ELISA SEPT ANS PLUS TÔT (pages 45 à 49)

ELISA SEPT ANS PLUS TÔT (pages 45 à 49)

Elisa

Sept ans plus tôt

Depuis que Nathan a quitté son frère Landry, il a constamment navigué entre son appartement, et celui des copines ou copains, chez qui il squattait régulièrement, permettant à sa mère de souffler car son usage du shit et son refus de se lever le matin pour chercher du boulot était parfois trop pesant.

Elle a des nouvelles de lui assez régulièrement, la plupart du temps, pour lui réclamer de quoi s’acheter un paquet de tabac ou de quoi se nourrir, mais curieusement, elle n’a reçu aucune demande depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines..

- « Bizarre ! » se dit-elle « ce n’est pas normal, aurait-il trouvé un boulot et s’y tiendrait-il enfin ? ».

Son téléphone se met à sonner à ce moment. Le numéro de son fils s’affiche.

- « Tiens, quand on pense au loup, il sort du bois ».

- «  Allo, bonjour Nathan, tout va bien ? »

- « Allo maman, oui tout va bien. Je ne t’ai pas donné signe de vie car j’ai rencontré une fille, et je suis sûre qu’elle va te plaire. »

Elisa ne peut s’empêcher de sourire, car chaque fois son fils lui ressort la même rengaine, et en général, le genre de filles qu’il fréquente, ne représente pas à ses yeux, l’idéal que toute mère souhaite pour son fils.

- «  Elle s’appelle Melinda, elle a deux ans de moins que moi, elle travaille dans l’usine où je bosse moi-aussi en intérim depuis quelques semaines et le courant est bien passé entre nous. Elle a un super petit appartement, et contrairement à Caroline, ma précédente copine, elle tient bien sa maison, aime cuisiner et je suis bien avec elle ».

Que répondre ?

Tout nouveau, tout beau !

Les histoires d’amour commencent toujours comme ça et finissent parfois moins bien, mais ce n’est pas le moment de lui faire part de son scepticisme. Il a l’air tellement enjoué, tellement radieux, et pour son cœur de mère, c’est important.

- « Tu pourras venir nous voir quand tu veux, tu sais que tu es la bienvenue chez nous, enfin chez Melinda ».

- «  Dans ce cas, je vous rendrai visite ce week-end, si ça vous va. ».

Il est donc convenu qu’elle se rende chez eux le samedi qui suit et elle espère sincèrement que cette visite ne révèlera pas des vices cachés, son fils l’ayant habitué à des relations douteuses, que ce soit en amitié ou en amour.

Les jours suivants sont passés très vite et le fameux samedi de la rencontre est arrivée.

Elisa découvre une charmante petite ville, une rue animée, un cadre agréable, et un appartement bien situé.

Par contre, son œil exercé ne peut s’empêcher de compter les bouteilles d’alcool vides devant la porte. Il y en a tout un stock entre les bouteilles de vin blanc et rosé et les canettes de bière vides.

Elle sursaute car si elle désapprouve la consommation de substance illicite de la part de Nathan, elle sait pertinemment que celui-ci ne boit pas d’alcool. Cela sous-entend que cette nouvelle copine est soit une ivrogne occasionnelle, soit une alcoolique et vu le nombre de « cadavres de bouteilles », elle penche pour la seconde hypothèse.

Tout de suite, son instinct maternel est sur la défensive car elle ne connait que trop bien les faiblesses de son fils, et elle sait qu’il ne lui faudra pas cent sept ans, pour qu’il tombe à son tour dans la dépendance de l’alcool.

Cette fille représente un danger pour lui. Il n’en a pas conscience mais elle, elle le sent. Elle a la sagesse des vieux singes.

Elle n’a jamais fait partie de ces mères abusives qui veulent gérer la vie de leurs enfants, mais il va lui falloir surveiller discrètement l’évolution de leur amourette, car la fragilité et l’instabilité de Nathan peuvent devenir un déclencheur, le faisant basculer dans une nouvelle addiction, l’alcoolisme, une addiction qui pourrait être pire que la consommation de shit car son fils n’a aucune limite. Tout en lui n’est qu’excès et abus. Il est incapable de modérer son comportement, de maîtriser ses pulsions, de gérer ses tourments. Parfois, elle se demande s’il n’est pas bipolaire, passant d’un état exalté à un autre frisant la déprime ou la dépression, presque suicidaire, au moins en paroles, car sa peur de la mort l’empêche de passer à l’acte et sa crainte de Dieu l’empêche de transgresser la loi divine du respect de la vie.

Elle interrompt sa réflexion car elle entend des bruits de pas dans le couloir.

On vient lui ouvrir.

Elle sourit car le moment est venu d’entrer en piste et d’observer.

Elle ne veut surtout pas gâcher la joie de son « gamin » qui baigne dans son bonheur tout neuf où se côtoient l’amour et le boulot, tout ce qu’il voulait voir réaliser.

Il sera temps de réagir si les évènements évoluent défavorablement pour la santé mentale et physique de son fils.

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Viviane Barnet-Brosse

Un dernier Verre pour la route 

ISBN 979-8-32027-848-3

Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing

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Date de dernière mise à jour : 2026-03-28

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