait utilisé ses derniers sous pour payer ses factures. Malheureusement, il ne lui restait pas un centime pour nourrir ses enfants. N’ayant pas d’autre choix et bien à contrecœur, elle était allée trouver un pôle d’action sociale de la ville où elle résidait. Suite à sa demande d’obtenir une aide financière ponctuelle pour subvenir aux besoins de ses petits âgés de trois, cinq et sept ans. L’employée à l’accueil lui a dit que ce n’était pas de leur compétence et qu’on ne pouvait rien faire pour elle et ses bambins. A ce moment une dame est entrée, voilée, larmoyant et gémissant dans un français approximatif que son époux et elle arrivaient d’Algérie avec leurs trois enfants, et que ce dernier était retourné au pays, en les abandonnant en France sans ressources pour survivre. L’employée est immédiatement  sortie de derrière son bureau, apitoyée, puis s’est approchée de cette femme en lui disant

- « Oh ma pauvre dame, mais vous ne pouvez pas rester comme ça. Bien sûr que vos enfants ont le droit de manger et je vais m’occuper de vous faire octroyer une aide dans ce but »

Sylvie s’est retournée, et indignée, a répondu

- « Excusez-moi mais moi aussi, j’ai trois enfants en bas âge, qui ont faim, mais selon vos critères, ils n’ont pas les mêmes droits que les enfants de cette dame. Ils peuvent « crever de faim », sans que cela vous perturbe. La justice voudrait que les enfants de cette dame et les miens aient les mêmes droits et que vous nous aidiez, toutes les deux en tant que mères solitaires ».

Malheureusement, cette employée d’un service prétendument dit d’aide sociale donc égalitaire pour tous ceux dans le besoin, est restée impassible, a chassé Sylvie du regard, et s’est consacrée à monter un dossier pour cette personne.

Sylvie a fini par solliciter le Secours Catholique, une association formidable, qui a pourvu à ce que ses enfants ne manquent de rien en cette période festive. La personne remplie de bonté et d’humanité a fait livrer de la nourriture à Sylvie par le biais de la banque alimentaire et lui a fait offrir des jouets neufs, qui ont atterri sous le sapin, faisant la joie de ses mômes, le jour de Noël.

Vingt-cinq ans plus tard, Sylvie n’a jamais oublié l’humiliation vécue à cette époque, et la frustration ressentie, n’a fait que la dégoûter de plus en plus, d’une politique nationale, menée en dépit du bon sens.

Mais pourquoi Melinda se met-elle à penser à l’aventure vécue par Sylvie, ce qui n’a rien à voir avec l’alcoolisme de Nathan, sans doute une association d’idées inconsciente sur certaines priorités nationales en matière d’aides sociales.

Melinda se recentre sur le problème actuel car elle se rend compte qu’elle s’égare dans des digressions, n’ayant rien à voir avec sa préoccupation première.

Elle se concentre sur l’objet de ses pensées, en l’occurrence le souci qu’elle se fait pour Elisa, ce qui la ramène à celui qu’elle éprouve pour Nathan, pour le père de sa fille.

Elle va essayer de lui faire comprendre que son comportement est en train de détruire plusieurs vies, la sienne, celle de sa mère, et celle de sa fille, laquelle en grandissant, finira par avoir honte de l’image du père, qu’il représentera à ses yeux.

Elle espère que cela soit un déclic pour lui faire prendre conscience de ce qu’il est devenu, pour le faire réagir, car elle-aussi se sent impuissante à l’aider.

Si Elisa et Landry avec tout leur amour de mère et de frère n’y arrivent pas, comment elle en tant qu’ex-épouse pourrait-elle y arriver ? C’est la raison, pour laquelle, elle va essayer de toucher la corde sensible de sa fibre paternelle, en invoquant l’immense tendresse qui le lie à sa fille, pour le dynamiser dans une démarche de sevrage.

Que son fichu « dernier verre pour la route » soit vraiment le dernier !

C’est un vœu pieux mais sincère.

Ne dit-on pas que celui qui ne tente rien, n’obtient rien !

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Viviane Barnet-Brosse

Un dernier Verre pour la route 

ISBN 979-8-32027-848-3

Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing

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Copyrightdepot seal image blackCouverture un dernier verre pour la route recto 1

Date de dernière mise à jour : 2026-03-28

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