ELISA UN AN PLUS TÔT LE LENDEMAIN (pages 102 à 118)

ELISA UN AN PLUS TÔT LE LENDEMAIN (pages 102 à 118)

Elisa

Un an plus tôt, le lendemain

Suite à l’énième appel nocturne de Nathan Elisa n’a pas pu se rendormir.

Top de soucis !

Comment son fils a-t-il pu en être arrivé là, lui qui ne buvait pas une goutte d’alcool avant sa rencontre avec Melinda ?

Pourquoi n’a-t-il pas accepté de suivre un dispositif médical de désintoxication comme cette dernière, lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte de Daphné ?

Ce jour, il aura « cuvé » sa bière et sera sans doute en mesure de l’écouter.

Ce ne sera qu’une fois de plus, mais elle ne lâchera pas l’affaire.

C’est épuisant de rabâcher encore et encore toujours les mêmes arguments, mais elle n’a pas le choix.

Nathan doit cesser d’être dans le déni et se rendre compte qu’il est alcoolique et dépendant.

Sans aide extérieure, il n’arrivera jamais à s’en sortir, il ne pourra jamais guérir.

Il gâche sa vie mais aussi celles des autres, sa famille, ses proches, tous ceux qui l’aiment et qu’il aime lui-aussi.

Melinda se sentant coupable de l’avoir entraîné dans son vice, l’a vivement encouragé à suivre ses traces et à se faire soigner. Elle a tenu deux ans avant de baisser les bras et de claquer la porte, s’enfuyant avec Daphné.

Depuis la séparation de son fils d’avec son épouse, Elisa a continué sur cette lancée pour l’inciter à reprendre sa vie en main.

Peine perdue !

Chaque fois Nathan lui répond, qu’il côtoie des alcooliques, de vrais alcooliques mais que lui n’en est pas un, qu’il peut arrêter de boire quand il veut, que s’il boit, c’est pour oublier la laideur du monde, et qu’au moins, en étant défoncé, il peut enfin être lui-même, révéler ses vrais sentiments, au lieu de faire semblant d’être quelqu’un d’autre quand il est à jeun.

Sobre, il se plie aux règles sociétales et fait semblant de se sentir bien au milieu des gens, mais en réalité, il ne se sent à sa place nulle part.

Elisa lui a conseillé maintes fois de consulter un médecin pour son problème d’alcool et un psychiatre ou un psychologue, quelqu’un qualifié pour l’analyser et comprendre son problème existentiel, qui remonte sans doute à son enfance, à cet instant où il avait compris que leur géniteur avait « pris la tangente » quand leur mère lui avait annoncé sa grossesse.

Elisa se souvient qu’enfant puis adolescent, il avait refusé d’accepter cette situation, contrairement à Landry, qui avait évolué, en occultant carrément ce père absent, qui les avait abandonnés.

Chaque enfant se construit différemment, chaque être humain dispose de son propre capital génétique, mais aussi de sa propre personnalité, que personne ne pourra changer.

Ce jour, elle va essayer de nouveau de l’inciter à suivre des soins psychologiques et à faire traiter son addiction. Il ne l’écoutera sans doute pas, comme d’habitude, mais elle va se cramponner à la force de son amour maternel, pour ne pas décrocher du but qu’elle s’est fixée, sortir Nathan de sa dérive suicidaire.

Son fils lui a avoué avoir été interpellé plusieurs fois par des patrouilles de police, pour délit d’ivresse sur la voie publique et tapage nocturne.

Chaque fois il a fini en cellule de dégrisement et le lendemain, il ressortait comme si rien ne s’était passé.

Elle ne comprend pas que la Justice n’autorise pas les policiers ou gendarmes, à emmener de force les ivrognes notoires, dans des services spécialisés pour traiter et soigner ces individus souffrant d’alcoolisme.

Cela lui fait penser à tous ces gens atteints de troubles psychiatriques qu’on ne garde plus dans les asiles d’aliénés, et qui sont dehors, livrés à leurs pulsions mortifères, et pour certains « habités » par des voix qui leur ordonnent de commettre des actes barbares ou meurtriers.

Chaque jour, en allumant la télévision, des faits divers de ce genre font la « une » de l’actualité, et malgré cela, aucune disposition n’est prise à titre préventif, pour protéger les citoyens de ces fous dangereux.

Elle se souvient avoir demandé à son propre médecin, comment faire pour obliger Nathan à se faire soigner et elle a vite compris que c’était vraiment une voie sans issue.

En effet, un parent ou une tierce personne peut faire intervenir un médecin qui préviendra la police et une ambulance, si une personne est en état de crise ou démence momentanée, sous ses yeux, au moment même de l’incident. Cela sous-entend qu’il faut vivre avec ladite personne car sinon, ce n’est pas possible de suivre les différentes formalités de cette procédure.

Nathan habite à une centaine de kilomètres de chez elle et de ce fait Elisa ne peut pas gérer cette situation.

Dans les séries télévisées qu’elle affectionne, il est souvent fait référence à des groupes de soutien, pour les dépendants anonymes, quelle que soit la dépendance (alcool, drogue).

Elle a entrepris diverses recherches et son constat est mitigé.

Les seules structures se trouvent situées géographiquement dans des grandes villes, ce qui implique une grande motivation pour s’y rendre, outre des moyens de transport accessibles, à ceux ne disposant pas de véhicules personnels ou de permis de conduire, ce qui est en soi, un frein pour entreprendre cette démarche.

Dans un premier temps, elle va essayer de motiver Nathan pour consulter un médecin généraliste dans la ville où il réside, ce qu’elle a déjà fait à maintes reprises.

Elle se remémore ce qu’elle a lu sur Internet, un article du Vidal, Bible des médecins, concernant la prise en charge des addicts à l’alcool.

« Quels sont les traitements de l’alcoolodépendance ?

Le but du traitement de l’alcoolodépendance n’est pas nécessairement d’arriver à une abstinence totale. Réduire la consommation peut être l’objectif du traitement. Le médecin prescrit des médicaments anxiolytiques et des vitamines B1 et B6. Tout au long du sevrage, le patient est suivi par un psychologue et, le cas échéant, un travailleur social. La participation à un groupe d’entraide (de type Alcooliques Anonymes) augmente les chances de réussite du sevrage. Les patients qui fument sont accompagnés pour arrêter le tabac.

A qui propose-t-on un traitement ?

Le plus souvent, les personnes alcoolodépendantes se voient proposer un traitement à la suite d’un événement lié à l’ivresse ayant eu des conséquences plus graves que de coutume (un accident de la route, des violences familiales, une arrestation, par exemple) ou à l’occasion d’une intervention chirurgicale. Parfois, la recherche d’un traitement est le résultat d’une prise de conscience personnelle ou du conseil de proches inquiets.

La décision de suivre un traitement contre l’alcoolodépendance peut également être le fruit d’un dialogue avec le médecin traitant qui, au cours d’une visite, a perçu que son patient souffre d’un problème d’alcoolodépendance et discute avec lui de son désir d’être soigné pour cette addiction. Le rôle du médecin généraliste est d’accompagner la réflexion de son patient et de l’aider à formuler ce qu’il ressent et ce qu’il se sent prêt à faire.

Si le patient se sent prêt à réduire ou cesser sa consommation d’alcool, le médecin lui conseille en général de consulter un spécialiste en alcoologie, soit dans un service hospitalier spécialisé, soit dans un Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA).

Réduction de la consommation ou sevrage alcoolique ?

Pour les médecins, réduire la consommation à un niveau inférieur à celui qui caractérise la nocivité peut être l’objectif du traitement. Le sevrage complet et le maintien de l’abstinence sont difficiles et le choix entre réduction de la consommation et arrêt complet doit être laissé au patient qui choisira selon ce qu’il ou elle pense être capable d’accomplir. Pourtant, le plus souvent, le sevrage complet doit impérativement être envisagé.

Les modalités du sevrage alcoolique

Le sevrage repose sur la prise de conscience par le patient de sa dépendance à l’alcool. Il ne peut être envisagé que si la personne alcoolodépendante exprime le désir de réduire ou de cesser sa consommation. Le moment du sevrage doit être programmé en laissant au patient le choix du moment et de la méthode, tout en renforçant et en maintenant sa motivation. Idéalement, le sevrage s’inscrit dans un projet de vie plus global sur lequel le patient pourra se concentrer pour puiser forces et motivation en cas de difficultés à contrôler sa consommation.

Comment se passe le sevrage alcoolique?

Le sevrage alcoolique peut être mené en ambulatoire (le patient se rend au centre de soins dans la journée mais rentre chez lui le soir) ou au cours d’une hospitalisation. Cette dernière solution est préférée pour les personnes qui sont dépendantes à plusieurs substances (par exemple, alcool et opiacés, ou alcool et médicaments du psychisme), celles qui souffrent de maladies psychiatriques, ou celles qui vivent dans la précarité ou dans un environnement peu propice à l’arrêt de la consommation d’alcool.

Pour accompagner le sevrage, le médecin prescrit des médicaments anxiolytiques à longue durée d’action. Ces médicaments sont destinés à aider le patient à surmonter les symptômes de manque les plus pénibles. Il peut également prescrire des vitamines B (B1, B6) et il recommande à son patient de boire beaucoup d’eau (le sevrage peut provoquer une déshydratation). Les patients qui fument sont accompagnés pour arrêter le tabac : en effet, l’arrêt de la cigarette a un effet favorable sur le sevrage alcoolique. Les addictologues ont coutume de dire : « Fumer fait boire (et boire fait fumer). »

Tout au long du sevrage, le patient est suivi par un psychologue et, le cas échéant, un travailleur social. La participation à un groupe d’entraide (de type Alcooliques Anonymes) augmente les chances de réussite du sevrage : les bénévoles anciens buveurs sont des alliés efficaces vis-à-vis desquels le patient peut s’identifier et peut s’exprimer sans crainte d’être jugé. De plus, chaque patient est associé à un « sponsor » ancien buveur qui est disponible 24 heures sur 24 pour l’aider à passer les caps difficiles, en particulier la nuit et les weekends, quand les psychologues ne sont pas disponibles.

Quels sont les symptômes du manque ?

Le syndrome de manque se caractérise par de l’anxiété, de l’agitation, de l’irritabilité, des insomnies et des cauchemars, des sueurs, des tremblements et des palpitations, des nausées, des vomissements et une perte d’appétit, une accentuation des difficultés sexuelles (impuissance), etc. Dans les cas les plus sévères, les patients peuvent présenter des hallucinations, des convulsions, de la fièvre et de la confusion. Les symptômes du manque durent moins d’une semaine après l’arrêt de la consommation de boissons alcoolisées.

De plus, dans 80 % de cas, le sevrage s’accompagne de troubles dépressifs qui ont tendance à s’estomper en deux à quatre semaines. Pendant cette période, le suivi psychologique est renforcé mais il est d’usage de ne pas prescrire de médicaments antidépresseurs durant cette période pour éviter d’exacerber un éventuel risque suicidaire.

Le sevrage chez les personnes qui souffrent d'autres maladies

Si le patient souffre d’autres maladies que l’alcoolodépendance, il peut être nécessaire d’adapter les modalités du sevrage. Par exemple, chez les personnes schizophrènes, le sevrage doit impérativement être mené dans un service de psychiatrie et des médicaments neuroleptiques pourront être prescrits.

Le sevrage alcoolique des usagers de drogues intraveineuses (opiacés) vise à permettre l’arrêt des deux types d’addiction. Il est mené au cours d’une hospitalisation et peut nécessiter la prescription de médicaments anxiolytiques, antalgiques (contre la douleur) et antihypertenseurs (clonidine). Les usagers de drogues intraveineuses en traitement de substitution (par la buprénorphine ou la méthadone) peuvent bénéficier d’un sevrage alcoolique avec une éventuelle adaptation des doses d’anxiolytiques pour éviter d’éventuelles interactions médicamenteuses avec leur traitement de substitution.

Les personnes qui sont à la fois dépendantes de l’alcool et des médicaments anxiolytiques ou somnifères (benzodiazépines) doivent être hospitalisées et prises en charge par une équipe spécialisée. Le sevrage alcoolique est mené en premier pendant une semaine, puis il est suivi par un sevrage progressif des benzodiazépines pendant deux à trois semaines.

(…)

Le maintien de l'abstinence

L’alcoolodépendance est une maladie qui récidive souvent après un sevrage. Comme pour le tabac, plusieurs tentatives sont souvent nécessaires pour parvenir à une abstinence durable. Les études ont montré que, quatre à dix ans après un sevrage hospitalier, 60 à 85 % des personnes ont rechuté au moins une fois. Mais dans la moitié des cas, après la rechute, la consommation d’alcool reste moindre qu’avant le sevrage.

Le maintien de l’abstinence repose sur une prise en charge psychothérapeutique de longue durée, ainsi que sur la participation à un mouvement d’entraide de type Alcooliques Anonymes. Ce double soutien est destiné à aider le patient à maintenir sa motivation, à mieux comprendre les situations qui le mettent à risque de vouloir boire, et à analyser les facteurs environnementaux qui l’ont poussé à la dépendance (enfance, parcours de vie, échecs personnels, etc.).

Dans certains cas, le médecin peut décider de prescrire un médicament qui déclenche un malaise après la prise de boissons alcoolisées (les « réducteurs d’appétence », comme la naltrexone ou l’acamprosate), créant ainsi une association négative avec la prise d’alcool.

Les rechutes après un sevrage alcoolique

On distingue trois niveaux de rechute de sévérité croissante :

l’écart (le patient boit un verre d’alcool) ;

la re consommation (le patient consomme pendant plusieurs jours sans signe de dépendance avérée) ;

la rechute (le patient est à nouveau dépendant). La rechute est moins grave lorsque la consommation est moindre qu’avant le sevrage.

La rechute, lorsqu’elle arrive, doit être considérée non comme un échec personnel mais comme un apprentissage qui permet d’évaluer plus précisément la motivation et l’alcoolodépendance. L’identification des facteurs qui l’ont provoquée (anxiété, dépression, fréquentation de lieux de consommation, usage du tabac, difficultés sexuelles aggravées par le sevrage, etc.) peut aider le patient à développer des stratégies pour éviter les rechutes ultérieures.

Selon la sévérité de la rechute, le médecin pourra décider d’une éventuelle hospitalisation pour refaire un sevrage.

Sources et références VIDAL

Émergeant de ses pensées, Elisa se redonne du courage, pour tenter une ultime approche afin de convaincre son gamin d’écouter ses conseils, et surtout de les suivre, pour se sauver de lui-même, des occupants démoniaques de son esprit tourmenté, et reprendre ensuite une vie normale, familiale et professionnelle.

Elle serait tellement heureuse si un jour, il pouvait enfin tirer un trait sur son passé et avancer vers un avenir plus prometteur.

S’il pouvait enfin, ne plus jamais ressentir ce besoin « d’un dernier verre pour la route »  !

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Viviane Barnet-Brosse

Un dernier Verre pour la route 

ISBN 979-8-32027-848-3

Publié en mars 2024 Amazon Kdp Publishing

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Date de dernière mise à jour : 2026-03-28

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